‹ Rome, de l'ère des catacombes à l'avènement de Jules IIChapitre 4 sur 24 · R OMI · texte numérisé non relu

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cimetières n’ont pu donner ni un type de mausolée, ni un type d’église. S’ils ont servi parfois de lieux de refuge pendant les persécutions, ils ne deviennent des lieux de culte qu’après la paix de l’Église. Les seuls caveaux qui aient été aménagés dès le temps des persécutions pour servir de salle de réunion aux fidèles se trouvent dans le cimetière de Priscille et dans le « cimetière ostrien », sur la voie Nomentaue ; l’entrée de ce dernier oratoire a la forme d’une arcade; devant la niclie de X ar cosolium, des bancs et un siège de prêtre ou d’évêque ont été creusés dans le tuf. Mais cette chambre souterraine ne possède pas même un autel comme celui que le pape Damase installa dans la crypte des papes, au cimetière de Calixte. Au ive et au Ve siècle, lorsque des cimetières à ciel ouvert furent établis au-dessus de quelques cimetières souterrains, des chapelles s’élevèrent au milieu des tombes. C’est ainsi qu’un petit oratoire fut dédié au pape martyr saint Sixte, à l’entrée du cimetière de Calixte. Les chapelles de ce genre sont pour la plupart de modestes constructions en briques, flanquées de trois niches ou absides disposées en trèfle. Imitées sans doute des salles de réunion et d’agapes dont elles ont pris la place, elles forment un groupe à part. Ces oratoires, dont les ruines ont été retrouvées sur l’emplacement de quelques cimetières, n’ont point servi de modèles aux gigantesques basiliques tpii s’élevaient dès le même siècle sur d’autres cimetières.

C’est à l’antiquité que la société chrétienne devait nécessairement emprunter les éléments de son architecture religieuse, aussi bien que les formes plastiques qu’elle avait animées d’une pensée nouvelle. I/art qui a donné à la Rome impériale sa grandeur monumentale est l’architecture voûtée. Au ii° et au me siècle, la voûte moulée en brique et en blocage s’était adaptée à la construction des édifices les plus divers, depuis les thermes et les fontaines, jusqu’aux palais et aux temples. L’influence üe l’Orient avait certainement contribué au développement de ce système d’architecture et particulièrement au triomphe de la coupole, attesté par la rotonde du Panthéon.

L’art chrétien n’employa la voûte, dans les premiers siècles, que pour couvrir des monuments de plan circulaire. Les mausolées de la mère et des filles (1e Constantin rappellent de loin les rotondes massives des mausolées d’Auguste et d’Hadrien ; cependant ils ne sont point directement imités des tombeaux dont l’énorme masse enfermait, à la manière d’une pyramide d’Kgypte, une étroite chambre funéraire. La tour ruinée (pii conserve dans la Campagne romaine la mémoire de sainte Hélène est, avec les niches ménagées dans sa masse, un véritable « nymphée », pareil à la fontaine monumentale du jardin des Licinii, faussement appelé temple (1e Minerva Mediea *. Mais la coupole

1 Voir Rome, V Antiquité, p. 123. fig. 96.

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n’est plus construite sur cintre d’après le système romain : elle est faite de matériaux légers, eu particulier d’amphores creuses, que le peuple appelle pignatte et qui ont valu à la ruine son nom de Torre Pignattara.

Le mausolée des filles de Constantin, placé au moyen âge sous le vocable

Fig. 11. — Mausolée des filles de Constantin ; aujourd’hui église de Sainte-Constance.

de sainte Constance, est de plan plus compliqué que le mausolée de sainte Hélène. Cet édifice a été construit pour servir à la fois de tombeau et de baptistère : les niches ménagées à l’intérieur dans les parois latérales devaient recevoir de grands sarcophages, analogues à celui qui a été transporté au musée du Vatican ; l’autel qui occupe le milieu du pavement a remplacé un bassin préparé pour le baptême par immersion. L,a coupole 11e repose plus sur une muraille massive ; elle est supportée par les arcades d’un portique inté-

