‹ Rome devant l'Europe (volume 2)Chapitre 10 sur 13 · MO · texte numérisé non relu

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La souveraineté demeurée inviolable aux mains du chef de l’Église;

Le gouvernement confié toujours à la sagesse de ses princes; faction du cardinalat fortifiée par le concours plus habituel et plus puissant de ses assemblées ;

La prélature, son premier échelon et son puissant auxiliaire, élevée tout ensemble et par la gravité du caractère sacerdotal et par le concours des hautes lumières puisées dans l’élite du clergé de l’univers; . La Consulte des finances récompensée du bien qu’elle a déjà fait par une participation plus efficace au contrôle des dépenses comme à l’établissement des charges nouvelles;

Le conseil d’État accru dans son personnel, développé dans son action;

L’administration maintenant à l’élément ecclésiastique la prépondérance nécessaire pour la conservation des principes et des intérêts des États de l’Église, et recevant d’une adjonction plus large et mieux combinée des éléments séculiers un surcroît d’expansion, d’activité et d’initiative, sans abdiquer son esprit de sagesse et de maturité;

Le pouvoir municipal, déjà si sagement organisé, élargi dans sa base élective comme dans ses attributions;

Les abus de la mendicité réprimés dans l’intérêt de la vraie pauvreté comme de la bonne police, sans nuire à cet esprit de charité qui forme un des traits les plus touchants du caractère de Rome ;

L’intégrité des fonctionnaires étendue jusqu'aux postes les plus humbles par une vigilance éclairée qui frappe les abus sans pitié, récompense honorablement les services, et tarisse la source des gains illicites, en donnant à toutes les existences la sécurité des ressources légitimes;

L’instruction professionnelle développée , sans nuire à la diffusion généreuse de l’instruction classique, et surtout sans abaisser le niveau des hautes études;

Les encouragements à l’agriculture fortifiés par une direction salutaire imprimée aux enseignements et aux carrières;

L’industrie vivifiée par le progrès des combinaisons déjà sagement entendues des tarifs, et permettant au pays de tirer parti de son sol, sans se faire tributaire de l’industrie étrangère pour l’exploitation de ses propres richesses;

La justice simplifiée par une abréviation de formes et de délais qui accélère son action sans la précipiter, et accroisse sa force sans altérer ses garanties ;

Le célèbre tribunal de la Rote conservé au rang que lui assignent depuis longtemps les hommages de la science et le respect des peuples, airermi par une sage alliance des principes antiques et des idées modernes, éclairant la maturité de ses informations écrites par les vives lumières du débat oral, et étendant encore son influence par l’éclat d’une publicité tutélaire;

Voilà de larges perspectives et de précieux bienfaits.

Pas un principe violé, pas une base changée, pas une tradition méconnue; l’honneur du passé sauf et les destinées de l’avenir assurées : voilà ce qu’on peut se promettre de l’essor naturel des institutions romaines, favorisées par les progrès légitimes du temps et préservées du contact des révolutions. La voie est facile, car elle est ouverte déjà, et Rome, pour y avancer, n’a qu’à s’iiniter et à se suivre elle-même

C’est donc à elle, à son vénérable Pontife, que j’ose soumettre ces observations respectueuses. Ma voix n’est pas isolée, et bien d’autres catholiques dévoués attendent avec la même confiance les méditations souveraines et les décrets spontanés d’une auguste sagesse.

Cette confiance n’éprouve ni doute ni impatience.

Qui pourrait en effet se croire le droit de manifester de tels sentiments?

Ce ne seraient pas les agitateurs : ils veulent des subversions et non pas des réformes.

Serait-ce l’Europe? Mais les vœux de ses mémorandum de 1831 et les promesses du Molu proprio de 1849 ont tous été remplis, quelquefois même dépassés.

Et depuis la dernière guerre, la correspondance diplomatique a constaté jusqu’à l’évidence l’accueil bienveillant fait par le Saint-Père à toutes les propositions raisonnables, et l’accord qui s’était établi sur les principales. Aussi les deux grandes puissances catholiques ont déclaré, dans le traité de Zurich, que le Saint-Père leur avait manifesté l’intention généreuse d’adopter toutes les mesures appropriées aux besoins de ses peuples. Dans sa circulaire du 5 novembre 1859, M. le comte Walewski a même ajouté que le gouvernement de l’Empereur avait déjà reru l’assurance que le Saint-Père n’attendait que le moment opportun pour faire connaître les réformes dont il était décidé à doter ses peuples , et il n’a pas songé à lui imposer l’opportunité sous le coup de la menace et en présence de la révolte.

