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l'humanité. C'est qu'en effet tout ce qu'il y a de sublime dans la pensée de l'homme se trouve là, génie, souvenirs, religion ; et de toutes les grandeurs de la terre, celle de Rome ost la seule qui soit éternelle !
Les papes se succédèrent rapidement durant le septième siècle. Sabinien , Boniface III, Boniface IV et Deusdedit ne firent que passer sur la chaire pontificale. Sabinien introduisit l'usage des cloches dans les églises ; heureuse idée qui trouvait le moyen, par un seul coup de marteau, défaire naître, à la même minute, un même sentiment dans mille cœurs divers, et forçait les vents et les nuages à se charger des pensées des hommes \
Honorius transforma sa maison paternelle près du Latran en un monastère, dont le cloître, reconstruit au treizième siècle, forme aujourd'hui une des plus curieuses dépendances de la basilique. Le même pontife couvrit la grande nef de Saint-Pierre de tuiles de bronze doré, pris au temple deRomulus ou peut-être à celui de Jupiter au Capitole.
Boniface V et Honorius eurent à lutter contre les difficultés nombreuses que suscita l'hérésie des monothélites, à laquelle adhéraient les patriarches de Constantinople et les empereurs. L'influence de ces empereurs dans l'élection des papes devint dès lors une cause perpétuelle de troubles et de discordes. Les vacances du Saint-Siège se prolongèrent indéfiniment, et Ton exigea un tribut de chaque nouveau pontife ; car la cupidité croissait chez les Césars à mesure que l'empire diminuait entre leurs mains. A la mort d'Honorius, on profita même de l'interrègne pour piller le
1 Chateaubriand, Génie du Christianisme.
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palais de Latran. Ce furent le patrice Isaac, archevêque de Ravenne, et Maurice, l'un des officiers de l'empereur, qui conduisirent les troupes à cette expédition honteuse. Ils s'emparèrent du trésor destiné à la nourriture des pauvres et à la rédemption des captifs, et en envoyèrent une partie à Constantinople.
Sé vérin fut proclamé pape et mourut la môme année. Jean IV, son successeur, condamna Yecthèse d'Héraclius en faveur des monothélites. On voit dans la chapelle de Sainte-Marie ad fontes, ou de Saint- Venance, au Latran, une mosaïque représentant, dans sa partie supérieure, Notre-Seigneur entre deux anges, au-dessous la Vierge entre saint Pierre et saint Paul et les deux saints Jean ; puis les papes Jean IV et Théodore, les saints dont les reliques reposent sous l'autel^ tenant des couronnes triomphales, puis enfin les deux villes mystiques que Ton retrouve partout alors, Bethléem et Jérusalem. Dans ce tableau la Vierge a les bras étendus et le cœur percé d'une croix. Cette mosaïque curieuse fut commencée par Jean IV et terminée par Théodore I er .
Théodore reconstruisit, en outre, l'église de Saint- Valentin, fondée par le pape Jules I er , au lieu même de la sépulture de ce saint prêtre, martyrisé sous Aurélien.
Martin I er tint un concile à Rome sur la question toujours ardente du monothélisme. Depuis saint Grégoire, les conciles étaient devenus fréquents dans la capitale du monde. La foi se ravivait dans ces assemblées, et l'union s'établissait plus complète entre toutes les provinces de l'empire chrétien. Les actes du concile, contenant la condamnation du monothélisme ,
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furent envoyés par Martin à tous les évêques. — a N'imitez point, leur disait-il, et ne craignez point les hommes dont la vie passe et se fane comme l'herbe ; aucun d'eux n'a été crucifié pour nous. » — Le ressentiment de l'empereur Constant fut violent au moment où il reçut communication des anathèmes prononcés par le pontife. Déjà il avait donné ordre à Olympius, exarque de Ravenne, de s'emparer de Martin. Olympius était venu à Rome pendant le concile ; et, un jour qu'il recevait la communion du pape à Sainte-Marie- Majeure, un de ses écuyers devait assassiner le pontife ; mais cet écuyer demeura frappé d'aveuglement au moment de porter le coup; et Olympius, touché de Dieu, quitta Rome en avouant les ordres affreux qu'il avait reçus.
