CHAPITRE X
Quomodrt obsearalum ett color optimust
Vindicâverat omnU libi libido, uecuUn potentit frela, tnMniens, mtro percita dominandi.
Baboiciui.
DIXIÈME SIÈCLE
Aucune époque, dans l'histoire de Rome chrétienne, n'est aussi profondément douloureuse que celle comprise entre Benoît IV et Sylvestre II. On ne voit plus alors les papes triompher par le martyre comme sous les empereurs romains, ni régner toujours par leurs vertus, comme sous les empereurs grecs et les successeurs de Charlemagne. Devenus le jouet des factions, désignés souvent par elles, ils ne sont trop souvent que l'expression de la puissance laïque qui s'est emparée du lieu saint. Le dixième siècle nous montre à nu ce que peut devenir l'Église lorsqu'au lieu de commander elle obéit, et que le pape n'est plus un prêtre devenu roi, mais un courtisan devenu prêtre. Ne soyons donc point surpris si alors tout lui échappe, sainteté, dignité, puissance, tout jusqu'au gouvernement de Rome, qui va se perdre aux mains de femmes
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sans mœurs et de factieux de bas étage. Et cependant le signe divin brille toujours au front du successeur de Pierre. Cet homme, qui semble quelquefois vouloir prouver par ses vices la divinité d'une religion qui se perpétue par lui et comme malgré lui, est toujours entouré d'une auréole que les saints eux-mêmes respectent. C'est que la doctrine qu'il prêche est toujours, par un perpétuel miracle, la vérité et la vie; c'est qu'au milieu de toutes les vacillations de notre intelligence, au milieu de ce monde où pas une génération n'est fidèle aux enseignements de la génération qui l'a précédée, chaque pontife, quel qu'il soit, ajoute un anneau à cette chaîne puissante de la tradition qui, prenant l'homme au sortir des mains de Dieu, le dirige sûrement à travers les siècles : étonnant et admirable spectacle que la raison n'expliquera jamais et que la seule religion du Christ a pu montrer à l'univers.
Le clergé marche d'ailleurs toujours à la tète de la civilisation, et ainsi s'explique sa prépondérance qui s'établit partout naturellement et invinciblement. Les écoles en effet ont été ouvertes par lui, les bibliothèques fondées par lui, les manuscrits anciens conservés et copiés par lui ; enfin c'est lui qui pratique la médecine, qui défriche les déserts, qui défend les gens sans aveu, ce qui signifie sans avoué, sans protecteur. Lorsqu'il s'agit de construire un pont, de bâtir une cathédrale, on va chercher un moine, et c'est au pied des autels que ce moine trouve le génie. Si les mœurs du clergé ne répondent pas toujours à la sainteté de sa mission, s'il se mêle quelquefois passionnément à d'ardentes querelles, il ne cesse pas du moins d'être
l'instituteur des peuples, d'être leur seul refuge contre la force brutale ; et les peuples lui en gardent une sincère reconnaissance. Ses vices d'ailleurs, lorsqu'il en eut, furent ceux de l'époque ; on en eût trouvé de plus nombreux partout ailleurs, et nulle part on n'eût trouvé autant de vertus.
Léon V et Christophe ne firent que passer sur le siège apostolique. Sergius III l'occupa sept ans : il descendait des comtes de Tusculum et avait été porté au trône par un des partis puissants qui se disputaient alors la souveraineté dans les États romains. A la tête de ce parti se trouvait une femme de race sénatoriale et qui est même quelquefois désignée par le titre de sènalrice. Elle était d'une rare beauté, nous dit Baronius, d'un esprit fécond en ressources et d'une audace que sa liaison avec Adalbert, marquis de Toscane , avait rendue sans bornes. Et ainsi elle était parvenue, forte de son adultère (ex adulterii potentia), à se constituer une sorte de royauté dans la ville. Cette femme se nommait Théodora; elle avait deux filles, l'une nommée Théodora comme elle, et l'autre Marie ouMariuccia, plus connue généralement sous le nom de Marozie. Les deux filles suivirent les exemples de leur mère et exercèrent une domination qui s'appuyait sur l'intrigue et sur le vice. Maîtresse de l'antique môle d'Adrien devenu le château Saint-Ange, cette famille en fit une imprenable forteresse, du haut de laquelle elle tint en respect, pendant plus de cinquante ans, et Rome et le pape.