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rieur dont les colonnes sont groupées deux par deux. Le pourtour est couvert d’une voûte annulaire en berceau (fig. n). Dans les monuments antérieurs à Constantin, aucun exemple ne s’est conservé d’une rotonde ainsi disposée. Les seuls édifices du ive siècle dont Sainte-Constance puisse être rapprochée sont des églises de Jérusalem couvertes en bois, qui entouraient de leurs portiques circulaires le Saint-Sépulcre et le rocher de l’Ascension. La grande église ronde de Saint-Étienne, consacrée sur le Célius vers la fin du Ve siècle par le pape Simplicius, ressemble d’une manière frappante aux anciens édifices palestiniens ; cette église, avec son double portique circulaire et la toiture de bois qui couvre sa rotonde centrale, est, selon toute vraisemblance, une imitation directe de l’église élevée peu d’années auparavant, près de Jérusalem, sur le tombeau du premier martyr. L’église de Santo Stefano rotondo resta d’ailleurs à Rome un monument unique en son genre. Le plan circulaire ou polygonal ne fut employé à partir du Ve siècle que pour la construction des baptistères ; le plus ancien, après la rotonde de Sainte-Constance, est le baptistère de Latran, élevé ou rebâti par Sixte III vers 440 et déjà remanié un demi-siècle plus tard. Aujourd’hui l’octogone de colonnes à trois étages qui entoure la vasque baptismale ne porte qu’une fausse coupole en bois.

C’est en Orient seulement que la coupole allait devenir, dès les premiers siècles, l’élément essentiel et générateur de l’architecture des églises. Le type de l’église chrétienne d’Oceident, fixé à Rome dès le règne de Constantin, comportait un plan rectangulaire et non circulaire.

Des églises fondées par le premier empereur chrétien il ne subsiste que deux files de colonnes, avec leur entablement, à Saint-Laurent hors les Murs. L’église du Latran, déjà reconstruite au IXe siècle, est aujourd’hui l’un des plus majestueux monuments de l’architecture baroque. L’église élevée par Constantin sur la « Confession » de Saint-Pierre a été lentement démolie pendant le XVIe siècle pour faire place à l’édifice que surmonte la coupole de Michel- Ange. Mais l’architecture de l’ancienne église de Saint-Pierre est connue jusque dans le détail, grâce aux plans et aux dessins exécutés avant sa disparition. Le monument comprenait deux parties bien distinctes : d’abord une grande cour de plan carré, entourée de portiques, au milieu desquels jaillissait une fontaine où chacun se trempait les mains et les pieds avant les cérémonies. Les catéchumènes et les pénitents, dont quelques-uns restaient exclus de l’Eglise pendant vingt ans, n’avaient accès que dans ce péristyle. Les fidèles admis aux sacrements pénétraient dans l’église, salle immense séparée en cinq nefs par quatre files de colonnes. L^ nef centrale était beaucoup plus élevée que les nefs latérales ; elle était, comme elles, couverte d’un plafond de bois à caissons, établi sous les combles du toit. Au bout de la nef principale, une haute

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et majestueuse arcade, appelée plus tard l’arc triomphal, s’ouvrait sur le transept, sorte de nef transversale qui séparait les cinq nefs du mur élevé au fond de l’édifice. Dans ce mur était percée, eu face de la nef principale, une abside, énorme niche voûtée en cul-de-four. Aujourd’hui, l’église Saint-Clément, rebâtie au xue siècle, est la seule qui ait conservé toutes ces dispositions des églises primitives de Rome : son vaisseau à trois nefs est précédé d’une cour entourée de portiques et baignée de soleil.

