‹ Rome devant l'EuropeChapitre 16 sur 154 · JO · texte numérisé non relu

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' leuse proleclion qui menace toujours son indépendance. Il aimera mieux rester l’allié du Saint-Siège que se faire le vassal de l’Angleterre.

Le roi de Naples est resté fier de la généreuse hospitalité offerte par son père : des explosions récentes lui ont montré une fois de plus la véritable source des complots tramés contre sa maison. Quels que puissent être les périls, il ne séparera jamais sa cause de celle de Rome. 11 y va de la dignité comme de l’avenir de sa couronne.

Je ne parlerai pas de la Bavière et de tous les princes d’Allemagne, déjà si impatients au printemps dernier, et dont l’attitude n’a pas été étrangère à la rapidité de la paix de Villafranca.

Le mouvement de l’Allemagne a répondu à celui do la Péninsule ibérique, et les élans de l’Irlande aux manifestations venues du Brésil et de l’Amérique du Nord. Le nouveau monde a rivalisé avec l'ancien. Jamais unc-parcille ardeur de dévouement et de respect n’avait éclaté autour du trône de Saint-Pierre; tous les peuples ont senti la mémo inspiration, parlé le même langage, et, loin d’entraver faction en faveur de l’Église, il n’en est aucun qui ne fût disposé à agir pour elle.

Mais si l’Europe catholique est unanime dans son zèle pour le Saint-Siège, ne peut-on craindre que cet empressement même ne devienne pour lescouronues dissidentes une cause d.: défiance? Le démembrement du trône pon-

ENVERS ROME

ù'Jl

tifical ne rencontrcra-t-il pas des résignations trop faciles au sein des Églises rivales?

On comprend de telles alarmes : et pourtant, qui peut croire que des monarchies assises sur l’hérédité dynastique veuillent miner la succession la plus ancienne et l’autorité la plus vénérée de l’univers? Les forces de la société sont assez attaquées de nos jours pour ne plus se diviser. Ce n’est pas trop de toutes pour la lutte, et le sacrifice de ces grands intérêts à d’étroites vanités de secte serait hienlôt suivi d’irréparables regrets. Le torrent révolutionnaire grossit; on sait quand ses irruptions commencent, on ne sait pas quand ses débordements finissent.

On a accusé l’Angleterre de jouer au dehors avec ces débordements, sans prendre garde que déjà le flot monte chez elle. Quand il s’agit de cette grande nation, je me sens toujours partagé entre mon admiration pour ses fortes institutions et ses puissants esprits, et ma défiance contre ses tendances envahissantes et ses égoïstes agitateurs.

On trouverait dans le passé de son cabinet actuel plus de sujets d’inquiétude que de sécurité.

Lord Palmerston désire l’abaissement du Pape et le triomphe de M. de Cavour, qui livre la Péninsule à l’influence anglaise; il conseillera à chacun de ne pas troubler la dictature de la politique annexioniste. Mais si les grandes puissances étaient résolues à défendre les aulonomies italiennes contre des ambitions que rien n’arrète, l’Angleterre n’interviendrait pas pour empêcher l’Europe

d’intervenir ; elle ne s’imposera pas la guerre pour assurer la paix aux usurpations piémontaises.

Elle comptera les périls intérieurs, les embarras lointains, les défiances européennes, auxquelles il ne faudrait pas donner un centre d’union plus facile à trouver et peut-être plus désiré qu’on ne pense. L’expérience a prouvé que la prudence ne parlait pas en vain dans les onseils britanniques.

J’aime à me rappeler d’ailleurs que la reine d’Angleterre ne fut pas la dernière à ressentir les outrages adressés à Pie IX. L’exilé de Gaëte reçut aussi le noble témoignage de ses sympathies, et les derniers périls ont inspiré, dit-on, l’offre d’une royale hospitalité : c’eût élé un noble souvenir de celle que le jeune héritier de la couronne de saint Édouard avait reçue du Pontife, resté l’immortel représentant de là foi de ses ancêtres.

Cette mémoire de l’hospitalité romaine parlera aussi au prince régent de Prusse. Le frère dont il doit occuper le trône et le fils qui est appelé à lui succéder ont visité ^ Rome tour à tour; ils y ont vu le néant des calomnies et la réalité des bienfaits.

