CHAPITRE IX
Tanta vis admonition!» inest in locist... et id quidem in hftc urbe infinitum : quàeumque enim ingredimor, in aliquam historiam vestigium ponimus.
Ociroh.
La prince était grand, l'homme l'éliit davantage.
MOHTBSQCITO.
NEUVIÈME SIÈCLE
Charlemagne demeura à Rome pendant tout l'hiver de Tannée 800 à l'année 801, organisant l'administration, présidant à la distribution de la justice, et donnant au pape Léon III des conseils où se retrouvaient l'expérience du pouvoir et la haute impartialité de la grandeur.
L'empire de cet homme extraordinaire avait dès lors dépassé toutes les limites connues. On lui obéissait depuis les extrémités de la Hongrie jusqu'à l'Océan, depuis le Liris jusqu'aux bouches de l'Elbe. Les califes lui faisaient offrir la souveraineté des lieux saints, et l'empire d'Orient, qu'il avait amoindri, sollicitait son alliance. En même temps une vie nouvelle se manifestait partout où pouvait s'étendre l'œuvre de son génie; la civilisation se propageait par les lois et
les écoles; les lettres avaient pour sanctuaire le palais du prince ; l'agriculture n'était plus un labeur stérile; le commerce naissait, et déjà la pensée impériale songeait à lui ouvrir un immense débouché par la jonction du Danube et du Rhin, d'Aix-la-Chapelle et de Constantinople. Enfin des armées étaient toujours prêtes, des flottes toujours en mouvement, pour protéger le développement paisible de cet esprit de progrès et d'ordre contre toute agression étrangère, et surtout contre ces hommes du Nord (North-mans), qui, descendant des glaces polaires, menaçaient l'Europe de nouvelles et terribles invasions.
Nous avons vu, au commencement du dix- neuvième siècle, un empire qui semblait devoir renouveler les prodiges de celui de Charlemagne. Tout était grand chez l'homme suscité de Dieu, comme une seconde providence, après une révolution qui avait semé autant de ruines sur son passage que l'eût fait une invasion de Barbares. Les autels se relevaient, les lois devenaient uniformes, les souverains courbaient la tête, et les peuples à genoux regardaient passer l'envoyé du destin avec une sorte d'admiration superstitieuse. Mais cet homme, qui avait le génie de la guerre comme Charlemagne, n'avait pas comme lui le génie de la paix ; son ambition devint comme un torrent qui ravage et ne féconde plus ; il prétendit absorber tout à lui seul, les intelligences, les volontés, les vies; et lorsqu'un vieillard, un pontife, refusa de se faire le complice de son orgueil, il broya dans sa main de fer la tiare de ce pontife. Quelques jours après, de toute cette puissance, il ne restait qu'un nom, et la tiare brillait d'un nouvel éclat au front de la victime.
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Les pauvres et les églises furent comblés de bienfaits par Charlemagne, tant en Italie qu'en Allemagne et en France. La plupart des vases précieux et des ornements des églises de Rome furent renouvelés avec les trésors dont il gratifia Léon III ; et c'est sans doute à l'aide des mêmes trésors et des offrandes des pèlerins, chaque jour plus nombreux dans la ville sainte, que Léon put accomplir tout ce que l'histoire raconte de ses largesses. Anastase cite des couloires d'argent doré, servant à purifier le vin destiné au sacrifice ; un agneau d'argent, q^i du haut d'une colonne versait l'eau au baptistère de Saint-André, et des vitres de différentes couleurs aux fenêtres de la basilique de Latran. Léon fit revêtir d'or le pavé de la Confession de saint Pierre et y fit placer une balustrade d'argent ; il fit construire au palais patriarcal deux vastes galeries : l'une, destinée à recevoir les pèlerins de tous les rangs et de tous les pays de la terre *, l'autre, spécialement consacrée à la réception des princes et des empereurs. La première était pavée de marbres et ornée de mosaïques ; au milieu s'élevait une fontaine dont les eaux jaillissantes retombaient dans un bassin de prophyre. La seconde occupait, à elle seule, presque toute la façade orientale du Latran : c'était le triclinium majus ou grand triclinium de Léon III. Il était soutenu par des colonnes de marbre du Paros et de rouge antique, et les peintures, les mosaïques, les marbres les plus précieux en recouvraient les parois. On remarquait
1 On leur y servait à manger, ainsi qu'il résulte de l'inscription suivante : Deus... tua sancta dextera protegat domum istam et omnes fidèles convivantes,qui de dont* Apostoli tui hic liùantur.
