A CHAPELLE SIXTINK
MS
facile s a îcconnaitre sont les (liées barbus ; Bessarion porte lu pourpre cardinalice, non loin de Roberto Malatesta et à côté de Moïse (tig. 88)
Ives \ isages (pii ont pu être identifies par les études de M. Steinmann sont au nombre d une douzaine au plus. Aucun des portraits de femmes, rares
Fig. 96. — Moïse assistant à l’engloutissement des lévites rebelles. Fresque de Botticelli (Chapelle Sixtine).
et charmants, qui se mêlent à la foule des portraits d'hommes, 11e peut être nomme. Iv immortalité que les peintres de Sixte IV ont donnée à cette foule de disparus n’est pas, pour la plupart d'entre eux, une immortalité personnelle.
Peu importent ces noms, dont beaucoup sans doute étaient obscurs. Ce
qu il faut retenir, comme le signe d’un temps, c’est la conception qu’avaient
ROME
de l’art chrétien les artistes qui voyaient dans une scène sacrée un prétexte à réaliser leur rêve de beauté profane et une occasion de peindre un honnête lot de portraits (fig. 98).
Aucune des fresques de Florence, de Prato ou de Pise, dans lesquelles les peintres des Médicis ont mêlé aux scènes sacrées les groupes fastueux et graves de leurs protecteurs et de leurs amis, 11e réunit une telle foule de figu-
Fig. 97. — Les filles de Jéthro. Fresque de Botticelli (Chapelle Sixtine).
rants. Ces gens qui coudoient le Christ ou Moïse ne sont ni des donateurs, ni des dévots ; ils 11e s’agenouillent ni 11e prient. Tous, dignitaires en simarre ou cavaliers en chausses de soie, cardinaux revêtus de la pourpre ou marchands habillés de noir, guerriers au regard d’acier ou enfants aux yeux étonnés, 11e sont là que pour poser debout et pour regarder droit. Par leur seule présence ils formulent le mot d’ordre qui était alors celui des artistes : indifférence du sujet, amour de la vie. Ils proclament aussi, sans y penser, le principe d orgueil qui donnait aux hommes de la Renaissance l’ambition de faire place en tout lieu et sans contrainte à leur effigie, comme à leur personne et a leur volonté.
Fe pape Sixte IV s’était fait représenter tout le premier dans sa chapelle ;
LA CHAPELLE S1XTINE
le Pérugin l’avait peint sur le tableau placé au-dessus de l’autel, et qui peutêtre était une fresque, aux pieds des apôtres qui contemplaient l’Assomption de la Vierge. 1/ œuvre a disparu, avec les fresques voisines, sous le Jugement dernier de Michel-Ange ; mais dans les fresques conservées, trois compositions rappellent, par des allusions savantes, les bonnes œuvres du pape et les grandes actions de son règne.
Fig. 98. — Portraits d’inconnus. Détail de la Vocation des Apôtres. Fresque de Ghirlandajo (Chapelle Sixtine) .
Dans l’énigmatique tableau du sacrifice du lépreux, l’édifice qui figure le Temple de Jérusalem reproduit fidèlement la façade de l’église bâtie par Sixte IV à côté de l’hôpital de Santo Spirito (fig. 85). De lépreux guéri fait penser aux malades soignés dans l’hôpital ; le grand prêtre couronné de la tiare est le représentant du pape bienfaisant. Si cette composition biblique se trouve introduite dans la série des scènes évangéliques, c’est pour faire face au trône du pape, adossé à la paroi sur laquelle sont peintes les fresques de la vie de Moïse.
En dehors de cette fresque, dont le sujet et la place 11’ont pu être choisis que par un habile courtisan, deux séries d’épisodes de la vie de Moïse, auxquels
ROM E
a été attribué un développement exceptionnel, devaient rappeler au pape, dans la chapelle de son palais, les événements de l’année 1482, qui fut dans ce pontificat la plus agitée et la plus glorieuse. I/épisode tragique du châtiment des lévites faisait allusion à l’échec d’une tentative de schisme dont l’archevêque de Carinthie avait été l’instigateur ; le pharaon et les Egyptiens noyés dans la Mer Rouge, sous une averse de déluge, représentaient Alphonse, ducde Calabre, et son armée, qui, en marchant contre Rome, avaient été vaincus par le capitaine pontifical Roberto Malatesta : c’est un orage qui avait, disait-011, décidé de la bataille, en empêchant les Napolitains de recharger leurs canons.
Ainsi le poème théologique devient, en trois de ses chants, une épopée historique propice aux applications contemporaines. Ce système d’allusions, inauguré dans un ensemble de peintures qui représentent l’art du xve siècle dans la plénitude de sa vitalité insolente et profane, prépare directement les créations de l’art qui, trente ans après la consécration de la Sixtine, célébrera dans un appartement du Vatican le pape dont le nom domine la Renaissance. Lorsque Jules II commanda à Raphaël cette fresque d’Héliodore qui représentait, dans sa pensée, la retraite des Français et l’expulsion des « Barbares », il se souvenait des fresques de la vie de Moïse peintes par Botticelli et par Cosimo Rosselli à la gloire de son oncle Sixte IV.