Quelle fut cependant la conduite des papes vis-à-vis de ces nobles prostituées ? Luitprand, écrivain souvent inexact, nous représente Sergius comme indignement
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asservi à toutes les volontés et à tous les caprices de Théodora; son récit, il faut le dire, a jusqu'ici été adopté par l'histoire; mais, d'un autre côté, Flodoard, le vieux moine Franc, nous parle de Sergius comme ayant été, pendant plus de sept ans, une cause de triomphe et d'allégresse pour l'Église. Nous ne pouvons qu'opposer ces deux jugements si divers l'un à l'autre
Sergius III fit reconstruire la basilique de Latran qui s'était écroulée, en 896, à la suite de quelques violentes secousses de tremblement de terre. Seuls, le portique et l'abside étaient restés debout. La reconstruction, commencée en 905, fut accomplie en deux ans. L'édifice fut orné de peintures et de mosaïques, et le souvenir du pape fut consacré par diverses inscriptions. Sergius y est qualifié de pieux pontife, pius papa.
Anastase III lui succéda en 91 1 , et se fit remarquer par la douceur de son gouvernement, blando modcramine, suivant les termes de son épitaphe. Landon, élevé en 913, ne régna que quelques mois, puis Jean X prit possession, en 914, du siège apostolique. Ici nous retrouvons Luitprand avec ses anecdotes. D'après lui, Jean n'aurait été élu que par l'influence de Théodora, et aurait partagé tous ses vices. Flodoard se contente de dire qu'après avoir sagemen/ gouverné l'Église de Ravenne, Jean fut appelé à gouverner l'Église mère, et qu'il se distingua, pendant plus de quatorze ans, par son zèle à l'orner et à y
1 Baronius semble adopter le jugement de Luitprand, et Muratori celui de Flodoard.
maintenir la paix. Mais ce qui fait surtout la gloire de Jean X, c'est d'avoir délivré l'Italie des Sarrasins, dont les postes avancés bordaient les rives du Garigliano. Fort de l'appui de Bérenger, roi de la haute Italie, qu'il sacra empereur le jour de Pâques de l'année 915, ce pontife parvint à former une puissante ligue dans laquelle entrèrent, avec Bérenger, l'empereur des Grecs et les princes de Capoue, Salerne, Bénévent et Spolette; puis, marchant lui-même à la tète des troupes, il anéantit les Sarrasins dans une sanglante bataille, et rentra triomphant à Rome.
Malheureusement là il devait se retrouver en face des toutes-puissantes courtisanes qui trônaient au château Saint- Ange. Théodora mourut vers ce temps ; mais Marozie lui succéda. Mariée en premières noces au marquis Albéric, que Léon d'Ostie qualifie, sans doute après son mariage, de consul des Romains, elle devint, vers 925, l'épouse de Guy de Toscane, et résolut avec lui la mort du pape.