Ce prince compte sept millions de sujets catholiques. Il apprécie leur fidélité ; il sent qu’elle ne serait pas son moindre appui contre les envahissements d’une démo- . cratie dont les caresses intéressées ne sauraient lui déguiser les dangers. Il ne peut avoir oublié ni les insurrections de Berlin, ni les déceptions de Francfort; et s’il n’a

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pas répudié les jalousies traditionnelles de sa maison contre l’Autriche, il sait que ce n'est pas en abandonnant les principes de l’ordre européen qu’il peut se frayer un chemin à cette confiance de la patrie allemande tant de fois recherchée par ses pères. Ce prince éclairé ne peut aimer la révolution, car il aime la liberté. 11 professe surtout le respect de la liberté religieuse ; il ne voudra pas briser le sanctuaire qui sert de sauvegarde à celle de tous les catholiques de l’univers.

Les catholiques ne devraient pas moins espérer du nouveau czar, qui a pris pour devise de son règne l’aflranchissement et la paix. Lui aussi a visité Home avant de parvenir à l’empire; il y a laissé des impressions profondes, et il en a rapporté des sentiments de justice qui ont dû lui faire regretter plus d’une fois les sévérités reli-gieuses de son père. Il n’ignore pas le pouvoir de la discipline et de la hiérarchie, puisque l’Église grecque a le bonheur de les conserver encore. A la différence de tant de communions menacées de se dissoudre dans l’individualisme, l’Église grecque est encore une ÉgUse; et elle a pu voir dernièrement, à Rome, qu’en présence même d'une regrettable séparation, les souvenirs de la commune origine ne sont pas effacés.

Au jour de la guerre de Crimée, quand le drapeau catholique et le drapeau protestant s’unissaient au croissant conlre la croix grecque, le souverain Pontife a refusé de faire d’une guerre politique une guéri e religieuse, et sa neutralité bienveillante au milieu des divisions chré-

tiennes de l’Orient a rappelé la généreuse politique d’innocent 111.

L’empereur Nicolas lui-même, peu de temps avant de mourir, avait voulu faire porter ses remerciments solennels à la ferme, impartialité du Père de tous les fidèles. Alexandre 11 a accompli ce vœu en y joignant le témoignage de sa propre reconnaissance; il peut la prouver aujourd’hui sans nuire à son pouvoir. Un loyal concours donné au maintien des droits légitimes du trône pontifical lui vaudra les bénédictions des catholiques de son empire et la gratitude de tous ceux de Tunivers.

S il a des griefs contre le cabinet de Vienne, il ne peut en rendre le Pape responsable; d’ailleurs l’Italie l’a bien vengé de la Crimée. La politique des passions est toujours mauvaise conseillère, et on se perd par excès de ressentiment comme par excès d’ingratitude.

La Russie a un grand rôle dans le monde ; elle a pu le compromettre en l’exagérant. L’empereur Nicolas voulait que tout SC fit par lui en Kurope, c’était trop ; mais son successeur ne peut souffrir que tout se fasse sans lui.

Le Saint-Siège peut donc espérer même dans les princes dissidents. Ils serviront la cause de toutes les communions chrétiennes, dont l’imité catholique est encore demeurée le plus énergique symbole et le plus ferme rempart.

Ainsi, dans ce duel religieux et politique engagé entre

ENVEUS HOME.

le Saint-Siège elle Piémont, l’Europe doit tMre d’un côté, l’Angleterre de l’autre.

Quel parti prendra la France?

Si elle garde sa place auprès du trône de Saint-Pierre, à la tête des nations catholiques et appuyée sur les principes conservateurs de toutes les grandes monarchies chrétiennes, il n’y aura ni question ni lutte. Un mot suffira. La force n’aura pas à agir : elle n’aura qu à se montrer.

Si, ce qu’à Dieu ne plaise, la France se laissait entraîner à la suite du Piémont, elle pourrait déplacer l’èquilibre, foire pencher peut-être la balance du côté du droit révolutionnaire. On sait ce qu’il ferait d’elle après avoir désorganisé l’Italie.