Dès le IVe siècle, les églises chrétiennes portaient, entre autres noms, celui de basiliques. Cependant, la basilique constantinienne de Saint-Pierre, toute couverte en charpente, différait aussi complètement que possible de la basilique constantinienne du Forum, couverte d’énormes voûtes. Avec leurs nefs séparées par des portiques intérieurs, les premières églises chrétiennes ressemblaient plutôt à d’anciennes basiliques civiles, comme la basilique Æmilia et la basilique Julia, reconstruites à Rome par Auguste. On a cru longtemps que des basiliques de ce genre avaient été les premiers édifices affectés au nouveau culte ; en réalité, presque toutes les basiliques civiles restèrent ouvertes longtemps après Constantin aux plaideurs et aux commerçants. Quelques édifices bâtis sous les empereurs païens ont bien été transformés en églises du IVe au VIe siècle : c’est ainsi qu’au Forum l’église des Saints-Cosme-et-Damien fut logée dans une salle du bâtiment où étaient conservées jadis les archives du cadastre, et que les églises de San Martino et de Sant’Adriano occupèrent les bureaux du Sénat rebâti par Domitien et l’ancienne salle des séances. Mais aucun de ces locaux désaffectés n’était divisé en plusieurs nefs. L’une des rares basiliques civiles qui aient été transformées en église, celle qui avait été bâtie sur l’Esquilin par le consul Junius Bassus, père du préfet chrétien du même nom, et qui fut consacrée au Ve siècle sous le vocable de saint André, n’était, elle aussi, qu’une salle rectangulaire. Ce monument a complètement disparu. Quant aux basiliques à plusieurs nefs, elles n’ont point servi d’églises et 11’ont pas été les premiers modèles des églises. Leurs portiques intérieurs faisaient le tour de l’édifice et ne se dirigeaient pas vers un sanctuaire unique ; l’abside manquait ou bien deux absides égales s’opposaient d’une extrémité à l’autre de la basilique ; le transept était inconnu.

Les origines de l’architecture des églises ne doivent pas être cherchées dans les édifices publics de l’Empire romain. Les premiers lieux d’assemblée pour les fidèles, les premières « églises », au sens étymologique du mot grec ecclesia, avaient été des maisons particulières. Quelques-unes de ces maisons furent par la suite transformées en églises véritables : elles gardèrent alors le nom de leur propriétaire, comme les plus anciens cimetières dont le terrain avait été donné par linéiques riches. C’est ainsi que la maison de Pudens, où, d’après la tradi-

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tkm, saint lierre aurait célébré les myst ères devint l 'église de Pudens. l'église

te-Pudeurienne. Certaines d*

maisons sanctifiées par le cidte et quelquefois par le martyre ont été vénérées comme des tombeaux. Telle fut la riche maison du Célius. où deux employés supérieurs de la cour leux palatins . appelés Jean et Paul, furent mis à mort au temps de Julien. Cette maison, où un oratoire avait été fondé dés la nn du iv siècle, servit de crypte à une église du xii siècle dont l’abside omine le Colisée. IV nos jours la demeure des deux officiers de Julien a été retrouvée sous l'édifice du moyen âge. avec sa cave au vin. garnie d’amphores 'Celles s et ses chambres peintes. Sur les murs, maintenant souterrains comme les parois des catacombes, sont disposées des décorations légères, pareilles celles qui décorent les plus anciens cimetières chrétiens mais peintes à l’encausti .ne comme h' meilleures peintures : ompéiennes ; génies tenant des guirlandes, amours vendangeant au milieu des pampres de la voûte, oi'. de toute espèce, parmi lesquels on distingue une autruche ( fig. 12). A côté de la salle qui a conservé ces - cultures profanes une autre, décorée sans doute : s la mort des deux martyrs, montre quelques images du cycle chrétien, entre autres une Crante vêtue de la ~a >:uh 1. Plus tard une ires ,ue grossière . ajoutée sur le mur d’un corridor où. d’après la tradition, les deux palatins avaient été décapités : c’est une scène de martyre.