« Le pape Jean ne pouvait s'accommoder, dit Muratori, de la domination de Marozie et de Guy, duc de Toscane, lesquels s'en allaient usurpant de plus en plus le gouvernement temporel de Rome. La discorde devait donc être ardente entre eux, et sans doute le pontife, qui était un homme de cœur, un uomo di petto, ne négligeait aucun moyen de soutenir ses droits et d'abattre ces perturbateurs de son autorité si légitime. Un sacrilège affreux mit fin à cette lutte. Guy et Marozie rassemblèrent une troupe de sbires, lesquels entrèrent un jour dans le palais de Latran, massacrèrent, sous les yeux du pape, son frère, nommé Pierre, qui était particulièrement haï du duc de Tos-
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cane ; puis, mettant la main sur le pontife lui-même, le jetèrent dans une obscure prison. L'infortuné Jean tarda peu à y finir ses jours, soit que la douleur en eût avancé le terme, soit qu'on l'eût hâté par un nouveau crime. Le bruit courait, au temps de Luitprand, qu'on l'avait étouffé par l'application d'un coussin sur la bouche. »
Léon VI et Étienne VII se succédèrent ensuite rapidement sur le trône qui finit par tomber, après eux, dans la famille de Marozie. Jean XI était en effet fils de cette femme. Elle l'avait eu, non du pape Sergius, comme le veut Luitprand, mais d'Albéric, son premier mari. Marozie cependant, veuve pour la seconde fois, fit offrir sa main à Hugues de Provence, lui promettant à ce prix la seigneurie de Rome, Hugues accepta et prit possession, en 932, du château Saint- Ange. Sa fierté s'exalta alors comme à un insensé ; il affecta même du dédain pour la noblesse romaine. — « Mais ce qu'il y eut de pis, raconte Muratori, c'est que le jeune Albéric, fils de Marozie et de son premier époux, versant un jour à laver, sur l'ordre de sa mère, au roi Hugues, et le faisant avec peu de bonne grâce, celui-ci le frappa, du revers de sa main, au visage. Albéric assembla aussitôt les nobles romains. — Que n'ont-ils pas à craindre pour l'avenir, leur dit-il, après de tels commencements et une telle audace ! — A ces paroles se joignaient des accents de haine contre les Bourguignons ; les esprits s'échauffent, le peuple entier prend les armes, on ferme les portes de la ville et l'on marche à l'assaut du château Saint-Ange. Telle fut alors la peur du fier roi Hugues, que, ne se croyant pas même en sûreté dans la forteresse, il se fit des-
cendre par le côté qui donne dans la campagne et courut retrouver ses troupes hors de la ville ; puis, s'étant mis à leur tête, il déguerpit vite et tout honteux du duché de Rome.
« Les Romains, las d'être gouvernés par une femme, profitèrent de cette occasion pour déclarer Albéric leur prince et seigneur, car ils craignaient qu'en rendant le pouvoir au pape Jean , comme c'était leur devoir, ils ne le rendissent, par le fait, à sa mère Marozie. Albéric , au contraire , pour mieux assurer sa domination, fit emprisonner Marozie, bien qu'elle fût aussi sa mère, et mit si bonne garde autour du pape, qu'il ne put rien faire dès lors à son insu et sans son consentement. » (Annali d'Ilalia, 932.)
Albéric resta ainsi maître de Rome et y exerça la pleine puissance, tantôt sous le titre de prince, tantôt sous celui de consul de tous les Romains, Il existe même des monnaies romaines qui portent son nom conjointement avec celui du pape régnant. Goppi en cite plusieurs des papes Marin et Agapit sur lesquelles on lit Albericus ou Alber. Pri. (Albericus princeps). Albéric mourut en 954.
Son souvenir et celui de Marozie restent attachés, à Rome, non-seulement au château Saint-Ange qui fut leur palais et leur forteresse, mais encore à un des monuments les plus religieux et les plus heureusement situés de la ville. Nous voulons parler de Sainte- Marie- Aventine, fondée par Albéric lui-même dans la maison où Marozie lui avait donné le jour *. Étranges
1 Voir Coppi, Memorie Colonneri, p. 7. Le savant ouvrage do M.
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rapprochements ! La demeure de Marozie, la courtisane, s'élevait sur les ruines du temple de la Bonne- Déesse, et son fils en fit un couvent sous l'invocation de la Vierge î Le calme de ces lieux, la beauté du paysage qui embrasse le Tibre, le Janicule, Saint-Pierre et laisse Rome se perdre, comme dans un arrièreplan, sur la droite, forme en même temps un contraste d'un autre genre avec les souvenirs d'agitation, de tyrannie et de meurtre que le nom de Marozie rappelle . On se figure encore cette femme, au môle d'Adrien. On ne la voit plus, on ne s'en souvient plus à Sainte Marie-Aventine.
