Cf. Lucrèce, II, v. 600 sq
la lyre, écarte ses voiles, qui lui pèsent : « Ces- Vénus tout entière à sa proie attachée ». On avail passé vite dans la nef, vite devant le maître-autel vite même devant la Madone, pour venir vers Elle; e là on se taisait, d'un silence quasi religieux : cai (tous ces Siciliens le sentaient) un dieu était là, à h fois implacable et doux et maître de tout ce qui vit. Lî pureté des formes, un sens tout grec de Félégance ei de l'harmonie, et aussi la recherche du vrai dam l'expression ajoutaient au prestige. Et c'était hier étrange de sentir se mêler autour des bas-reliefs volupté, beauté, et encens î 0 Sicile, que voilà bien de tes compromis !
Mais ici l'ironie des choses nous frappe davantage. La déesse de la Terre est chez elle dans ce jardinet, et saint François n'est après tout que son locataire. Dans cette retraite franciscaine où les femmes ne peuvent pénétrer, l'Idéenne est partout présente, non seulement en son simulacre, mais dans la sève des tiges dressées et dans le pollen des fleurs d'avril. En ce cloître où tressaille la force génésique du printemps, le triomphe de Gybèle perpétue la passion du Christ.
S'il est vrai qu'en dépit de la simplicité évangélique rien n'est trop beau pour la maison de Dieu, il doit se plaire au cloître du Latran. Celui-ci est splendide,
comme il convenait à la grande Congrégation des chanoines, à la majesté de la basilique, « de toutes les églises de la Ville et du Monde mère et maîtresse », à la gloire universelle enfin dont la papauté rayonnait sous la tiare d'Innocent III. Commencé au début du xni^ siècle, il ajoute à la beauté générale des lignes le luxe étincelant du détail; tandis que l'ensemble nous enchante d'harmonie, sur chaque trouvaille particulière on se penche, on applique son regard, on fait courir la caresse des doigts. Et cela est à la fois, par la grâce d'état de Byzance et de la Sicile arabo-normande, magnifique et précieux.
On comprend que Vassaletto, le marbrier romain, lit déclaré dans une inscription retrouvée « qu'instruit dans cet art par le noble et glorieux talent de îOn père [nohilitate a ici les deux sens), il a fini tout îcul ce qu'il avait commencé avec lui » *. Et il le dit 3n un beau latin lapidaire où les deux vers assolancés, géminés comme ici les colonnes, se tiennent lebout comme elles dans leur plénitude et leur poids, ilegardez, j'allais dire écoutez la mélodie de celles-ci : 3lles retombent des chapiteaux sur leurs socles ainsi ]ue des vers sur leurs pieds, deux à deux, comme les distiques. Dans leur suite régulière, l'arc roman ]ui dessine le vide, pareil à la césure qui interpose an silence, met la mesure alternée, le rythme, et le :out se développe avec la loi musicale du retour pour