Dans le- : remières mai-sms où fut célébré le culte chrétien les assistants se réunirent avec le prêtre dans le tablinum , le salon de réception ouvert au fond de l a: a : le trépied eucharistique remplaça l’autel des dieux lares. Quand la communauté qui se rassemblait dans une même maison devint trop nombreuse, l’officiant resta dans le tablinum ; les fidèles se répandirent dans la: pui était une sorte de cour d'honneur, entourée de portiques sur troi-

c tés et séparée du u blir.um :ar un espace à del ouvert qui s'étendait à droite et .. gauche devant les portiques et formait ce que l’on appelait les ailes de Y atrium.

Ces dispositions de la maison romaine ont une certaine ressemblance avec celle des basiliques chrétiennes : le tablinum. souvent voûté était une abside véritable ; le plan de Y atrium, avec les portiques latéraux et les - ailes -, est le : lan du vaisseau de l'église, avec les colonnades et le transept. D'autre pan la grande e ur entourée de port: pae- .ui s'étendait devant l'entrée de la :asili .ne a exactement le rôle du premier péristyle qui, dans les grandes maisons de Rome ou de Pompéi. précédait Yatrium. L’érudition allemande a tiré de ces ressemblances une hypothèse fort intéressante qui cherche le prototype des basiii .ucs p> remières églises historique' dans les maisons qui ont été les églises préhistoriques.

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U11 rapprochement du même genre a éclairé en effet les origines du temple grec. Le Parthénon, où l’ordre dorique, dans la parfaite sérénité de ses proportions, rappelle encore, par tant de détails singuliers, les traditions d’une architecture de bois et de pisé, reproduit les formes d’une construction primitive qui n’est autre que la salle d’apparat, le mêgaron des palais homériques. Si la basilique chrétienne était elle-même le développement magnifique de Y atrium et du tablinum, qui formaient comme la partie publique de la maison

Fig. 12. — Peinture profane du iv° siècle, dans la maison des saints Jean et Paul.

romaine, il faudrait reconnaître, comme l'expression d’une sorte de « loi », que les deux types d’architecture religieuse qui l’un après l’autre ont régné sur le monde méditerranéen sont issus l’un après l’autre de l’architecture domestique.

L’hypothèse de cette génération directe de la basilique par la maison doit être révoquée en doute. La maison romaine ne contient pas en germe tous les éléments d’une basilique. Elle en donne le plan approximatif, non l’élévation. L ’ atrium d’une maison, avec ses « ailes », était à ciel ouvert : la nef centrale et le transept d’une église forment une haute construction en croix, dont les murs percés de fenêtres s’élèvent au-dessus des nefs latérales. Parmi les édifices antiques, les seuls qui eussent une nef ainsi surélevée étaient réellement des basiliques.

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Il a existé, à l’époque impériale, des basiliques privées, salles de réception et de réunion dans les maisons les plus riches de Rome. Le plan d’une de ces basiliques est encore très lisible dans les ruines du palais des Flavieus, sur le Palatin : c’est un véritable plan d’église primitive.

Des études et des découvertes récentes permettent de croire que la basilique chrétienne n’est pas directement née de la basilique privée. Le type de la basilique, lieu d’assemblée, a été adopté à Rome, comme à Athènes, au commencement de l’ère chrétienne, par les initiés des cultes dionysiaques et orientaux. Une petite «basilique », qui était une chapelle consacrée à d’étranges dieux syriens, a été retrouvée au commencement du xxe siècle sur le penchant de J anicule. Le christianisme n’a fait probablement que suivre l’exemple d’autres cultes orientaux lorsqu’il a bâti des «basiliques» pour les assemblées de ses fidèles.

Les temples que la religion nouvelle posséda en propre, aussitôt après l’édit de Milan, peut-être même avant la persécution de Dioclétien, qui ferma plusieurs églises, différaient des temples des dieux officiels de Rome aussi profondément que la foi de saint Ambroise différait des traditions défendues par Symmaque. Le temple gréco-romain était la demeure du dieu représenté par sa statue : l’autel était placé devant la porte et le peuple n’entrait pas dans la cella. Maintenant l’église est ouverte à tous les croyants qui ne sont pas des pénitents.

