‹ Rome, complexité et harmonieChapitre 8 sur 73 · Liber Pontificalis, éd. Duchesne, II, p · texte numérisé non relu

Liber Pontificalis, éd. Duchesne, II, p

les diaconesses et les plus nobles matrones, ainsi que toutes les femmes, et ensemble toutes les colonies de pérégrins, c'est-à-dire des Francs, Frisons, Saxons et Longobards, l'allèrent recevoir au pont Molvius et conduisirent le Pontife en la basilique du Bienheureux Pierre apôtre. » Et voilà que peu à peu le cintre de la porte s'achève à nos yeux en couronne : celle que Léon posa sur la tête de Gharlemagne, d'un beau geste qui compliqua jusqu'à l'inextricable durant cinq siècles l'Histoire européenne.

Sept cents ans plus tard Charles VITI, allant châtier Naples, franchissait à son tour la porte Flaminienne. C'était la première fois que les Italiens voyaient l'organisation d'une armée ultramontaine : la terreur de cette force paralysa leur amour du pittoresque. Pendant trois heures de jour et trois heures de nuit le cortège, descendu du mont Mario, défila dans un étourdissant cliquetis d'armes. Elles étincelèrent au soleil de l'après-midi, puis flamboyèrent dans le clair obscur des torches. Quand un fracas de tonnerre annonça les canons qui bondissaient sur le sol, on vit paraître sous la porte, à cheval, lance en arrêt, le jeune Roi. Il avait l'air dédaigneux, et ses genoux cagneux faisaient saillie sous les chausses. Les cardinaux Asc. Sforza et Giul. délia Rovere, qui fut Jules II, l'accompagnaient à chaque étrier. Sans doute, c'est en passant sous ce joug de la porte, sous ces Fourches caudines, que Julien, qui avait le génie de la haine, en accumula tant contre l'étranger. Le même seuil

qui vit ce jour-là son amertume vit aussi son triomphe quand plus tard il nous poussa hors de l'Italie en criant dans sa barbe : « Fuori i barbari! » Pendant que la colère grondait au cœur du futur pape, la terreur tenaillait l'impulsif Alexandre VI Borgia, bloqué au château Saint- Ange, la fine prudence de Coramynes réfléchissait que cette équipée n'était que folie \ en attendant que Brantôme se pourléchât un jour à nous conter ce « vrai tremblement et foudre de guerre ». Yoilà comment la porte, qui regarda passer l'histoire, surplombait aussi sur le secret des âmes. Pieux à la ville sainte, qu'il violentait, Charles YIII dédia sur le Pincio l'église de la Trinité. Comme la Yilla Médicis toute proche nous appartient, et que les jardins publics furent créés par Yaladier, sur cette colline romaine un peu de France est parsemé; dans l'air qui passe, comme dans l'inspiration de Ronsard, il y a un mélange d'antiquité et de christianisme, de souci de Fart, l'esprit de la guerre et les verdures pacifiques.

En effet, quand le regard remonte sur le Pincio, il entre dans la paix des arbres : sveltes cyprès, larges pins parasols, chênes verts aux feuilles métalliques. De Sainte-Marie-du-Peuple à la Trinité, il est coiffé de poésie méditerranéenne. C'est qu'en vrai Romain il est resté fidèle à son passé, même à ses origines^ : il

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