‹ Rome, de l'ère des catacombes à l'avènement de Jules IIChapitre 14 sur 24 · I.A CHAPELLE S1XTINE · texte numérisé non relu

I.A CHAPELLE S1XTINE

profondément l’influence d’un maître ombrien, qui prit part, avec lui. à la fondation de l’Académie de Saint-Luc. Ce maître, dont les œuvres romaines ont été presque toutes détruites ou mutilées, est Melezzo de Forli. Par une rencontre peut-être unique, il avait pu acquérir pleinement les connaissances techniques que possédaient de son temps les peintres les plus savants de l’Italie et des Flandres : il avait appris le dessin sévère, la perspective exacte

Fig. 76. — La Vierge entre saint Paul et saint François. Tableau d'Antoniazzo Romano

(Galleria Nazionale .

et la large exécution de la fresque à l’école de Piero délia Francesca, les minuties de la peinture à l’huile et la chimie des vernis avec Justus de Garni, un Flamand voyageur qu’il rencontra à la cour d’Urbin. Aussi nul Italien du XVe siècle n’a-t-il su peindre avec une intensité plus saisissante la vie dans l’espace et dans la lumière.

C’est à Melozzo de Forli que Sixte IV commanda la décoration de sa bibliothèque. La plus importante des peintures qui revêtaient les salles, aujourd’hui délabrées et inaccessibles, a été détachée du mur et se trouve exposée dans la Pinacothèque du Vatican. C’est une peinture de cérémonie simple,

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sobre et forte. be maître ne recherchait point les compositions originales : il s’est visiblement inspiré de la fresque du Vatican où l'ra Angelico avait représenté, peu d’années auparavant, le diacre saint baurent à genoux devant un pape qui avait les traits de Nicolas V (fig. 51). Mais dans la fresque

de Melozzo tous les personnages sont des contemporains, be pape .Sixte est assis dans un fauteuil et montre son dur pro fil de médaille. Devant le pape, le bibliothécaire Flatina est agenouillé et montre du doigt une inscription peinte au bas de la fresque : c’est une pièce de vers composée par lui à la louange du pontife qui avait voulu édifier une nouvelle Rome. Derrière le groupe, des hommes sont debout, rangés au hasard devant la solennelle architecture de marbre, dans l’attitude où ils ont posé l’un après l’autre. Ce sont

Fig- 77- —

Sixte IV conférant à Platina la charge de bibliothécaire pontifical. Fresque de Melozzo de Forli, aujourd’hui à la Pinacothèque du Vatican.

"SâSEaSKi

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les neveux du pape, laïcs ou ecclésiastiques. Le cardinal encore jeune debout au milieu d'eux, — le visage osseux, les yeux caves, la bouche maussade, — est Giuliano délia Rovere, celui qui prendra le nom de Jules IL II n’est pas de

Fig. 78. — L’Ascension du Christ. Fragment d’une fresque peinte par Melozzo de Forli dans l’église des Santi Apostoli ; aujourd’hui au palais du Quirinal.

fresque italienne qui donne avec plus de force l’illusion de la réalité : c’est une fenêtre large et lumineuse ouverte sur le Vatican du xv° siècle (fig. 77).

Giuliano délia Rovere, dont Melozzo avait peint si énergiquement le portrait dans la bibliothèque de Sixte IV, confia au maître une tâche bien plus vaste : la décoration de l’abside, dans l’église des Saints- Apôtres. Melozzo reprit le thème des « gloires » qui rayonnaient sur les vieilles mosaïques, mais, en le traitant à fresque, il sut le préciser et le matérialiser. Il représenta la gloire du Christ, non dans l’immobilité du Paradis, mais dans le dernier acte de

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l’histoire évangélique : il prit pour sujet Y Ascension. Ayant ainsi délimité et localisé la scène, il peignit chacun des personnages, — les apôtres qui regardaient le ciel, le Christ debout sur les nuées et la foule même des anges, — ainsi que devait les voir un tidèle, en levant les yeux vers la peinture de l’abside, comme

F ig. 79- — Ange musicien. Fragment d’une fresque de Melozzo de Forli (Sacristie de Saint-Pierre).

devant un spectacle réel. Il montra dans chacune des ligures cette science de la perspective que son ami, Giovanni Santi, le père de Raphaël, a vantée dans une de ses chroniques rimées, et cet art des raccourcis qui fit l’étonnement des peintres jusqu’au temps de Vasari.

