Légende Dorée, saint Pierre apôti'ë
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lui firent avaler pendant son sommeil parce qu'il désirait connaître une grossesse, et dont un vomissement l'avait « délivré ». La grenouille est revenue, tout comme le fantôme de Néron ne cesse de hanter Rome : je Tai entendue ici noctambuler et coasser dans les humides soirs d'été.
La porte Appia ou Saint-Sébastien, la plus belle de
toutes, est plus triomphale encore de souvenirs que
belliqueuse d'aspect. Les siècles qu'elle superpose, de
ses pieds de marbre à ses créneaux emmêlés de feuilles,
«comtemplèrent » en 1536 l'entrée solennelle de Charles
Quint à son retour de Tunis. Sangallo l'avait adornée
de trophées et de peintures où l'on voyait un Romulus,
les bras étendus, poser une couronne sur la tiare et
une sur le globe : Romulus, fidèle à ses origines de
paysan madré, ménageait la chèvre et le chou. C'est
à Sangallo du reste que le Mur doit son détail le plus
attachant : le bastion que Paul III lui fit construire
en 1537 pour surveiller la Campagne entre les voies
Appienne et d'Ostie. C'est une proue, un éperon de
brique et de pierre qui fend les ondes de verdure,
^ tout sculpté d'armoiries papales et empanaché de
H petits figuiers que le vent du large secoue. Nature,
p Renaissance, Pontificat militaire régnent là-haut sur
li les glacis, dont la décision redoutable m'a rappelé la
:î citadelle de Pérouse : quel ingénieur que Sangallo, et
i'I quel soldat que ce Paul III ! En 1571 la porte se
'^, penche sur l'entrée triomphale de Marc- Antoine
pi Colonna, le vainqueur de Lépante, que j'ai déjà ren-
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contré à TAra Cœli : il était suivi des dépouilles et des prisonniers turcs, des compagnies du Peuple, et des patrices de Rome « in abito di grande formalità * » . Mais aujourd'hui, lasse des pompes, elle n'encadre plus que la rusticité. Des bœufs à longues cornes, dont l'inflexion est pareille à son cintre renversé, et des petites jardinières chargées de légumes passent. Me voilà revenu en souvenir à Rome étable ou basse-cour, qui voit Jupiter dans l'aigle, Menerva dans la chouette et Juno dans le paon ; qui a pour enseigne une botte de paille, nomme une de ses portes du mugissement des bœufs, est sauvée par le cri des oies, et confond en son parler odorant comme la glèbe fertilité et bonheur, maladie du blé et calamité, sortir du sillon et délirer. La Patrie n'est encore pour elle que l'ensemble des terres que ses citoyens-paysans cultivent. Regardez ici l'enceinte aurélienne : sans doute Rome devenue grande capitale atteint aujourd'hui le demi-million; pourtant la Campagne l'enserre et la pénètre ; à certains jours de fête, quand les contadins affluent, l'odeur du petit-lait et de la bouse de vache erre sur le pavé au cœur même de la ville. Je m'assieds sur la borne, j'allais dire sur le cippe pomérien, tout près du charretier, pendant que la douane ausculte les sacs de pommes de terre et les paquets de fenouil; les grands bœufs nonchalants, l'un contre l'autre archontes, '; marchent pesamment au sacrifice, et les moutons
1. Cf. le Mura di Roma, Cesare Quarenghi, Roma, Lœscher, 1880.
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passent avec un piétinement multiplié qui fait sur la poussière comme une pluie de juin. Voilà pourquoi dans l'invocation byzantine de là-haut, 'Ay^s rswpyi., je ne veux voir que le sens originel du nom propre de Georges : « Saint Travailleur de la Terre! » Le monogramme constantinien qui l'accompagne, avant de saluer l'après-midi les processions de pèlerins ou de touristes qui se rendent aux Catacombes, bénit à la grecque, dès l'aube, la Géorgique lente qui chemine.
L'originalité de la porte San Paolo, c'est qu'elle encadre un tombeau, la fameuse pyramide de Gajus Cestius du collège des Septemviri Epulones. Elle est le prototype de ce décor égyptien qui passionna les anciens avant d'envahir l'art moderne, surtout l'art de notre xvni^ siècle finissant, du Directoire, du Consulat et de l'Empire. Chère pyramide familière ! Même quand on est loin d'elle, on s'y heurte partout à Rome, dans la légende, dans les tableaux et fresques, sur les tombeaux. Après avoir été le « Sépulcre de Remus » oii s'arrêtaient les tributs d'or que les villes sujettes envoyaient à Rome dans des amphores, elle orne les œuvres de Cosimo Rosselli (Gai. Colonna), de J. Romain (Harangue de Constantin), du Poussin surtout (par ex. : Moïse sauvé des eaux), de Panini et d'Hubert Robert. Le Bernin la reproduit en mausolée çà et là, à Santa- Maria del Popolo particulièrement, pour abriter les cendres de Sigismondo et d'Agostino Chigi, Pharaons de la finance. Tout le néo-classicisme de l'époque se cris-
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tallise à sa cime pointue, où se joig'nentet se touchent le prestige de la vieille Egypte, la gloire de Rome et l'idée de la mort. Près d'elle il fallait passer, au moyen âge, pour aller vers l'auguste basilique de l'apôtre Paul; aussi est-ce une autre originalité de la porte San Paolo que d'ouvrir l'accès vers un des lieux les plus saints de Rome : tout le moyen âge a défilé sous elle pour aller là-bas faire ses dévotions ; et le Pogge nous conte comment, par une belle lune, un Romain allant soigner ses vignes vit hors de la porte d'Ostie une femme qui marchait devant lui : des pensées libertines l'assaillent, il assaille à son tour la femme, « et, quand ce fut fini, elle disparut en laissant une odeur de souffre* ».
Après l'archéologie, après la légende et l'histoire, l'épigraphie et l'héraldique chétiennes trouvent à cueillir sur le mur d'Aurélien. Il est couvert des inscriptions et armoiries des Pontifes restaurateurs, cartouches de marbre incrustés dans la brique, qui font l'effet de la soutane blanche pontificale parmi la pourpre cardinalice. De la porte San Giovanni au Tibre le chêne des La Rovere pousse sur le mur, les lys Farnèse sont plantés en rang d'oignons, l'abeille des Barberini butine le miel des souvenirs, la colombe d'Innocent X se pose avec son rameau d'olivier au bec, les palle des Médicis sont fichées là comme de petits boulets, et le lion de Pie IX vers la porte Saint-