X PREFACE
René Binet et Maurice Denis ont pris le goût de ces tableaux où l'humanité, par les personnages ou les œuvres d'art, fait son concerto dans la vaste symphonie des choses.
J'ai essayé de donner aux uns l'avant-goût de cette musicalité, et d'en rendre aux autres le souvenir. J'ai appelé les textes originaux de la légende et de l'histoire, l'art, le pittoresque (ici les sensations se confondent avec les idées) à me restituer , si possible, l'âme complexe de Rome. Et puisqu'il faut rentrer modestement dans sa subjectivité, j'ai voulu surtout rendre en moi plus consciente la pensée que Gœthe écrivait à Seidel, et que nous avons tous eue ici dans une minute quasi mystique : Qui a bien vu Rome en garde du bonheur pour la vie.
Rome, Mai 1906.
C'est sur des collines que s'est accompli le destin de Rome. Elle est née sur le Palatin où les vautours étrusques apportèrent sur leurs ailes épandues sa virtualité. Elle a successivement englobé les citadelles latines et sabines juchées sur les collines prochaines. Sur le Gapitole elle établit la sienne et sa grande Trinité divine. Sur l'Aventin, comme sur le mont Sacré, la plèbe balbutia d'abord ses droits. Sur le mont de Paies les Césars installèrent leurs palais, dans ces palais l'Empire républicain, puis libéral, militaire ensuite, enfin administratif. C'est par les collines du sud que Rome commença de mourir : par les extrémités d'abord se retire la vie des agonisants ; la vie n'y est point revenue. Sur les monnaies de la République* Dea Roma est figurée par une femme coiffée d'un casque comme la ville est casquée de collines ; à l'avers d'une médaille elle est assise sur les