Dès le temps de Constantin, les basiliques chrétiennes atteignent des proportions qui dépassent de loin celles des chapelles d’initiés. Elles ont les mêmes dispositions essentielles à Jérusalem et à Rome. Cependant le transept qui donne au plan des églises son dessin de croix, est presque inconnu en Orient : cette nef transversale, destinée sans doute au déploiement des cortèges ecclésiastiques, paraît être, dans la première architecture chrétienne, un élément « romain ».

Dans les plus anciennes basiliques, dans celle de Bethléem, comme dans celle de Sainte-Marie Majeure, les colonnes de la nef principale supportent un entablement droit sur lequel reposent directement les murs. Cette disposition était conforme aux principes de l’art gréco-romain, codifié par Vitruve et suivant lesquels la colonne, isolée ou adossée au pied-droit, 11e portait jamais qu’un entablement : le pied-droit recevait la retombée des arcs. Déjà, vers la fin du ive siècle, l’entablement est remplacé par une série d’arcades. Dans la basilique de Saint-Paul hors les Murs, que Valentinien II et Théodose bâtirent sur l’emplacement d’une plus petite église dédiée par Constantin, les colonnades des cinq nefs portent des arcades. Cette innovation, qui paraît avoir été réalisée d’abord en Orient, fut adoptée à Rome et acheva de cons-

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tituer le type de la basilique romaine. Ce type fut répété jusqu'au XIVe siècle presque sans variante. Une seule fois, au IXe siècle, un constructeur éleva en travers de la nef de Sainte-Praxède trois arcs massifs destinés à soutenir en l’air les fermes de la charpente. Etait-ce audace de novateur ou prudence de maladroit ? En tout cas, une semblable tentative ressemblait à celles (pii préparèrent dans les pays du Nord la construction d’un type d’édifice nouveau : la basilique voûtée dont le développement rapide et logique devait pro-

Fig. 13. — Basilique de Saint-Paul hors les murs.

(luire, dans la série des abbatiales et des cathédrales, des merveilles que ni le siècle de Constantin, ni l’antiquité n’avaient pu imaginer. Mais, à Rome, les arcs de Sainte-Praxède ne furent imités dans aucun autre édifice et jusqu’à la Renaissance toutes les églises romaines, — sauf une, qui est un monument d’architecture française, — seront couvertes en charpente, comme les premières basiliques chrétiennes.

I/architecture des basiliques est simple autant que celle d’un temple grec. A l’extérieur, la simplicité des églises romaines était pauvreté. Les parois latérales ont toujours été nues : de longs murs en briques percés de fenêtres sans ornement. Les mosaïques qui ont décoré la façade antérieure de quelques basi-

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liques romaines, au-dessus du portique, ne remontent qu’au XIIe ou au xme siècle.

A l’intérieur, la simplicité des basiliques est majesté. L’église de Saint-Paul hors les Murs, rebâtie après l’incendie de 1823 et trop neuve pour saisir l’imagination par le prestige du passé, est l’un des monuments les plus imposants du monde : son armée de colonnes dépasse l’attente par la longueur de ses files ainsi qu’une cathédrale gothique par la hauteur de ses colonnettes (fig. 13).

