TOM I
bras; et, à partir de ce jour, il aurait refusé le titre de Dieu.
On conserve aujourd'hui encore à Aracœli Tau tel antique et vénéré qui se rattache à cette tradition pieuse. Il est situé à gauche du sanctuaire, et audessus de lui a été placée, au dix-septième siècle, une petite coupole que soutiennent des colonnes d'albâtre oriental.
J'ai dit que l'époque de la fondation à! Aracœli n'était pas connue : on en trouve une mention certaine à l'année 985, sous le titre de Sainte-Marie du Capitole, et c'est pour cette raison que nous avons attendu le dixième siècle pour en parler. On ne peut douter cependant que dès l'époque de la ruine du temple de Jupiter, et peut-être dès le pontificat de saint Grégoire le Grand, un oratoire n'existât parmi les débris du temple. C'est du moins l'opinion de plusieurs savants archéologues.
Aracœli possède, outre l'autel antique qui lui a donné son nom, une image célèbre de la Vierge et une statue non moins vénérée de l'Enfant-Dieu , il santissimo bambino. Chaque année, aux fêtes de Noël, cette statue est exposée, vêtue de soie et de broderies, suivant les habitudes d'ornementation qui sont dans les mœurs italiennes. De pieux exercices accompagnent cette solennité, et le sermon est prononcé par un enfant, car c'est la fête des enfants I II y a un charme infini dans la pureté de cette voix qui enseigne la vérité aux docteurs, comme Jésus -Christ dans le temple, et dans l'incertitude même de ces inflexions où tout respire l'innocence et la candeur.
DIXIÈME SIÈCLE
Du cristal ou de l'or que notre encens émane, Le vase le plus pur est le cœur d'un enfant *.
La fin du dixième siècle fut attendue par les peuples avec une sorte de tremblement et d'angoisse ; car on voyait là le dernier terme de l'existence de ce monde. Chaque année on croyait reconnaître l'Antéchrist à des traits distincts, et les invasions des Hongrois et des Scythes-Russes réalisaient, pour les imaginations inquiètes, l'apparition de ce Gog et de ce Magog, populations mystérieuses de l'Apocalypse, aussi nombreuses que les grains de sable de la mer, et que le démon devait, après mille ans, soulever contre la terre et les demeures des saints. Peut-être aussi eût-on pu trouver des signes précurseurs de cette terrible catastrophe, dans la corruption qui se répandait sur le monde comme une légion infernale ; mais il n'a pas été donné à l'homme de sonder la profondeur des desseins de Dieu. La période qui venait de s'écouler avait vu la religion du Christ triompher de la raison et de la puissance humaines par la soûle force de la vérité ; jamais un plus grand prodige et de plus étonnantes vertus n'avaient brillé sur la terre : la religion avait désormais le pouvoir ; elle avait la richesse ; aussi était-il réservé à la période suivante de la voir accomplir son œuvre de civilisation longtemps entravée par les Barbares etl'anarchie, puis imprimer aux arts, aux sciences, à la littérature, un caractère à elle et un essor qu'ils n'eurent jamais. Si enfin le développement progressif de nos facultés devait nous donner un jour
1 Lamartine, Harmonies.
une confiance illimitée dans nos forces ; si tout joug devait nous devenir pesant, toute règle insupportable, il était réservé à la religion de soutenir les sociétés chancelantes, par la profondeur des racines qu'elle jetait dans le monde, et de triompher par l'épuisement et la confusion qui naissent de la liberté de la pensée, comme autrefois par l'enthousiasme qui naissait de l'autorité de sa parole.