‹ Rome, complexité et harmonieChapitre 2 sur 73 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

la résonance de chacune se multiplie : il en monte une ivresse que seule Rome nous procure et qui est précisément l'état d'élection où Rome se révèle.

Cette synthèse harmonieuse, j'y songe, c'est le paysage historique, xlilleurs il est surtout un genre, une conception artificielle et aujourd'hui surannée : en Italie il est une réalité permanente et universelle dont l'art, né spontanément comme une fleur indigène, a dessiné la formule et le style. Et Rome est sa terre d'élection : où donc le paysage peut-il être plus historique et l'histoire plus mêlée au pittoresque de la ruine ou du site ? Dans le fond la ligne grave des monts, plus près un castello qui sourcille sur sa rocca ou un monastère qui médite sous les cyprès; au premier plan, le bloc de vieilles pierres ou briques, où des cytises se cramponnent en voilant de leur a beau feuille )) une inscription mutilée; la masure ou le palais s'appuient à ces autorités antiques, le paysan vaque à la rusticité parmi les poules, le pérégrin contemple ces accords où il participe, le passant rythme de son pas le passé... : voilà ce que les graveurs de la Renaissance, les Dupérac, les Israël Sylvestre, puis les Pinturicchio , les Poussin, Guaspre, Vanvitelli, Swanevelt, Piranesi, empruntent à ce pays de prestiges pour le transmettre aux peintres du xrx^ siècle. Le paysage historique pousse dru à la Galleria Nazionale d'Arte Moderna à Rome, et je l'ai vu plus florissant que jamais à l'Exposition des Beaux-Arts de cette année. C'est ici et à Castel Gandolfo que Corot a écouté, puis noté les aubades que chantent ensemble à l'orée des bois, dans les matinées vaporeuses, les peupliers d'Italie, les pierres roses, les hamadryades mythologiques et les bergers joueurs de flûte; ici que René Ménard,

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