Alors Constant envoie à Rome Colliopas, un autre exarque, avec une accusation de lèse-majesté contre Martin. Le pontife est accusé d'avoir conspiré de concert avec Olympius la ruine de l'empire et la mort de l'empereur. Cependant, à la vue du peuple romain si dévoué à son évêque, Calliopas dissimule; il n'a d'autre désir, assure-t-il, que d'adorer le successeur des apôtres. Chaque jour il doit aller se prosterner à ses pieds ; mais la foule qui se presse aux abords du palais de Latran l'intimide. Sans doute des pierres ont été amassées à l'intérieur, des gens armés y sont cachés ; il s'en plaint au pontife ; mais le pontife, ouvrant aussitôt toutes les portes, promène les envoyés de l'exarque dans cette demeure de prière et de paix. Cette sainte candeur ayant rassuré Calliopas sur les dangers de l'entreprise, il assemble les troupes, investit le Latran, et s'empare de Martin, qui s'était fait porter
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malade dans l'église. Puis, le scandale se poursuit; les soldats parcourent, arcs bandés, le lieu saint, renversant les cierges, jonchant le pavé de débris, puis Calliopas somme le clergé de procéder à la déposition de son évêque. Mais une seule voix répond à cette sommation, et cette voix est un cri d'anathème contre Calliopas. Cependant Martin est traîné hors du Latran, et la nuit suivante on l'embarque sur le Tibre : il fut . conduit d'abord dans la Caiabre, puis dans l'île de Naxos, où il passa un an prisonnier et dénué de tout. Il fut ensuite traîné mourant à Constantinople, où un affreux martyre l'attendait. Ce noble vieillard fut dépouillé du pallium; on rompit les courroies de sa chaussure ; pour tout vêtement on ne lui donna qu'une tunique déchirée, et, le carcan au cou, on le promena par les rues de la ville. C'était le 15 décembre 654. Dieu voulut qu'il ne succombât pas à cette épreuve : il fut enfermé avec des meurtriers, puis exilé dans la Chersonèse, et là finirent bientôt ses souffrances et sa vie. Les reliques de ce courageux pontife ont été apportées dans la suite à Rome, où elles reposent sous le grand autel de l'église de Saint-Martin du Mont.
L'hérétique Constant dut s'applaudir de sa victoire; et ce fut sans doute pour en jouir dans toute sa plénitude qu'il vint à Rome sous le pontificat de Vitalien. La présence de cet homme, qui ne parlait jamais qu'au nom de sa divinité (nostrœ divinitatis sanctione), fut un fléau pour la vieille capitale de l'empire ; il enleva aux monuments le bronze qui les décorait, et le Panthéon perdit alors sa riche toiture. Chargé de butin, comme Genséric, Constant se dirigea, après douze jours de dévastations, vers la Sicile. Il n'alla pas plus loin ; la
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mort l'y surprit, et les Sarrasins, dont les galères infestaient dès lors la Méditerranée, profitèrent seuls des dépouilles de Rome.
Le pape Eugène I er et Vitalien ne sont renommés dans l'histoire que pour leur bonté et leur générosité. Quelques auteurs font remonter au Pontificat de Vitalien l'usage des orgues dans les églises. Adéodat et Donusne régnèrent que quelques jours. Le dernier de ces pontifes fit paver de grandes pierres de marbre la cour qui précédait la basilique de Saint-Pierre, et qui, nous nous le rappelons, fut appelée alors le Paradis.
Le pape Agathon consacra 2140 sols d'or au luminaire des églises des apôtres et de Sainte-Marie-Majeure. Sous son pontificat fut tenu à Constantinople le sixième concile général.
L'empereur Constantin envoya au pape Benoît II les premiers cheveux de ses deux fils, Justinien et Héraclius, en signe d'adoption : le pontife devenait ainsi un second père pour les jeunes princes.
A la mort de Jean V, il y eut de profondes divisions pour le choix de son successeur. L'armée voulait qu'on proclamât le prêtre Théodore ; elle fit fermer la basilique de Latran, pour empêcher le clergé de s'y assembler; et, s' étant portée elle-même à l'église de Saint-Étienne, elle attendit que le peuple vînt l'y rejoindre pour procéder à l'élection. Mais le clergé pénétra dans le palais pontifical et se hâta de choisir pour évèque un sage et pieux vieillard nommé Conon. Les magistrats et le peuple s'empressèrent de le reconnaître, et l'armée fut obligée de se soumettre au bout de quelques jours.