L/abside de l’église des Saints- Apôtres fut démolie au xvme siècle ; quelques morceaux de la fresque ont été sauvés et se trouvent aujourd’hui exposés, comme des tableaux mutilés, dans des lieux mal éclairés et peu visités. Re

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Christ de V Ascension est debout au-dessus d’uu escalier du palais du Quirinal (tig. 78). Quelques têtes d’apôtres et quelques auges musiciens, coupés à micorps, sont épars sur les murs de la sacristie de Saint-Pierre (tig. 79-80).

Dans ces débris admirables, certaines audaces de raccourci, jadis frap-

pantes à la hauteur où s’arrondissait la conque de l’abside, font l’effet de bizarreries inintelligibles. Mais ce qui reste à jamais émouvant, pour quiconque est sensible à la fois aux tours de force de l’art et à ses créations enthousiastes, c’est l’allure héroïque du Christ, ses grands bras étendus en croix, son visage triste et beau, dont les yeux noirs se tournent vers la terre ; c’est la beauté mâle des hommes et des enfants, types accomplis d’une race forte et pure ; c’est la musique triomphale des anges, transposée dans les harmonies

plastiques des corps jeunes et souples, des épaisses chevelures, des visages épanouis et des yeux illuminés de santé et de vie.

Quand Sixte IV eut achevé sa grande chapelle du Vatican, il voulut la décorer de peintures comme la bibliothèque. Dans une telle entreprise, Melozzo aurait mérité la meilleure part de travail et de gloire ; mais le pape 11e fit point appel au peintre qui venait d’achever la fresque glorieuse de l’église

des Saints-Apôtres et qui avait commencé dans plusieurs églises romaines 1 des cycles de fresques aujourd’hui disparues.

Il manda tout exprès des artistes de Toscane et d’Ombrie. De 27 octobre 14S1 un contrat fut passé avec quatre jæintres : trois Florentins, Cosimo Rosselli, Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandajo; un Ombrien Pietro de Castel delle Pieve, dit Je Pérugin. Trois aides (pie le notaire pontifical a passés sous silence ont été nommés par Vasari : un disciple de Fra Filippo Dippi, Fra Diamante, moine comme son maître, a\ait accompagné les Florentins ;

1 Santa Maria la Nuova au Forum aujourd'hui Sainte-Françoise Romaine), Santa Maria del Trastevere, San Giovanni Battista.

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Cosiiuo Rosselli avait été suivi par l’artiste auquel il servait de père, Piero di Cosimo ; le Pérugin avait amené avec lui son compatriote Benedetto di Betti, le Pinturicchio. En 1482, Fuca Signorelli de Cortone se joignit au groupe des Ombriens ; il eut pour aide son disciple Fra Bartolommeo délia ('.atta. 1/ en semble des peintures fut achevé avant le 15 août 1483, jour de la consécration de la chapelle.

