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LE GENIE DE LA PLEBE ET LE MONT TESTACCIO

Le mont Testaccio a cette originalité d'être à la fois dans Rome et hors de Rome : il est bien contenu dans l'enceinte d'Aurélien, mais il a déjà autour de lui, malgré les empiétements de la population, la solitude anticipée de la Campagne romaine. Il se dresse au-dessus, isolé, comme un autel au Génie de la plèbe, et que la plèbe elle-même éleva de ses mains.

C'est un énorme entassement de tessons et de cassots d'amphores qui se froissent sous le pied ou se brisent avec un bruit sec : bouts coniques fichés dans l'humus comme ils l'étaient jadis dans le sable des celliers, fragments d'anses incurvées, de panses arrondies, de goulots évasés. La mélodie de la ligne y reste, en dépit de la brisure; quand on tient telle note, l'instinct musical devine la phrase jusqu'à la cadence : ici, quel que soit le bout qu'on tienne aux doigts, l'esprit achève la courbe, de lui-même, par simple besoin d'être heureux. Des gamins en guenilles me

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précèdent, pieds nus sur ces arêtes, et ramassant un éclat intact me crient : « Antico, signore, antico! » Leurs cuisses moulées et leur peau couleur d'argile s'harmonisent au ton et à la forme des amphores : ils sont bien comme elles les fils de la terre, de la bonne terre glaise, que le Soleil, potier divin, a cuits au four de l'été. L'humus s'est glissé dans les interstices : une herbe rase, que croient brouter quelques rosses alor qu'elles mordent aux tessons, s'y est insinuée, e toute cette argile rosit par places à la lumière comm des lambeaux de chair sous des loques vertes.

La légende populaire^ s'est installée sur le mon qu'ont formé les pauvres gens. A Rome, dit-elle affluaient dans des vases de terre les tributs di monde ; pour en perpétuer la mémoire, sitôt que L tribut, dix onces d'or par cité, arrivait, les Romain prenaient l'or, puis jetaient et brisaient le vase prè de la porte San Paolo, « là oii est le sépulcre de Remus », c'est-à-dire le mausolée de Gajus Cestius Dans le dessein de donner de leur cité, donna de mondo, une très haute idée, ils affectaient de ne fair aucun cas de ces vases envoyés par les provinces e les rois. Et ainsi se dressa cette montagne de pots e d'orgueil. La croix y plante aujourd'hui son « humilité ».

L'histoire substitue tout simplement le travail des prolétaires à cet orgueil de légende : ce sont ici les

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