Ces divisions n'étaient toutefois qu'appaisées, et
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elles se renouvelèrent plus violentes à la mort de Conon. Un archidiacre nommé Pascal avait promis d'avance à l'exarque de Ravenne de lui livrer les trésors du pape mourant, si, de son côté, l'exarque s'engageait à le faire monter sur la chaire de saint Pierre. Ce honteux marché fut accepté, et des émissaires accoururent de Ravenne pour en assurer l'exécution. Cependant les partisans de Théodore ne sommeillaient pas ; ils tenaient à réparer par un éclatant triomphe leur première défaite. Aussi, dès que le pape fut mort, s'emparèrent-ils du palais de Latran. Les partisans de Pascal s'établirent de leur côté dans l'oratoire de Saint- Sylvestre et la basilique de Jules, qui étaient des dépendances du palais, et une lutte ardente s'engagea entre les deux rivaux. Mais alors les magistrats et la plus grande partie du clergé et du peuple, prenant en aversion ces violentes intrigues, se portèrent aux thermes de Caracalla, et y choisirent, au milieu de la foule, Sergius, prêtre de Sainte-Suzanne, le conduisirent à l'église voisine de Saint-Césaire in Palalio, et l'y saluèrent de leurs acclamations.
Sergius se rendit aussitôt à la basilique de Latran, au milieu d'une immense multitude qui célébrait ses louanges. Les portes de la basilique étaient fermées, mais le peuple les brisa : et les deux compétiteurs, Théodore et Pascal, vinrent, de gré ou de force, s'agenouiller aux pieds du pontife.
L'histoire mentionne, au sujet de cette élection, une particularité qui ne doit pas être omise : c'est que l'exarque de Ravenne, Jean Platys, exigea de Sergius les cent livres d'or que le simoniaque Pascal avait promises, mettant à ce prix la confirmation impériale.
Voilà ce qu'était devenu le haut patronage des successeurs de Constantin 1
S'ils n'avaient encore demandé que de l'or ? mais ce qu'ils ambitionnaienttoujours, c'était le dépôt de la foi ; c'était cette puissance spirituelle qui, entre les mains des souverains pontifes, était un obstacle à leur tyrannie.
Sergius eut à souffrir comme Martin, comme Sylvère, et il souffrit courageusement comme eux. Il refusa d'approuver le concile de Constantinople in trullo, malgré les menaces de l'empereur. L'empereur envoya alors Zacharie, un de ses chambellans, avec ordre d'arrêter le pontife ; mais, au premier bruit de cette mission, les populations et les milices du territoire romain et de la Pentapole s'ameutèrent et se précipitèrentversRome. Leurs clameurs tumultueuses effrayèrent tellement Zacharie, qu'il se réfugia entre les mains du pape et se cacha même sous son lit. Cependant les clameurs continuaient, et la foule inquiète demandait à grands cris à voir son pasteur. Sergius monte alors sur son trône; il fait ouvrir les portes, parle lui-même au peuple, et parvient à calmer l'irritation. Zacharie dut sortir de Rome, ou plutôt il en fut honteusement chassé.
Au pontificat de Sergius remonte l'origine des processions ou Litanies qui avaient lieu, chaque année, à Rome, les jours de la Nativité, de la Purification, de l'Annonciation et de l'Assomption de la Vierge. Les fidèles s'assemblaient à Saint- Adrien et se rendaient à Sainte-Marie de la Crèche C'est également Sergius,
• C'était alors le nom que l'on donnait le plus habituellement à
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si nous en croyons Anastase lo Bibliothécaire, qui ordonna de chanter à la messe les paroles de Jean- Baptiste à la vue du Fils de l'homme : Ecce agnus Dci. Sergius érigea l'église de Sainte-Marie in via laia sur le lieu indiqué par la tradition, je l'ai dit, pour avoir été habité par saint Paul à son arrivée à Rome. Parmi, les richesses qu'il distribua aux autres églises, on remarquait, suivant Paul Diacre, un grand encensoir d'or, avec des colonnes et un couvercle. On y brûlait des parfums pendant la messe.