Le programme qui fut'dicté'aux artistes est un poème chrétien aussi ample

Fig. 82. — Moïse sur la route d'Egypte ; circoncision de son fils. Fresque de Pinturicchio

(Chapelle Sixtine] .

que ceux qui se déroulaient aux murs des anciennes basiliques. Au-dessus du lambris sur lequel est simulée une tenture aux armes des délia Rovere, l’histoire de Moïse est opposée à l’histoire du Christ, comme la Bible et l’Kvangile dans les fresques du siècle de Charlemagne qui décoraient la basilique constantinienne de Saint-Pierre. Entre les fenêtres, les papes martyrs, vêtus pontificalement et debout dans des niches en peinture, comme autant de statues, représentent l’Eglise héritière des deux Testaments. Cette assemblée solennelle est peut-être un souvenir des médaillons de papes rangés au-dessus des colonnes de la nef, dans la basilique de Saint- Paul hors les Murs. I,a voûte, avant Michel-Ange, imitait un ciel d’outremer constellé d’or.

Ee pape théologien qui a commandé cet emsemble unique au XVe siècle a

voulu sans doute que la décoration de sa chapelle fût inspirée des plus vénérables monuments de la Rome chrétienne ; lui-même a raffiné sur les harmonies subtiles que le moyen âge avait découvertes dans les histoires sacrées, be cardinal Francesco délia Rovere n’avait-il pas donné d’avance le programme de la décoration qu’il devait commander, après son élection au pontificat, lorsqu’il écrivait dans son traité du Sang du Christ, imprimé à Rome en 1472, que le Christ a été un nouveau Moïse : « Moses noster Christus » ?

C’est un artiste en scolastique qui, dans la Chapelle Sixtine, a mis en

Fig- .83- — La jeunesse de Moïse Fresque de Botticelli Chapelle Sixtine).

parallèle l’histoire du patriarche avec celle de l’Homme-Dieu, dont la première est la « figure » et comme la prophétie vivante. I^es deux histoires, dont chacune est représentée aujourd’hui en six actes sur l’une des parois latérales de la chapelle, se trouvaient complétées dans la décoration primitive par un prologue et un épilogue. Sur la paroi du chevet, Moïse sauvé des eaux par la tille du Pharaon se trouvait à côté de l’Enfant Jésus adoré par les mages. Sur la paroi intérieure de la façade, l’enlèvement du corps de Moïse par les anges était représenté, d’après une épître de saint Jude, h côté de l’ascension du Christ. Ces deux séries de fresques ont disparu dès le XVIe siècle : l’une, en 1535, sous Ie Jugement dernier de Michel-Ange ; l’autre, dès 1522, dans l’écroulement du mur de la façade.

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Dans les fresques conservées, l’Evangile domine et « commande » la Bible si impérieusement que deux séries d’épisodes de la vie de Moïse ont été transposées pour prendre place en regard d’épisodes correspondants de la vie du Christ. De premier tableau de l’histoire de Moïse, sur la paroi latérale, n’est pas celui qui raconte la jeunesse du héros, sa fuite au désert, son mariage et sa vocation. Pour le spectateur, Moïse revient en Egypte avant d’en être parti. Il se met en chemin avec sa famille, ses enfants, ses servantes, avant d’avoir rencontré celle qui doit être son épouse. La caravane est arrêtée par l’appa-

cig. 84. - Le Baptême du Christ. Fresque de Pinturicchio (Chapelle Sixtine'.

rition de l’ange (pii adresse à Moïse l’incompréhensible menace de mort que Dieu, selon la Bible, fit tomber sur la tête de son serviteur. Avant de rentrer dans la terre d’Egypte, Moïse préside à la circoncision de son fils Géréon. opérée par la propre mère de l’enfant (fig. 82).

C’est seulement dans le second tableau que Moïse tue l’Egyptien qui avait menacé un Hébreu ; pour échapper aux poursuites, il fuit dans le désert, un bâton sur l’épaule. Près d’un puits, il rencontre les bergers qui prétendaient écarter de l’abreuvoir le troupeau conduit par les filles de Jéthro. Après avoir mis en fuite les importuns, le héros à la barbe jeune et blonde verse l’eau delà fontaine aux moutons des deux bergères. Ea bucolique s’achève en épithalame : Jéthro donne à Moïse sa fille Séphora. Tandis que le pâtre prédestiné

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mène aux champs son troupeau, Dieu lui apparaît dans le buisson ardent et lui ordonne d’aller délivrer Israël (fig. 83).