surtout les mosaïques qui ornaient l'abside principale et dont quelques-unes existent encore 1 ; l'une d'elles représente saint Pierre avec trois clefs ; Léon est agenouillé à sa droite et Charlemagne à sa gauche ; l'apôtre donne au pape le pallium, et au prince un étendard chargé de six roses; au-dessus se lit cette inscription : — Saint Pierre, accordez la vie au pape Léon et la victoire au roi Charles.
Par son testament, Charles légua aux pauvres lo produit de la vente de sa bibliothèque et d'une partie de ses meubles; le reste de ses meubles fut divisé entre les vingt et une métropole de son empire a ; et Rome reçut de plus une table d'argent sur laquelle était figuré le plan de la ville do Constantinople.
Rome était alors la capitale des papes et la première métropole de l'empire ; elle n'avait pas été comprise dans les donations faites à saint Pierre par Pépin et par Charlemagne, mais le motif en était sans doute que les droits de l'Église sur son territoire étaient dès lors incontestés. Nous avons vu, en effet, Charlemagne n'entrer dans la ville qu'après en avoir demandé l'autorisation au pape. On a dit que Louis le Débonnaire ajouta Rome et son duché aux donations précédentes : Louis se borna à en garantir la possession au pape Paschal et à ses successeurs, telle que les papes ses
1 II y avait trois absides, une dans le fond et deux sur les côtés. Les mosaïques en ont été transportées par Benoît XIV derrière la Scala Santa.
2 Ces métropoles étaient : Rome, Ravenne, Milan, Frioul, Grade, Cologne, Mayence, Salzbourg, Trêves, Sens, Besançon, Lyon, Reims, Arles, Vienne, Tarentaisc, Embrum, Bordeaux, Tours et Bourges.
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prédécesseurs en avaient joui (Sicut a prxdecessoribus vestris usque ad nunc in vestrd potestate et ditione tenuistis et disposuistis). Cet acte de confirmation était loin d'ailleurs d'être inutile, car Rome était fréquemment en proie aux factions populaires, et les papes n'avaient pas toujours la force nécessaire pour les réprimer. Ainsi même, sous Paschal, elles souillèrent le palais de Latran de deux assassinats. Lothaire, qui venait d'être consacré empereur par le pontife, voulut faire retomber sur lui son indignation ; mais le pontife se justifia noblement et refusa de céder aux exigences impériales.
Saint Paschal nous est représenté par les écrivains contemporains comme un pontife chaste, pieux, innocent, magnanime, d'une éloquence douce, distribuant à propos tout ce qu'il possédait aux malheureux, avec gaieté et avec bonté. Il consacrait de longues heures à s'entretenir avec les religieux du maintien des règles, passait une partie des nuits en prière et fortifiait chaque jour son humilité et sa chasteté par le jeûne.
Le nom de ce saint pontife se trouve intimement uni dans l'histoire à quelques-uns des monuments chrétiens les plus vénérés de Rome. Paschal s'attacha surtout à honorer d'un nouveau culte les plus célèbres de ces jeunes filles qui, à l'aurore du Christianisme, furent, pour Rome païenne, comme des anges de propitiation et de grâce : Praxède, Pudentienne, Cécile ! 11 continua, en même temps, à l'exemple de Boniface IV et de Paul I er , d'enlever les corps saints des cryptes désertes de la campagne romaine, pour les exposer à la vénération des fidèles dans les églises de la
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ville ; œuvro immense, qui, après neuf cents ans, se poursuit encore *.