Ainsi finissait le siècle qui avait commencé sous Grégoire le Grand. Nous avons cité quelques-unes de ses œuvres ; mais il en est d'autres qui ne doivent pas être oubliées. Lors de la grande litanie par laquelle Grégoire s'efforça de conjurer la colère du ciel qui décimait la population de Rome, ce pieux pontife vit tout à coup, au-dessus du môle d'Adrien, ainsi qu'il le raconte lui-même, un ange qui remettait son épée dans le fourreau. A partir de ce moment, la contagion perdit de son intensité. Ce fut sans doute afin de perpétuer le souvenir de cette apparition surnaturelle, que Boniface IV érigea, sur le sommet du mausolée de l'empereur Romain, une chapelle dédiée à saint Michel, sous le titre de Saint-Ange inter nubes. Le mausolée perdit dès lors son nom antique. Transformé en forteresse depuis les guerres des Barbares et placé sous l'invocation des puissances célestes, ce ne fut plus pour le peuple le mole d'Adrien, mais le château Saint-Ange.
Sainte-Marie-Majeure. L'Assomption de la Vierge était désignée par les noms de dormition ou de repos ; la Purification, par le titre de fête de saint Siméon.
On doit au pape Honorius l'église de Sainte-Luce, qui devint depuis Santa-Maddalena al Corso, et celle des Saints-Vincent-et-Anastase aux eaux Salviennes, dans laquelle, outre les reliques de saint Anastase, se trouvent celles de dix mille martyrs.
L'église des Saints- Vite-et-Modeste, près de Tare de Gailien, existait certainement avec le titre de diaconie, dès le septième siècle ; ce titre est devenu célèbre depuis lors pour avoir été porté quelque temps par saint Charles Borromée. Saint Vite était un enfant que Crescence, sa nourrice, et Modeste, époux de cette nourrice, avaient élevé dans la religion chrétienne. Menacé par son père des plus rudes châtiments s'il persévérait dans sa foi, Vite demeura inflexible. Alors son père le livra au juge qui le fit cruellement frapper, puis le rendit à celui qui le lui avait envoyé, car les coups avaient été aussi impuissants que les menaces. Vite s'enfuit alors avec Crescence et Modeste ; mais ces trois chrétiens, ayant été pris pendant la persécution de Dioclétien, furent jetés dans une chaudière de poix bouillante. Alors on entendit sortir de leur bouche le cantique des jeunes Hébreux dans la fournaise : « Vous êtes béni, Seigneur, Dieu de nos pères, et adorable, et plein de gloire, et élevé au-dessus des astres... » Vite, Modeste et Crescence terminèrent leur vie sur le chevalet.
On aime à se reposer sur ces touchantes images des vertus chrétiennes, en parcourant ces âges désolés sur lesquels semble s'être appesantie la main de Dieu. Le sixième siècle pouvait s'enorgueillir encore de Boëoe, d'Arator, de saint Benoît, de Grégoire le Grand. 11 y avait encore à Rome, sous les rois goths, des écoles
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publiques de grammaire, d'éloquence et de droit. Théodoric avait des statues dans la plupart des villes de la péninsule ; et les édifices qui s'élevaient par ses ordres reproduisaient, sans trop les altérer, les formes harmonieuses de l'architecture antique. Mais lorsque les Lombards descendirent avec femmes et enfants de la Pannonie, adorant une tête de chèvre, ne voyant que dans la force de leurs bras le jugement de Dieu, et traînant leurs captifs attachés par le cou comme des chiens, suivant l'énergique expression de saint Grégoire, il se fit tout à coup une nuit profonde. Les villes, les bibliothèques, les monastères où l'on gardait intact le dépôt des traditions, furent incendiés ; les pays les plus peuplés se virent transformés en déserts (in eremis); et le sentiment des arts, l'étude des sciences, la pratique des lettres, se perdirent à la fois. Alors la pensée de l'homme se trouva seule avec elle-même et avec Dieu ; et la poésie se réfugia dans les légendes, naïves expressions d'une foi sublime, qui seront toujours lues, toujours vénérées, car on prête l'oreille aux sons que rendent les âmes saintes avec plus de respect qu'à la voix du génie K
1 Mgr Gerbet.