Et le lendemain de telles déclarations, on livrait les Légations à la régence du Piémont ; on fermait la carrière des réformes au moment même où on semblait l’inaugurer; on ouvrait celle des révolutions.

Nul n’aura donc le prétexte de prétendre que les réformes sont tardives. Leur marche n’a pas été interrompue; plusieurs sont de date récente, et les améliorations déjà sagement accomplies répondaient de celles qui restaient à faire; l’histoire et le caractère de Pie IX les garantissaient mieux que tout le reste. Elles eussent couronné dignement son pontificat, marqué déjà d’ineffaçables souvenirs.

C’est Pie IX qui ouvrit le premier à l’Italie le champ des nobles espérances. Les révolutions européennes en corrompirent le germe ; les émeutes romaines le firent avorter. On envenima jusqu’aux témoignages de la reconnaissance ; les acclamations devinrent des cris de guerre ; les empressements, des menaces de captivité.

Pie IX prit le chemin de l'exil; le respect des peuples lui fit de cet exil un triomphe. La justice de l’Europe s’arma pour lui rendre le trône de saint Pierre; ce fut la république française qui se ehar-

gea de le relever, el le neveu de Napoléon Ier fut appelé à devenir l’instrument de cette glorieuse restauration.

Pie IX se montra digne de cette éclatante intervention de la Providence. Il avait subi courageusement l’adversité, les temps meilleurs le trouvèrent magnanime; le monde admira tour à tour des prodiges de résignation et de clémence.

Cette paix, qui devait être sitôt troublée, fut consacrée à raffermissement de l’Église, à la réconciliation des esprits.

Jamais le zèle de la charité et de la doctrine ne s’était montré plus infatigable ; jamais n’avaient surgi de plus grandes œuvres; jamais des encouragements plus puissants, des dévouements plus généreux.

Aucun pontificat n’envoya plus de missions; aucun ne fonda plus d’évêchés dans les pays catholiques comme dans les contrées infidèles : les uns pour ranimer la foi, les autres pour l’étendre.

Ces jours ont vu les messagers de l’Évangile aux bords du Gange comme devant les pagodes de la Chine, dans les mers inconnues de l’Océanie comme dans les empires fermés de la Cochinchine et du

Japon; el récemment encore la eroix, ombragée par notre drapeau, s'élançait à des conquêtes moins sanglantes et plus fécondes que nos victoires d’Italie.

Et pendant que l'Eglise se propageait au dehors, elle se fortifiait au dedans.

La résurrection spontanée des ordres religieux, la création des plus puissantes associations de charité apparaissaient en même temps que le retour à la foi des plus grands caractères, des plus hautes intelligences.

La religion refleurissait par les supériorités, qui font la gloire des nations; par l’armée, qui fait leur torce; par la jeunesse, qui fait leur espérance.

Les destinées de l’Église semblaient aussi brillantes qu’agitées. En aucun temps l’Église ne vit plus de triomphes et de périls, jamais elle ne put se croire plus près du naufrage ou du port.

A travers tant de troubles et de menaces, il se fait dans les profondeurs comme dans les hauteurs sociales un mouvement d’unité qu’on peut entraver, sans doute, mais qu’on n’étouffera pas. C’est encore l’angoisse laborieuse du présent, mais on ressent déjà le glorieux enfantement de l’avenir.

Un signal du successeur de Pierre a suffi pour

réunir deux cents pontifes autour de sa chaire, et cette majestueuse assemblée, agenouillée dans son plus auguste temple, a entendu la proclamation d’un dogme dont l’Église de France avait dès longtemps devancé la consécration par la ferveur de son respect. A la clarté de. ce jour qui immortalisera le pontificat de Pie IX, cette Église, qu’on croyait abaissée par tout un siècle de dédain et terrassée par les persécutions qui suivirent, a déployé aux yeux du monde une énergie d’action et d’unité dont se fussent honores les plus beaux âges de la foi.

Dans ce temps, les cultes dissidents ont apporté eux-mêmes d'illustres concours, et l’Église a pu se consoler des envies subalternes et des haines ignorantes par les hommages de la science et les sacrifices du dévouement.

L’esprit de sagesse a égalé l’esprit de zèle. Une active maturité a dénoué partout les difficultés qui naissaient sous les pas de l’Église vis-à-vis des souverains comme vis-à-vis des peuples. Aucune époque n’apaisa plus de luttes par de sages traités, aucun pontificat vit des concordats plus importants et plus nombreux.

Celui de l’Autriche a reconnu les droits de l’Église sans altérer la pleine latitude de la liberté confessionnelle de tous les réformés d’Allemagne; celui

de Wurtemberg, conclu avec une couronne protestante, pourrait servir de modèle à des pays catholiques.