Le corps de sainte Cécile fut l'objet de longues recherches. On connaissait la partie du cimetière de Calixte dans laquelle la sainte avait fait déposer le corps de Vélérien avec ceux de Tiburce et de Maxime, et l'on pensait que leurs sépultures ne pouvaient être loin de la sienne. Les recherches cependant demeurant infructueuses, Paschal les fit interrompre, et Ton finit par se persuader que la dépouille de la bienheureuse vierge était du nombre de celles qu'avaient enlevées les Lombards. — « Mais un matin, par la clémence de Dieu, (c'est Paschal qui parle), tandis que, assis devant la Confession du bienheureux apôtre Pierre, nous prêtions l'oreille à l'harmonie des chants qui célébraient l'aube du dimanche, un assoupissement s'empara de la fragilité de notre corps, et alors parut devant nous une jeune fille d'un aspect virginal et d'une admirable beauté ; elle était d'ailleurs brillamment vêtue ; fixant sur nous ses regards, elle nous dit : — Nous te devons beaucoup d'actions de grâces. Mais as-tu donc renoncé, sur des bruits trompeurs et sans motifs, à poursuivre la lutte que tu avais entreprise à cause de moi ? Et cependant tu es venu si près, que nous eussions pu converser ensemble. »
Paschal recommence aussitôt ses recherches et le corps de la sainte fut bientôt retrouvé. Il était vêtu d'une robe brochée d'or, et des linges teints de sang étaient roulés à ses pieds. — « Nous les avons touchés
1 On a calculé que Rome seule avait eu plus de deux raillions de martyrs (voir Gaume, Trois Romes, t. IV, p. 592).
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de nos mains », — écrivait le religieux pontife. Depuis quelque temps déjà Paschal avait entrepris la reconstruction de la basilique de Sainte-Cécile. Il y fit transporter ces restes vénérés ainsi que ceux de Valérien, de Tiburce,de Maxime, et il leur adjoignit les reliques de saint Urbain, retirées dès lors des catacombes.
L'église de Sainte-Cécile trans Tiberim devint, à partir de ce moment, l'un des sanctuaires les plus riches de Rome. L'autel et la Confession furent recouverts de lames d'argent. Ils étaient dominés par un baldaquin de même métal, du poids de cinq cents livres. Quatre statues d'argent, parmi lesquelles se faisait remarquer celle de la sainte patronne, qui pesait à elle seule quatre-vingt-quinze livres, entouraient les sépulcres de marbre dans lesquels les restes des martyrs furent déposés. Paschal donna en outre à la basilique vingt-six calices, un encensoir, deux lampes, un bassin d'or pur, des ornements de brocart et de pourpre avec broderies représentant la résurrection du Sauveur et Cécile couronnée par un ange, etc. Il fit en outre orner l'abside d'une mosaïque qui a survécu aux révolutions et au temps. Jésus-Christ debout et vêtu d'un manteau d'or a près de lui saint Pierre, saint Paul, sainte Cécile, saint Valérien, sainte Agathe et le pape Paschal lui-même tenant dans ses mains le modèle de l'église. Au-dessus, on aperçoit l'agneau de Dieu portant sur sa tête le monogramme du Christ. Les cinq fleuves antiques, symboles delà grâce, coulent sous ses pieds, et douze agneaux, souvenir des apôtres, viennent à lui en sortant de deux villes, qui sont évidemment Bethléem et Jérusalem. Il est peu de mosaïques du temps qui ne les reproduisent.
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En face du ciel et de la couronne, c'était déjà l'espérance et la vie.
Il est enfin dans cette vaste composition un détail qui ne peut nous échapper, c'est le phénix perché sur un palmier, l'arbre du martyre. — « Il sera réduit en poussière, mais pour ressusciter comme le phénix, » — avait dit Tiburce à Maxime, lorqu'il voulut lui faire comprendre le mystère de l'autre vie, et, après le martyre de Maxime, Cécile avait fait graver le phénix sur sa tombe. Nous retrouverons tout à l'heure le même emblème à Sainte-Praxède.
Les corps de sainte Praxèdo et de sainte Pudentienne avaient été levés des catacombes avant le neuvième siècle ; mais saint Paschal les entoura de nouveaux honneurs en faisant reconstruire l'église dédiée à la première de ces deux vierges et y transportant toute une légion de martyrs pour y former, ce semble, à l'héroïque fille des Pudens un cortège triomphal. Le nombre de ces martyrs est de 2,300 ; les uns sont de nom connu; quant aux autres, le Tout-Puissant sait leurs noms, suivant la belle parole de l'inscription qui les recouvre : Quorum nomina scit Omnipotens. Près de ces pieux débris, on voit la table de marbre sur laquelle dormait Praxède, le puits dans lequel elle descendait les corps des martyrs, et, dans une église voisine, celle de sainte Pudentienne, les vases trouvés dans les tombeaux des deux sœurs, ces vases qui leur servirent, suivant la tradition, à recueillir le sang des athlètes de Jésus-Christ.
