‹ Rome, de l'ère des catacombes à l'avènement de Jules IIChapitre 15 sur 24 · A CHAPELLE S1XTINE · texte numérisé non relu

A CHAPELLE S1XTINE

en face du vigoureux patriarche peint par Signorelli, le Moïse de Botticelli paraîtra manquer d’énergie virile. K n effet, l'artiste qui a conçu cette figure attristée et affaissée était attiré vers la mobilité et la fragilité de la grâce féminine. Dans la Sixtine, le roman biblique de Moïse et de la fille de Jétliro offrait à la fantaisie de Botticelli un chapitre profane de l’Histoire Sainte. D’étrange

Fig. 9). — Un pape martyr. Fresque de Botticelli (Chapelle Sixtine].

conteur de féeries vêtit les bergères de tuniques flottantes et d’écharpes aériennes ; il donna à leurs visages un sourire à la fois craintif et ravi ; il plia leur corps gracile à des attitudes (pii semblent accompagner le rythme d’une musique lente. Iye bocage élevé au milieu du désert se transforme en asile des Nymphes ; les filles (le Jétliro, dont le charme délicat fleurit la chapelle du Vatican, sont les sœurs des Grâces qui dansent, sur un tableau commandé par un Médicis, pour fêter Vénus et Primavera (fig. 97).

Florentins et Ombriens ont beau concevoir chacun à sa manière et parfoisavec une originalité (pii saisit, le type et l’action des personnages traditionnels,

drapés a l'antique : ils se trouvent d’accord pour donner le moins de place possible à ces personnages. L’Histoire biblique ou évangélique est enveloppée et étouffée dans une foule de comparses qui se ressemblent, d’une fresque à l’autre, parce qu’ils portent le costume du xve siècle et qu’ils sont des portraits de contemporains. On dirait d’un « Mystère » dont les tréteaux seraient, envahis par les spectateurs.

Quels ont été, dans leur vie éteinte depuis quatre siècles, ces hommes qui se trouvent admis à perpétuité dans la plus auguste chapelle du monde chrétien ? D’abord il est possible de reconnaître quelques-uns des artistes peints par eux-mêmes. Ils sont vus de trois quarts, avec le regard de face. Cosimo Rosselli se montre vêtu de noir parmi les auditeurs du Sermon sur la Montagne, tel qu'il s’est représenté à Florence, dans l’église de Sant’Ambrogio. La figure osseuse et bilieuse de Botticelli, qui a trouvé place dans la superbe Adoration des Mages de Santa Maria Novella (aujourd’hui au musée des Offices), reparaît derrière le groupe confus des hommes qui se pressent autour du sacrilège amené devant Moïse (fig. 93). La large face du Pérugin, encadrée dans une chevelure crépue, triomphe, éclatante de vie, à côté du dernier des apôtres qui sont debout derrière saint Pierre, agenouillé aux pieds du Christ (fig- 90). D’autres contemporains peuvent être reconnus. Un neveu du pape qui donna l’exemple du népotisme, le capitaine Girolamo Riario, tient son bâton de commandement derrière l’acolyte qui s’avance pour le sacrifice du lépreux Un guerrier en armure complète, vu de dos et la tête tournée de profil, a pris place devant Moïse, au passage de la Mer Rouge : c’est Roberto Malatesta, général vénitien au service de Sixte IV. Entre les humanistes, les plus

F'g. qp — Moïse à la fontaine. Fresque de Botticelli Chapelle Sixtine).

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