Opéra, t. I, p. 18, chez A. Manuce, Venise
qui sera hostile à l'autre; Diane d'Éphèse et Jésus recommencent sur les marges la lutte commencée aux rives d'Asie Mineure : et le grand Pan, s'il est mort jadis autour de Pathmos, renaît à Rome. < L'on n'approuve point, dit Malebranche, la peine que quelques personnes se sont donnée de nous apprendre comment sont faits certains insectes, et les transformations des vers. » La Renaissance italienne n'a pas connu ce scrupule quasi janséniste. Presque tous les peintres rêvent d'une « Histoire Naturelle » de leur façon : Jean d'Udine fait un livre des Oiseaux, dit Vasari, si beau, si varié, que c'était la joie de Raphaël. Là et sur les frises et pilastres des Loges, dit encore le biographe, « il y en a autant qu'en a su faire la Nature » ; et la plupart sont placés sur des bouquets, gerbes, épis, toutes sortes de grains, de légumes et de fruits, « que, pour nourrir les oiseaux, en tous temps en a produits la Terre ». Sentez-vous la nomenclature s'amplifier et s'achever en une philosophie? Giovanni et Yasari picorent le détail, puis d'un coup d'aile s'envolent au panthéisme naturaliste. Vraiment, c'est la religion nouvelle sous Léon X, sans préjudice de l'autre bien entendu : religion de l'universel subconscient où l'humanité même est à demi immergée. Celle-ci essaie pourtant, avec l'aide de ses peintres et de ses savants, d'en sonder le mystère : sous leur pinceau comme sous leur pensée curieuse, la Botanique pousse et la Zoologie pullule. Pour Jean d'Udine il y a mieux que l'influence d'un
état d'esprit général : il y a des grâces d'état particuculières*. Né dans le Frioul, entre l'Adriatique et les Alpes, quasi Tyrolien, il a senti passer sur lui et sur ses contemporains, fort comme le vent du large, le souffle du Monde. Il a de qui tenir : il naît pendant que son père est à la chasse; encore « putto », il le suit avec ses petites jambes, pourtraicturant sitôt qu'il a un instant chiens, lièvres, chèvres, tous animaux et oiseaux qui lui « tombent sous la main ». A Rome, plus tard, il copie la ménagerie de Léon X, des papagalli ou coqs polychromes aux guenons, babouins, civettes et autres animaux « bizarres ». Mais il y a la vraie, la grande ménagerie : celle du bon Dieu. La Campagne Romaine a ses marécages fiévreux, où le gibier grouille : papa à son tour, Giovanni part aux jours de fête avec son « faute » et sa meute, pousse jusqu'à dix milles de chemin; comme il tire admirablement le mousquet et l'arbalète, il revient chargé (lui et le petit) d'oies sauvages, de colombes, canards et autres oiseaux de paluds, c'est-à-dire de sujets qu'il va croquer tout chauds avant la rigidité suprême. Quand vous irez de la place S. Giovanni à Frascati par le tramway à vapeur qui traverse les coins les plus secrets de la Campagne et que vous verrez se lever au cri de la machine alouettes et poules d'eau, pensez comme moi à Jean d'Udine, l'Oiseleur, car l'oiseler (uccellare) fut son