Cette simplicité était limitée aux lignes de l’architecture : les grandes surfaces nues offraient un vaste champ où se répandit la décoration. L’intérieur d’une grande basilique romaine du IVe ou du Ve siècle était un éblouissement de couleurs et de richesses : des mosaïques revêtaient les murs de la nef et miroitaient en suivant les courbes de l’abside ; des tentures de soie brodée lambrissaient les murs latéraux, ou bien, pendues entre les colonnes, leur tissu alourdi par l’or et les pierreries continuait jusqu’au pavé de marbre luisant la paroi couverte d’émail ; dans le sanctuaire, enclos de marbre ou de bronze doré, les tabernacles élevés au-dessus des autels étaient des monuments d’orfèvrerie, composés de bas-reliefs ou de statues d’argent et d’or. Dans la ville qui avait perdu ses patriciens et ses empereurs, aucun palais ne pouvait rivaliser avec ces monuments du culte, élevés et décorés par une Eglise dont les propriétés, composant le patrimoine de Saint-Pierre, s’étendaient sur toute l’Italie. Les richesses des basiliques étaient l’étalage de la richesse de la Papauté. Beaucoup de ces décorations étincelantes ne sont plus connues que par des descriptions. Les tentures de soie qui furent pendues dans les basiliques de Rome n’ont laissé que quelques lambeaux, qui ont été retrouvés de nos jours dans le Trésor du Sancta Sanctorum du Lat an et sont aussitôt rentrés dans l’ombre de leur cachette séculaire. La plupart de ces étoffes précieuses venaient d’Orient. Les unes étaient couvertes de monstres ailés, comme les soies persanes. D’autres étaient toutes brodées ou même tissées de figurines qui représentaient des images et des scènes de l’histoire sacrée. On peut se faire une idée de la richesse de ces « peintures à l’aiguille », dont parlent les anciens inventaires, en regardant les tableaux de soie, d’argent et d’or qui couvrent la soie bleue d’une dalmatique conservée au trésor de Saint-Pierre. L’une des faces représente la Transfiguration, l’autre, le Jugement dernier. Ce vêtement magnifique passe pour avoir été porté par Charlemagne ; c’est en réalité une dalmatique de diacre de l’église grecque, qui n’est pas antérieure au xive siècle.

Les sanctuaires des églises de Saint-Paul hors les Murs et de Sainte-Marie Majeure ont perdu depuis longtemps leur clôture de marbre et leur parure d’orfèvrerie. I/église de Saint-Clément est la seule dont le chœur, réservé au

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milieu de la nef pour les chantres, auxquels il doit son nom, ait gardé ses barrières de marbre, avec les deux ambons sur lesquels le diacre montait successivement pour lire au peuple l’Epître et l’Evangile. Tous ces marbres ont fait partie d’une église du vie siècle ; ils ont été replacés au xue dans la nouvelle église élevée sur les ruines de l’ancienne.

Ee chœur de Saint-Clément ne saurait donner une idée des décorations monumentales qui précédaient la « Confession » de Saint-Pierre. Constantin avait envoyé à Byzance douze colonnes torses en marbre, destinées à former devant le sanctuaire un portique solennel, sur l’entablement duquel étaient rangées des statues de métaux précieux. Ee portique a été démoli avant la basilique ; mais les colonnes de Constantin ont trouvé asile dans l’église actuelle, à l’exception d’une seule. Ea plus accessible est située dans la chapelle de la Pietà de Michel- Ange, où elle est entourée d’une grille de fer et vénérée sous le nom de Colonna sauta, comme une colonne provenant du temple de Jérusalem et à laquelle le Christ aurait été lié pour la flagellation. Ees colonnes de Saint-Pierre sont ornées de strigiles creusés en hélice et de pampres au milieu desquels se jouent des amours et des oiseaux. Des fragments de colonnes semblables ont été retrouvés à Constantinople.