Saint Odon, abbé de Cluny, vint à Rome dans ces tristes jours. Il y était appelé par le pape Léon VII qui désirait interposer sa médiation au milieu des luttes des partis. Odon était à la fois un des esprits les plus distingués et l'un des saints les plus illustres du dixième siècle. Doué du génie le plus heureux qui fit de lui plus tard un poète élégant et un musicien habile, on l'avait vu quitter tout jeune la cour du duc Guillaume d'Aquitaine pour se consacrer à Dieu dans l'église de Saint-Martin de Tours. Là, il couchait sur la dure, il priait, il jeûnait et s'abstenait presque entièrement de vin, contre la nature des Francs, dit la chronique, extra naturam Francorum. Ces premiers sacrifices ne suffirent pas encore à son ardente dévotion. Il partit avec un ami dont l'âme avait besoin, comme la sienne, de solitude et de prière ; et, après avoir cherché, par toute la France, quelque austère couvent où rien ne
l'abbé Coppi m'a été d'un grand secours. Je tiens à lui en témoigner ici toute ma reconnaissance.
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pût leur rappeler le souvenir des passions des hommes, ils s'arrêtèrent à la Baume, en Bourgogne ; puis Odon fut élu abbé de Cluny et la renommée de ses vertus se répandit au loin.
Lorsqu'il vint à Rome, en 936, son humilité, sa science, sa charité inépuisable le rendirent un objet de vénération pour tous. Il logea au monastère de Saint-Paul, où il rétablit l'antique sévérité de la règle ; et l'autorité de sa parole fut tellement respectée, que les haines se turent, et que la paix fut conclue entre les divers partis.
Mais deux ans ne s'étaient pas écoulés que les hostilités recommencèrent. Odon revient alors à Rome et fait tomber encore une fois les armes des mains des combattants. Il fit enfin un dernier voyage dans la ville sainte, en 942, sur la demande du pape Etienne VIII, et s'y employa non-seulement à rétablir la paix, mais encore et toujours, suivant sa pieuse coutume, à réformer les monastères. Malheureusement une fièvre violente le saisit alors tout à coup et épuisa ses forces, Le saint vit approcher la mort avec joie ; et la seule grâce qu'il demandât au ciel, était de pouvoir retourner au tombeau de saint Martin, afin d'exhaler son dernier soupir au lieu même où il avait autrefois déposé sa vie entre les mains de Dieu, comme une pieuse offrande Cette grâce lui fut accordée ; il revint mourir en France, et fut enterré dans l'église de Saint-Julien de Tours, qu'il avait contribué à relever de ses ruines.
1 Dans le môme temps, Léoa VII écrivant à Hugues le Grand, duc de France, parle du tombeau de saint Martin comme du pèlerinage le plus célèbre après celui du tombeau des apôtres.
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Etienne VIII, Martin III et Agapit II furent des pontifes pieux et charitables. S'il faut en croire Baronius. Etienne VIII s'attira tellement la haine du roi Othon, qu'il devint la victime d'un sacrilège. Il fut en effet, dit-il, accablé de coups, et eut le visage si complètement défiguré, qu'il évita dès lors la rencontre des hommes ; « quoique assurément, poursuit l'illustre historien, les stigmates reçus des ministres de Satan, pour la cause de la justice, soient bien plus un ornement qu'une honte. » Muratori révoque en doute cet excès de la part d'un prince qui n'avait alors aucune puissance à Rome.