D’audacieuse rupture de la suite chronologique, qui intervertit les deux premières séries d’épisodes de la vie de Moïse, ne sert qu’à reporter le tableau de la première circoncision en face du tableau qui commence aujourd’hui la série évangélique : c’est le baptême dans le Jourdain, que saint Paul a appelé la circoncision du Sauveur (fig. 84). En même temps le passage de Moïse à

Fig. 85. — Le sacrifice mosaïque pour la guérison d'un lépreux. Au fond la tentation du Christ. Fresque de Botticelli (Chapelle Sixtine).

travers le désert s’oppose exactement à la seconde scène de l’histoire du Christ : la tentation dans le désert.

Dans ce dernier tableau, le récit évangélique se trouve relégué au fond de la composition, parmi le paysage et les architectures. De groupe du Christ et du démon, réduit par l’éloignement, saute d’un rocher abrupt sur le toit d’une église qui figure le Temple et de là sur un autre rocher. De premier plan est laissé à une assemblée confuse au milieu de laquelle un grand-prêtre célèbre le sacrifice d’actions de grâces prescrit par la loi de Moïse pour la guérison d’un lépreux (fig. 85). Da présence de cette cérémonie biblique devant l’église au sommet de laquelle le Prince du Monde tente le Fils de Dieu ne s’explique pas par les jeux alternés du symbolisme scolastique : elle pose un

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problème dont la solution ne se trouvera pas dans les Ecritures. Mais à elle seule l'introduction d’une page rituelle du Tévitique au milieu de l’Evangile selon saint Mathieu manifeste l’union des deux Testaments.

Te tableau qui suit, dans l’histoire du Christ, l’énigmatique représentation du vieux sacrifice interrompt le parallélisme des deux récits opposés d’une paroi à l’autre. Quelle correspondance occulte peut-on établir entre le tumulte des cavaliers et des hommes d’armes engloutis au passage de la 111er Rouge et

Fig. 86. — Moïse apportant les Tables de la Loi. L’adoration du veau d’or. ïresque de Cosinio

Rosselli (Chapelle Sixtine).

la vocation des apôtres, pêcheurs pacifiques agenouillés devant Jésus, au bord du lac de Tibériade (fig. 88 et 92) ? Mais dans les trois derniers tableaux, comme dans les deux premiers, chaque épisode évangélique se trouve en rapport exact avec un épisode biblique, soit par ressemblance, soit par contraste. Te Sermon sur la montagne, où furent dénombrés, non point les crimes punis par Jéhovah, mais les béatitudes des humbles dont Dieu sera la récompense, vient remplacer, avec ses promesses et avec la prière nouvelle qu’il apprend au monde, les commandements et les rites que Moïse avait été chercher au sommet du mont Sinaï (fig. 86). Tes lévites Cora, Dathan et Abiram ont été châtiés pour avoir voulu s’arroger l’autorité que l'Èternel s’était réservé de départir : sur 1 arc de triomphe qui se dresse derrière le groupe des prêtres

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rebelles, une inscription proclame que nul ne doit aspirer aux honneurs du sacerdoce contre Aaron, l’élu de Dieu (fig. 93). En face des usurpateurs, voici, au milieu de la calme assemblée des apôtres, le chef désigné par le Christ pour tenir sa place : Pierre, à genoux, reçoit les deux clefs d’or et d'argent (fig. 90). Dans les derniers tableaux qui s’opposent l’un à l’autre sur les parois latérales, le testament que Moïse dicte à son peuple assemblé, avant de gravir le mont Nébo, où les Hébreux retrouveront le cadavre nu du patriarche (lig. 89), a pour pendant la Cène, où furent prononcées les dernières paroles du Sauveur qui allait mourir (fig. 87).