Parmi les amas d’or et d’argent qui, du IVe au IXe siècle, furent entassés dans les basiliques et les baptistères de Rome, une seule pièce d’orfèvrerie a échappé au creuset : c’est la croix votive donnée par l’empereur Justin II, vers 570, pour être suspendue devant la confession de Saint-Pierre ; elle est conservée dans le trésor de la basilique. Quant aux grands bas-reliefs et aux statues de métaux précieux, ils avaient été tous volés ou réduits en lingots avant le XIe siècle. C’est à peine si quelques bronzes du Ve siècle ont été sauvés. Deux paons de bronze sont placés aujourd’hui au Vatican dans le jardin du Belvédère, à côté de la Pigtia, une énorme pomme de pin de marbre, qui a couronné un édifice antique, peut-être une salle ronde dépendant des Thermes d’Agrippa. Ces paons ont fait partie, avec la Pigna, et avec des dauphins de bronze qui ont disparu, d’une riche fontaine érigée dans la cour antérieure de Saint-Pierre par le pape Symmaque, vers l’an 500. Ees oiseaux ont une allure vivante ; ils peuvent donner une idée de ce qu’étaient des décorations composées d’autres animaux en ronde-bosse, comme les cerfs d’argent, du poids de quatre-vingts livres chacun, qui, au nombre de sept, jetaient de l’eau par leur bouche dans la piscine du baptistère de Eatran. Des statues du Sauveur et de saint Jean-Baptiste, hautes de cinq pieds, étaient debout sur la margelle de cette piscine ; elles pesaient en argent le poids d’un homme : cent soixante livres. D’autres statues, de même métal et de même taille, formaient à Saint-Pierre, sur le baldaquin du maître-autel, l’assemblée des apôtres, rangés aux côtés du Christ.

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Tandis que les statues et les grands bas-reliefs exécutés par les orfèvres et les fondeurs s’assemblaient symétriquement dans les sanctuaires, à l’exemple des figures sculptées sur les derniers sarcophages romains, les sculpteurs d’ivoire et de bois multipliaient sur des tablettes ou des boîtes d’usage liturgique des figurines qui représentaient les histoires sacrées. Cette sculpture en miniature a produit au Ve siècle un véritable monument : les portes de l’église de Sainte-Sabine, sur l’Aventin. Aucun sarcophage n’avait offert dans ses reliefs un exposé historique et dogmatique aussi complet et aussi savant. Te sculpteur hésite encore devant le récit douloureux de la Passion ; le premier, parmi les artistes chrétiens dont les œuvres nous sont parvenues, il représente le Crucifié entre les deux larrons ; mais il dissimule les croix : les trois figurines aux mains clouées, debout devant trois édicules, font encore le geste des orantes. Si l’art ne donne des spectacles tragiques qu’une sorte de traduction dans le langage symbolique d’autrefois, il développe largement le thème théologique de la concordance des deux Testaments : c’est ainsi que l’ascension d’Elie est rapprochée de l’ascension du Christ. Certaines images sont de véritables allégories, conçues, non plus pour annoncer la résurrection aux persécutés, mais pour célébrer le triomphe de la Foi. F’une d’elles, sur laquelle les historiens discutent encore, paraît représenter l’empereur très chrétien, debout devant une basilique et assisté par un ange ; les dignitaires lui rendent hommage comme au représentant de Dieu. De relief qui clôt le cycle a une signification solennelle et claire : il montre le Christ et son Eglise unis dans la gloire. En haut, le Rédempteur apparaît, entre l’A et l’Q, qui le désignent comme le principe et la fin de toutes choses, au milieu des quatre symboles des Evangélistes qui représentent la vérité suprême. Plus bas, sous la voûte arrondie du ciel, où sont fixés les étoiles, le soleil et la lune, une femme voilée lève les yeux vers le Christ. C’est la Vierge personnifiant l’Eglise, ou c’est l’Eglise elle-même, au-dessus de laquelle saint Pierre et saint Paul soutiennent une couronne (fig. 14).

Parmi les arts qui ont concouru à la décoration des basiliques, la mosaïque est le seul qui soit représenté encore par des suites d’images presque complètes et par de grandes compositions. E’idée d’appliquer un revêtement polychrome et figuré aux parois des nefs et à la conque des absides a été donnée aux décorateurs des basiliques par la maison romaine dans laquelle 011 a cherché à tort le modèle de la construction même de ces édifices ‘. Mais dans les plus riches habitations de Rome, aussi bien que dans les hôtels de Pompéi, la voûte du tablinum et les murs de Y atrium n’étaient décorés que de pein-

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