La hiérarchie a été rétablie en Angleterre, dans cette île des saints, où tant de savants ministres ont tout sacrifié pour revenir à la foi de leurs ancêtres.

La Uollande a vu régler les droits des catholiques. Ceux d’Allemagne ont obtenu enfin des satisfactions légitimes, et la modération qui préside au gouvernement de l’Église a pu triompher de tous les orages politiques de l’Espagne et du Portugal.

Rome, qui n’est immuable que dans ses dogmes, a su proportionner sur tout le reste les concessions aux besoins des temps et aux mœurs des nations. Aujourd’hui, comme toujours, elle a voulu allier cette ardeur militante de la foi, qui ne s’arrête et ne s’éteint jamais, avec cette bienveillante prudence de la charité qui respecte toutes les libertés, compatit à toutes les faiblesses et encourage tous les retours.

Et pendant que Rome remplissait ainsi auprès de tous sa haute mission de paix, c’est chez elle que la paix a été menacée par des complots et troublée par des violences.

Se pourrait -il que cette magnifique expansion du pouvoir spirituel se vît entravée tout à coup par les déchirements du pouvoir temporel? Faudrait-il que le tumulte des révoltes vint arracher le Père des fidèles à tant de sages entreprises si courageusement suivies pour l’intérêt du monde? Le même temps verrait-il la glorification de la papauté par l’intelligence et sa déchéance par la force?

Non , non , un tel spectacle ne nous sera pas donné. Ce siècle a déjà vu trop d’injustices et d’ingratitude.

Les destinées de Rome ne semblent-elles pas au contraire indissolublement liées aux progrès de l’Église?

Les capitales suivent toujours le sort des empires, et Rome est une capitale universelle, dont la destinée s’élève toujours. Elle reste le livre vivant de l’histoire, le temple des arts, le sanctuaire de la foi; elle devient plus que jamais la consolatrice de toutes les disgrâces, l’hôtesse de toutes les grandeurs, le but de tous les pèlerinages, le foyer de toutes les lumières.

La rapidité des communications et le rapprochement des peuples sont appelés à faire mieux ressortir sa prédominance. Toutes les capitales se ressemblent par le Juxe, la concentration, l’éclat, mais aucune

ne peut remplacer Rome; nulle ne possède comme Rome les immortels souvenirs et les éternelles espérances; à elle seule appartiennent Saint-Pierre et le Colisée.

Le monde reviendra toujours vers ces impérissables symboles apporter de nouveaux hommages et puiser de nouvelles leçons.

Oui, les États de l’Église, affermis par une garantie européenne, peuvent offrir le spectacle d’une prospérité matérielle digne de la grandeur de leur mission morale.

Tous les éléments sont réunis : le sol pour produire, l’intelligence pour féconder, les mers pour exporter. La nature a tout donné.

En même temps, les écoles qui enseignent, les traditions qui vivifient, les institutions qui soutiennent le travail et soulagent la misère, la science et la charité, ont tout prodigué avec une incomparable munificence.

Les Etats de l’Église peuvent devoir à leur neutralité reconnue, à l’universalité même de la protection qu’ils reçoivent et de l’hospitalité qu’ils donnent, une position privilégiée d’honneur, de richesse et de confiance. ’

Nulle part, la piété comme la science, la curiosité comme le commerce, ne peuvent trouver plus d’aliment et de sécurité que sur cette terre ouverte à toute langue et à toute nation. Nul ne peut se croire ni maître ni étranger sous l’égide d’une royauté pure d’ambition territoriale, et qui n’aspire à étendre que sa médiation pacifique et son autorité morale dans l’univers.

Puisse un tel spectacle nous être donné! Quelle plus douce consolation pour tous les amis de la religion et de l’intelligence que de voir bénir comme Roi celui qu’ils vénèrent comme Pontife et qu’ils aiment comme Père! Quel légitime sujet d’orgueil que d’entendre répéter par tous les peuples cet hommage, que l’entrainement de la vérité arrachait naguère au scepticisme agité de lord Byron : O Rome, toi qui as été et qui es encore ta reine du monde !

Ce serait là une haute et touchante destinée : bien des angoisses nous en séparent, et pourtant la Providence a tout fait pour la préparer; le vœu de la chrétienté l’appelle et la sagesse du Pontife ne demande qu’à l’accomplir.

Mais si l’Europe peut attendre de prudentes réformes de la libre initiative du Saint-Père, n’a-t-il rien à son tour à attendre de l’Europe chrétienne?

Celle question si grave dans tous les temps, si palpitante aujourd’hui, fixe en ce moment toutes les pensées; nous dirons la nôtre avec fermeté et indépendance.

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