Paschal prodigua d'ailleurs à Sainte-Praxède, comme à Sainte-Cécile, les ornements les plus somptueux : baldaquin d'argent, propitiatoire d'argent,
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règne d'or fauve avec pierres précieuses (regnum spa-
noclistum ex auro fulvo ), ornement broché d'or et
de perles représentant avec un art admirable, mirifice, l'histoire des vierges sages avec leurs flambeaux allumés, Confession d'argent, statue d'argent, pesant quatre-vingt-dix livres, comme celle de Sainte-Cécile, etc.
La mosaïque du grand arc rappelle également par bien des points celle de la basilique transtibérienne. Elle représente le ciel, la Jérusalem céleste vers laquelle se dirigent de nombreux pèlerins, les mains chargées de présents. Un ange leur en indique la route. Au centre de la ville apparaît le Sauveur, ayant des brebis à ses pieds et couronné par une main qui sort des nuages. A sa droite est saint Paul, vêtu d'une tunique blanche, puis sainte Praxède portant un vêtement d'or enrichi de pierreries, et enfin le pape saint Paschal avec le nimbe carré et tenant, comme à Sainte-Cécile, le modèle de l'église. A la gauche du Sauveur, se trouve saint Pierre qui présente sainte Pudentienne, et plus loin vous apercevez le palmier et le phénix.
On peut être surpris de la place qu'occupe saint Pierre à Sainte-Praxède, à Sainte-Cécile et dans la plupart des œuvres d'art du temps. Il y est représenté constamment à gauche du Sauveur, et saint Paul à droite. Ceci tient aux habitudes des Grecs, parmi lesquels le côté gauche, qui est le côté du cœur, était réputé le plus honorable. Les mosaïstes venaient en effet presque tous de Constantinople, et l'on ne saurait trop admirer le nombre et l'éclat de leurs œuvres. La mosaïque a en outre le mérite de braver le temps.»
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Or à ces époques, que nous sommes trop accoutumés à déprécier, on ne travaillait pas pour le succès d'un jour, on travaillait pour les siècles.
Paschal adjoignit à l'église de Sainte-Praxède un monastère destiné à recevoir les nombreux moines qui fuyaient la Grèce irrémédiablement livrée à l'hérésie et à la dispute ; et le mont Esquilin entendit dès lors les louanges de Dieu modulées nuit et jour dans la langue d'Homère et de saint Jean Chrysostôme.
Il semble que de tels travaux auraient dû absorber l'activité et les ressources de Saint Paschal, et cependant nous le voyons encore reconstruisant de fond en comble l'église de Sainte-Marie in Dominica, et offrant à celle de Saint-Pierre quatre-vingt-douze courtines de drap d'or, dont la moitié représentait des scènes de la Passion et de la Résurrection, et l'autre moitié des sujets empruntés aux Actes des Apôtres. Ces courtines formaient des tentures pour le presbyteriivm, lorsque le pape officiait. Enfin Paschal renouvela entièrement le chœur de Sainte-Marie-à-la-Crèche. Six colonnes de porphyre furent placées par lui en avant de la Confession, et l'autel fut enrichi d'arcs d'argent soutenus par seize colonnettes de même métal. En additionnant, au reste, les métaux précieux que le pape employa à la décoration de cette basilique, on arrive au chiffre de 308 livres d'or, 639 livres de vermeil et 218 livres d'argent, sans compter les croix, calices, patènes, lampes, couronnes, etc., qu'il donna avec une générosité sans égale. Le même pontife fit élever de onze degrés le siège apostolique, qui jusqu'alors était resté, à Sainte-Marie, au niveau de la
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foule, et si près des femmes, qu'elles auraient pu entendre les moindres paroles du pontife.
Eugène II, archiprêtre de Sainte-Sabine, succéda à Paschal en 824, et Lothaire revendiqua alors le droit de confirmer l'élection avant l'ordination du pape. Eugène était un pontife pieux et aumônier. Il assembla un concile à Rome en 826, qui, entre autres prescriptions, ordonna rétablissement dans toutes les paroisses, à la campagne comme à la ville, d'écoles pour l'enseignement des lettres, des arts et de la doctrine chrétienne. Un des canons de ce concile défendit de retenir personne de force dans les monastères, sauf les criminels enfermés par ordre de justice. Un autre canon reprochait aux femmes l'emploi qu'elles faisaient des jours de fête ; trop souvent elles les passaient à se baigner, à danser et à chanter.