Fig. S7. — Fresque de Cosimo Rosselli (Chapelle Sixtine'.

Des maîtres florentins et ombriens entre lesquels Sixte IV partagea l’illustration de ce poème théologique 11e sacrifièrent aux traditions archaïques des miniaturistes et des peintres giottesques qu’en réunissant toute une suite d’épisodes dans un même cadre d’architecture peinte et en faisant reparaître le même personnage dans plusieurs groupes disséminés au milieu des accidents d’un même paysage. Mais pour l’arrangement des groupes, le dessein des attitudes, le choix des accessoires et des comparses, les peintres ont gardé toute leur liberté et chacun d’eux a donné carrière à sa personnalité d’artiste.

Un véritable concours était ouvert entre les artistes réunis dans la chapelle pontificale. Si l’on en croit Vasari, le pape aurait donné la palme au Florentin Cosimo Rosselli. C’était le plus âgé des artistes qui avaient travaillé à l’ample décoration. Trois fresques lui avaient été confiées : l’histoire des Tables de la Roi, le Sermon sur la montagne et la Cène. De peintre 11’a pas

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ménagé dans cet ouvrage « le fin azur d'outremer » ; il a pailleté d’or les « lumières » des draperies, des arbres et des nuages. Mais cette richesse lourde et marchande, qui a peut-être ébloui le paj>e, n’a pas le raffinement d’un luxe, b, or moulu et le lapis broyé ne dissimulent pas l’indigence d’une action nulle, d’attitudes monotones, de draperies mesquines, de visages uniformes et de regards vides. Le Moïse armé des Tables de la loi et le couple dansant devant le veau d’or ont les mêmes mouvements gauches et froids (fig. 86) ; le Christ et le Judas de la Cène ont la même face ingrate (fig. 87).

Fig. SS. — Le passage de la mer Rouge. Fresque de Pietro di Cosimo Chapelle Sixtine'.

Tous les peintres qui travaillaient aux côtés du vieux Cosimo étaient des hommes de trente à quarante ans ou même des jeunes gens. L’ombrien Piuturiccliio et le Florentin Piero di Cosimo étaient des débutants. Ce dernier, le cadet du groupe, n’avait que dix-huit ans en 1480. Cependant il eut à peindre au moins le paysage de la mer Rouge : en représentant la nuée d’orage qui se déverse en grêle sur les Egyptiens, il manifeste déjà sa curiosité pour les ciels tourmentés (fig. 8S).

Pinturicchio avait vingt-cinq ans ; venu à Rome avec le Pérugin, il peignit dans la Sixtine une grande partie de deux compositions dessinées par son maître : le voyage de Moïse vers 1’Égypte et le Baptême du Christ (fig. 82 et 84). Le travail de l’assistant se reconnaît, près des figures exécutées par le

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maître, à des contours plus secs, à un modelé plus dur, à des formes plus grêles. Le jeune peintre de Pérouse ne sait encore déployer ses qualités de coloriste que dans le paysage.

La Remise des clefs à saint Pierre est la première œuvre capitale du Pérugin qui ait survécu. Le fond est animé par des figurines sveltes et mobiles, imitées des tableautins nerveux de Fiorenzo di Lorenzo. La simplicité solennelle des attitudes, la solidité sculpturale des corps, le sérieux réfléchi des visages n’an-

Fig. 89. — Les derniers épisodes de la vie de Moïse. Fresque de Luca Signorelli

(Chapelle Sixtine).

noncent pas encore les airs extatiques et les mines dévotieuses que le maître répétera plus tard à satiété pour sa clientèle bourgeoise. Le coloris de la fresque a une profondeur veloutée dont n’approche aucun Florentin (fig. go).