Martin III consacra son pontificat à la réforme du clergé tant séculier que régulier, au rétablissement des basiliques et au soulagement des pauvres. D'incurables désordres continuaient d'agiter la société; la guerre était partout, et le pape, impuissant même à Rome, n'en multipliait que plus énergiquement ses efforts pour ramener la paix parmi les chrétiens. L'auteur de la vie de saint Udalric lui attribue le don de prophétie.
Agapit II, son successeur, est traité de très-saint, sanctissimus, par les historiens du temps.
Après lui fut élu, en 956, Octavien, jeune homme de dix-huit ou dix-neuf ans, fils du patrice Albéric, et qui avait hérité de son autorité sur la ville de Rome. Octavien prit le nom de Jean XII ; c'est le premier pape qui ait changé de nom en montant sur la chaire apostolique. Il prit celui de Jean, suivant une opiniou commune, en souvenir des paroles évangéliques : fuit homo rnissus a Deo cui nomen erat Joannes. Ses mœurs d'ailleurs et son caractère ne rappelèrent que
trop le petit-fils de Marozie. Quant à son action, comme pape, elle est surtout marquée dans l'histoire par le renouvellement du titre impérial en faveur des princes allemands de la dynastie de Saxe. A la tyrannie des descendants de Théodora allait succéder, pour Rome, cèlle des descendants d'Henri l'Oiseleur.
Quelle était cependant la position de l'Italie à l'avènement de Jean XII? Elle gémissait sous le poids de la domination de Bérenger II et de son fils Adalbert qui, des rives du Pô, tenaient asservie toute la péninsule. Ce fut dans ces circonstances que Jean envoya des légats à Othon le Grand pour implorer son secours. Othon se mit aussitôt en marche après s'être engagé par serment à exalter, selon son pouvoir, l'Eglise romaine et ses chefs, à garantir au pape sa vie, ses membres et sa dignité, à ne prendre à Rome aucune détermination, concernant les Romains, sans sa participation, et à rendre à l'Eglise toutes les terres qui lui avaient été enlevées. — « Et celui auquel je commettrai le royaume d'Italie, ajoutait-il, je lui ferai jurer d'être votre secours et appui à défendre la terre de Saint-Pierre. Ainsi Dieu me soit en aide et les saints Evangiles. »
Le prince allemand fut accueilli à Rome avec confiance et espoir. Jean XII le couronna empereur, et, de son côté, Othon confirma solennellement les donations faites par Pépin, Charlemagne et Louis le Débonnaire. Il y ajouta même quelques villes, Rieti et Amiterne, entre autres, avec leurs pêcheries, et se réserva seulement le droit de suzeraineté dont les empereurs d'Occident avaient joui, ainsi que celui d'approuver et de confirmer l'élection des pontifes.
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Le clergé et la noblesse de Rome lui prêtèrent alors serment comme au défenseur de l'Église, sauve toujours la fidélité promise au seigneur apostolique, suivant la teneur du serment convenu jadis entre Eugène II et Lothaire.
L'autorité d'Othon ne tarda pas toutefois à se montrer plutôt égoïste que protectrice, et Jean XII appela à Rome le fils de Bérenger pour s'en faire une arme contre l'empereur. A cette nouvelle, Othon, qui avait quitté la péninsule, envoie des émissaires à Rome pour sonder les dispositions des habitants. Ceux-ci étaient partagés, mais un grand nombre se plaignaient de la conduite morale du pape, et se montraient par suite disposés à embrasser la cause impériale. Ils reprochaient à Jean XII de donner des gouvernements, et jusqu'à des croix, des calices d'or de Féglise de Saint- Pierre, à ses concubines ; de transformer le Latran, la demeure des saints, en un lieu de débauche, et de laisser tomber en ruine les basiliques où les autels n'étaient plus à l'abri des pluies du ciel, 'et les fidèles plus en sûreté de la vie l .