Cependant les Sarrasins s'étaient emparés de la Sicile, etleurs incursions portaient le deuil et la misère sur les côtés de la Méditerranée, au moment môme où les côtes de l'Océan et de la Manche étaient dévastées par les Normands. Grégoire IV résolut, dans ces circonstances, de relever la ville d'Ostie de ses ruines. Il l'entoura de fossés et de murailles, et l'arma de pierriers, pour défendre l'entrée du Tibre.
Grégoire était monté sur le siège pontifical en 828. C'était, nous disent les historiens, le courage et la bénignité même, strenuus ac benignissimus. Appelé par le vœu de tous, il ne céda toutefois qu'à la force; il prit même la fuite, et alla se cacher dans l'église des Saints-Cosme-et-Damien, où il connaissait d'anciens souterrains qui pourraient peut-être le dérober aux recherches ; mais le peuple le suivait de si près que
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toutes tentatives 1 furent vaines. Entraîné par la multitude, il fut conduit, au chant des hymnes, à la basilique du Latran.
L'une des épreuves les plus rudes de son pontificat fut la guerre dénaturée que se firent Louis le Débonnaire et ses enfants. Grégoire IV voulut interposer sou ministère. Il se rendit même en Allemagne. — « Sachez, disait-il, que je ne suis venu que pour ramener la paix que le Sauveur vous a tant recommandée. » — Mais ses efforts ne purent triompher de haines implacables, et Grégoire, dégoûté des hommes, passa le reste de sa vie dans la tristesse au palais du Latran.
La grande mosaïque de la façade de l'ancienne basilique de Saint-Pierre datait du règne de ce pieux pontife. Grégoire fonda en outre près de Sainte-Marie trans Tiberim un couvent de religieuses pour y célébrer les offices, et il augmenta le Latran de plusieurs appartements, tels que des bains et des dortoirs où Ton pût reposer après matines.
L'élection de son successeur Sergius II, prêtre de Saint-Sylvestre, qui fut consacré et intronisé sans attendre la confirmation impériale, faillit être une cause de collision. Louis, fils de Lothaire, marcha sur Rome avec une armée. Le pape envoya à sa rencontre les magistrats, les croix et les bannières; puis l'ayant reçu lui-même sur les degrés de Saint-Pierre : « Les portes de cette basilique s'ouvriront, lui dit-il, si vous venez ici pour travailler au bien de l'État et de l'Église; mais si telle n'est pas votre intention, elles demeureront fermées. » Louis protesta de sa piété et de son respect envers le prince des apôtres, et alors le pontife et le roi allèrent s'agenouiller au pied de la Confession.
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Quelques jours après Louis fut couronné roi des Lombards, et reçut Fonction de l'huile sainte.
Les Sarrasins pénétrèrent par le Tibre, sous le pontificat de Sergius II, jusqu'aux portes de Rome. Déjà, en 843, ils avaient ravagé la Campanie et pillé le Mont- Cassin 1 ; mais il leur fallait les dépouilles opimes de l'antique capitale du monde. Ils s'avancèrent donc jusqu'à Rome, malgré les nouvelles fortifications d'Ostie ; et, ne pouvant entrer dans la ville, dont les hauts remparts eussent résisté à leurs attaques, ils dévastèrent les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qui étaient hors de l'enceinte. Les autels d'argent, les ornements d'or, les pierreries, furent entassés dans leurs galères, et ils voguèrent vers Fondi, vers Gaëte, pour chercher des esclaves et profaner encore des lieux saints.
Ce fut dans ces circonstances difficiles que Léon IV monta sur la chaire pontificale, « II était né Romain, dit un auteur; le courage des premiers âges de la république revivait en lui, semblable à un de ces beaux monuments de l'ancienne Rome que l'on trouve quelquefois dans les ruines de la nouvelle. » La première pensée de Léon IV fut de réparer les dommages causés par les Sarrasins. Il rendit au culte toute sa dignité dans la basilique de Saint-Pierre f ; et, afin que cette
1 Les Sarrasins enlevèrent au Mont-Cassin 180 livres pesant d'or, 665 livres pesant d'argent, et pour une valeur de 85,000 sous d'or en objets précieux et en monnaie.