Signorelli a représenté dans la Sixtine le Testament de Moïse (fig. 8g). Autour du robuste patriarche est rangé un peuple fier de sa force. Les draperies des femmes laissent deviner de larges flancs et des épaules de guerrières. Aux pieds de Moïse un éphèbe est assis, nu et beau comme un demi-dieu ; dans le même groupe, de jeunes cavaliers en pourpoint ajusté et en chausses collantes cambrent complaisamment leurs torses et leurs reins (fig. gi). Ces êtres superbes 11’ont pas encore la raideur des corps athlétiques dont Signorelli détaillera plus tard la musculature, comme sur l’écorclié. Dansla carrière

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de Signorelli et dans celle de Pérugin, la décoration de la chapelle pontificale marque un moment d’éphémère équilibre et comme une halte qui rapproche les deux peintres ombriens, à l’entrée des deux voies opposées où ils vont s’engager, l’un chantant les molles extases et les joies immobiles de la contemplation, l’autre célébrant le triomphe de l’action et de la force virile.

Dans les fresques de la Sixtine les deux grands maîtres florentins ont peint en traits plus nets et plus forts que les deux grands Ombriens l’image de leur talent, près d’atteindre sa pleine maturité.

Fig. 90. — La remise des clefs à saint Pierre. Fresque du Pérugin (Chapelle Sixtine).

Domenico Ghirlandajo, le fils de l’orfèvre, se montre tout entier dans la fresque de la Vocation des Apôtres. D’amour du bon peintre pour la vie quotidienne laisse une place à l’intelligence des sentiments profonds et au souci des ordonnances régulières. De groupe fraternel de Jean et de Jacques, les apôtres élus par le Rédempteur, unit deux adorations dans une attitude agenouillée. De Christ entouré d’un groupe sculptural, évoque le souvenir des figures de Masaccio (fig. 92).

De contraste est violent et brusque entre ces personnages aux faces débonnaires et les créatures agitées de Botticelli. Jye peintre désigné à la faveur de Sixte IV par la faveur des Médicis eut la commande de trois fresques dans la chapelle pontificale. Il peignit des sujets très différents par la

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véhémence de l'action : l'histoire tragique des lévites rebelles (fig. 93), le sacrifice du lépreux guéri (fig. 85), enfin une suite d’épisodes qui rapprochaient dans le même décor un meurtre, celui de l’Egyptien tué par Moïse, et une idylle : la rencontre du voyageur et des bergères devant la fontaine de l’oasis (fig. 83). Le peintre anime toutes ces compositions des mêmes mouvements tumul-

Fig. 91. Le peuple écoutant le testament de Moïse. Fresque de Luca Signorelli

[Chapelle Sixtine).

tueux et désordonnés ; il les peuple des mêmes êtres inquiets et nerveux, dont on reconnaîtra les attitudes penchées et les gestes passionnés jusque dans la sereine assemblée des papes rangés entre les fenêtres (fig. 94). Le Moïse de Botticelli n’a rien de l’exécuteur implacable des volontés du Très-Haut ; il connaît la faiblesse et la pitié. Lorsque le jeune héros verse l’eau du puits aux moutons des filles de Jéthro, il s’incline, la tête abandonnée, comme s’il allait tomber aux pieds des bergères (fig. 95). Plus tard, lorsque sa mission l’amène, vieillard à barbe blanche, devant le gouffre qui engloutit les lévites rebelles, le patriarche succombe sous la puissance divine dont il est l’instrument ; son

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front s’incline vers la fosse, et tandis que sa main se lève sur les réprouvés, le

geste qui doit lancer l’anathème semble esquisser une bénédiction (tig. 96).

Fig. 92. — La vocation des apôtres Jean et Jacques. Fresque de Ghirlandajo (Chapelle Sixtine).

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Ce Moïse ressemble moins à celui de Michel-Ange qu’au Moïse d’Alfred

de Vigny. Il mérite une place dans l’admiration des hommes, à côté de la grande figure ébauchée par le poète douloureux et stoïque. Etudié à sa date.

Le châtiment des lévites rebelles. Fresque de Botticelli (Chapelle Sixiine).

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