Fort de cet appui qu'il trouvait dans une partie de la population, Othon se dirige sur Rome et y pénètre sans difficulté, tandis que Jean XII et le fils de Bérenger s'enfuyaient avec des valeurs considérables du trésor de Saint-Pierre. L'empereur assembla alors un concile ou plutôt un conciliabule dans lequel se trouvèrent quarante évêques et quatorze cardinaux. Les accusations les plus graves y furent portées contre Jean XII qui fut déposé, et Léon VIII fut élu à sa place.
1 Voir Luilprand et Baroniu».
Quelque indigne que pût être la conduite de Jean XII, le droit de le déposer fut dénié avec raison à cette réunion d'évêques. Les Romains se divisèrent en deux camps ; il y eut un soulèvement pendant le séjour d'Othon qui le réprima avec une sévérité rigoureuse ; mais à peine eut-il quitté le patrimoine de l'Église, que Léon VIII fut obligé de prendre la fuite, car Jean XII était rentré à l'appel du peuple, et avait fait exercer de cruelles mutilations sur deux des principaux partisans de l'empereur. Jean XII survécut peu à son rétablissement sur le siège apostolique. Les circonstances de sa mort ne sont pas connues ; car on ne peut être tenu d'admettre, sur la parole de Luitprand, l'un des quarante évêques qui l'avaient déposé, l'intervention du diable frappant le pontife aux tempes et le poussant au tombeau, sans consolation et sans sacrement.
Jean XII fonda, sous le portique de l'église de Latran,une chapelle qu'il dédia à saint Thomas. Cette chapelle servit de vestiaire ou de secretarium aux papes. Le même pontife fit orner le portique oriental de Y atrium de Saint-Pierre d'une mosaïque représentant Notre-Seigneur bénissant d'une main et embrassant de l'autre saint Pierre, qui tenait trois clefs et une croix. A la droite du Sauveur était saint Paul, suivant la coutume grecque, et au-dessous l'inscription : Tibi, Christe, sit laus, honor et gloria.
Les Romains élurent, pour lui succéder, Benoît V, prêtre savant et vertueux ; mais Othon prétendit soutenir les droits de Léon, qu'il avait fait proclamer pape du vivant de Jean XII. Il attaqua donc la ville, et n'en laissa sortir personne sans le mutiler de quelque
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membre \ Benoît animait la population de toute l'énergie de son courage ; mais la famine vint ajouter ses angoisses à celles du siège ; les habitants se rendirent, et Léon VIII fut de nouveau installé sur le trône de saint Pierre.
Léon tint alors un concile dans la basilique de Latran, auquel assistèrent l'empereur, les magistrats et le peuple. Benoît V fut cité à y comparaître ; ils s'y présenta revêtu des ornements pontificaux, et Léon le fit asseoir par terre, le dépouilla du pallium, de l'étole, de la chasuble, et brisa son bâton pastoral en présence de tout le peuple. Peu de temps après, Benoît fut emmené par Othon en Germanie, et relégué à Hambourg, où il vécut encore un an, édifiant les Saxons par le spectacle de ses vertus.
Après la mort de Benoît V et de Léon VIII, Jean XIII, ceignit la couronne pontificale, et s'attira, dit-on, l'inimitié des grands de Rome par la hauteur de son caractère. Ce qui est certain, c'est que ceux-ci s'emparèrent de lui dès la première année de son règne et l'enfermèrent au château Saint- Ange ; plus tard, ils l'envoyèrent dans une forteresse de la Gampanie; mais, au bout de onze mois, la crainte de l'empereur, qui s'avançait vers Rome, le leur fit rappeler. Othon n'en punit pas moins sévèrement les auteurs de la révolte : douze d'entre eux furent pendus ; et Pierre, préfet de la ville, fut livré au pape, qui l'exila, après l'avoir fait promener dans les rues, assis à rebours sur un âne.
Benoît VI, qui succéda à Jean XIII en 972, ne régna
' Fleury, Hiit. «celés.