3 Les dons que saint Léon IV fit à la basilique de Saint-Pierre s'élevèrent au poids de 5,791 marcs d'argent. Nous citerons, en outre, un fronton d'or émaillé sur lequel étaient les portraits de Léon et de Lothaire et une croix d'or pesant 1,000 livres, croix tout étincelante de
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église fût désormais à l'abri de toute violence, il résolut d'entourer de murailles le quartier du Vatican. De toutes parts on s'associa avec empressement à cette grande œuvre. L'empereur Lothaire envoya de l'argent ; les seigneurs et les monastères, des ouvriers ; et le pape, toujours présent, à pied ou à cheval, surveillait et activait les travailleurs. Un jour les évêques et le peuple s'assemblèrent nu-pieds et la tête couverte de cendres ; ils firent processionnellement le tour de l'enceinte en chantant des psaumes, et Léon bénit les murs, les portes, les maisons de cette nouvelle cité, qui prit dès lors le nom de cité Léonine.
En même temps que le pontife faisait réparer les anciennes fortifications de Rome, il fermait l'entrée du Tibre par deux tours armées de chaînes. Les habitants de la ville de Centumcelle erraient dans les bois et sur les montagnes par la crainte des Sarrasins ; Léon leur éleva une ville fortement défendue, qui prit le nom de Léopolis 1 ; et, de la même main qui protégeait les populations contre l'ennemi, il embellissait des églises, celle des Quatre-Saints-Couronnês, entre autres, dont il avait porté le titre, et transformait en maison de prière, sous l'invocation de Saint-Symétrius, sa maison paternelle.
Léon IV avait passé sa jeunesse dans le couvent de
diamant*, d'émeraudes et de rubis. Quarante lampes d'argent étaient suspendues autour d'elle, et devant elle brûlaient 150 cierges durant le jour, et 250 durant la nuit.
1 Le site de cette nouvelle ville étant moins favorable au commerce que celui de l'ancienne, Centumcelle se repeupla dans la suite, et fut appelée, par opposition à Léopolis, Ville-Vieille, Civita-Vecchia.
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Saint-Martin, situé au chevet de l'ancienne basilique vaticane, et dont remplacement est aujourd'hui occupé par l'un des piliers du dôme ; il se plut à l'orner avec une pieuse reconnaissance. Il remplaça les riches portes de la basilique qui avaient tenté la cupidité des Sarrasins par des portes lamées d'argent comme les premières et ornées de sculptures brillantes et édifiantes, historiis lucifluis salutiferisque. Le clocher de Saint- Pierre, l'un des plus anciens de Rome, datait également de son pontificat, ainsi que la petite église de Sainte-Marie in Campo Santo, au nord du Vatican. Cette église, connue aussi sous le nom de Saint-Sauveur de Ossibus, était comprise dans l'enceinte du cirque de Néron, lieu sanctifié par tant de martyrs, et voisine d'un cimetière, dont la terre avait été apportée de Jérusalem par sainte Hélène \ Le clergé et le peuple de Rome élurent, pour succé-
« Léon IV mourut le 17 juillet 855, et Benoit III fut élu le 22 du même mois. C'est cependant entre ces deux papes qu'on a placé la papesse Jeanne, fable absurde et follement imaginée, dit le président Hénault, détruite par le fait même et qu'on ne se donne plus la peine de réfuter. Disons, au reste, que plus de trois cents ans s'étaient écoulés depuis la mort de Léon IV, lorsque Richard de Cluoy fit la merveilleuse découverte de cette prétendue papesse. Il fut copié un siècle après par Martin Polonus, archevêque de Guesne^ et le récit do ce dernier acquit assez de célébrité pour être admis sur parole par un grand nombre d'auteurs. Mais lorsque l'instruction et l'esprit de critique furent plus répandus, cette ridicule invention tomba d'ellemême. Parmi les réfutations qui en ont été faites nous citerons celle de David Blondel, ministre protestant à Amsterdam, en 1605. Le cardinal Baronius suppose que la faiblesse de Jean VIII, qui s'engagea à payer un tribut aux Sarrasins et reçut Photius à la communion do l'Eglise, a pu être l'origine de cette idée qu'une femme avait occupé la chaire de saint Pierre.