Mais la France ne pourrait prétendre du moins que l’Europe ne lui aurait pas permis de protéger le Saint- Siège; c’est elle qui n’aurait pas permis à l’Europe de le défendre. Qu’elle laisse aujourd’hui les nations catholiques pleinement libres dans leur action, le Pape sera maintenu dans tous ses droits temporels, même sans notre épée. Il nous restera le regret de n’y avoir pas concouru ; nous n’aurons pas du moins le remords de l’avoir

empêché.

Mais enfin, la France prêtera-t-elle cet appui au Saint- Siège? Pennetira-t-elle du moins aux autres de le prêter? Quelle est en réalité, sur Rome et sur l’Italie, la politique

du gouvernement impérial?

Tous les partis y ont cherché des espérances et tous

m DEVOIRS DE L’EUROPE

assurent qu’ils en ont trouvé. Je ne sais s’il faut attribuer celte situation étrange à des calculs dont personne n’a pu pénétrer la profondeur, ou à des entraînements dont rien ne pourrait expliquer l’imprévoyance.

Faut-il accuser l'habileté des hommes ou la fatalité des événements? L’histoire seule dira le dernier mot, car je no crois pas que la politique contemporaine ait encore dit le sien. Mais en attendant, on s’est mutuellement combattu avec des armes empruntées au même arsenal.

On a opposé la proclamation du 5 mai, qui respecte les neutralités, les souverainetés et les territoires, à la proclamation de Milan, qui appelle tous les Italiens à se faire soldats pour devenir citoyens libres d’un grand pays.

On a comparé le Moniteur du 9 septembre, qui stigmatise la politique d’annexion, au consentement donné aux régences piémontaises.

On a rappelé les sévérités des discours officiels contre les tendances du Piémont, et la condescendance inépuisable des actes pour les envahissements de sa politique.

On a lu dans la lettre adressée le 20 octobre par l’Empereur au roi de Sardaigne, que la France demandait Modène pour la duchesse de Parme ; et la dépêche du 24 février donne Parme comme Modène au Piémont.

On a mis en regard la volonté exprimée au nom do l’Empereur par son ministre des cultes en faveur de l’intégrité des droits temporels du Pape, et la lettre qui demande au Saint-Père l’abandon de ses plus riches provinces.

ENVERS ROME

On a VU les épanchements do Vülafranca faire place aux intimités commerciales de l'alliance britannique, suivies bientôt de défiances nouvelles.

On a rapproché la convocation du congrès du patronage donné à un écrit qui devait inévitablement le dissoudre.

Pie IX lui-même comparait naguère deux lettres venues de la même source, et qui avaient tour à tour rassuré et affligé son cœur de Pontife et de Père.

Je n’entreprendrai pas de concilier des documents si identiques par l’origine et si opposés par le but ; mais je me crois le droit de choisir, et je ne saurais hésiter longtemps. Après tout, les contrats internationaux destinés à lier les peuples pèsent plus dans la balance que des écrits personnels, qui ne représentent guère que les impressions du moment ; et, si j'étais forcé d'opter entre des signatures impériales, j’aimerais mieux oublier la lettre du 31 décembre que déchirer le traité de Yillafranca.

Il y a en effet deux politiques pour la question d’Italie, et ces deux politiques sont plus éloignées encore par leurs principes que par leurs dates.

L’une maintient les droits des princes et les vraies li- , bertés des peuples, assure au Saint-Père ses’ États, à l'Église son indépendance, à l’Italie la fédération de ses nationalités. L’autre renverse les trônes, bouleverse les traditions, usurpe les domaines de l’Église, livre le Pape à l’Italie et l’Ilalie au Piémont.

L’une est la politique italienne, avec le rétablissement

DKVOIHS ))E L’El'ROFE

(lo l'ordre et la certitude de la paix ; l’autre est la politique pii^inoiilaise, avec l’unité italienne pour prétexte, la domination pour but, rinsurrection pour moyen, et la guerre pour résultat.

11 faut opter. Prendre un moyen terme est impossible : on ne concilie pas les principes contraires. Les suivre tour à tour ne serait pas plus digne que prudent. On se créerait des ennemis partout, on n’aurait d’alliés nulle part.

Il faut être avec les nations cathoUques et l’ordre européen pour l’intégrité des droits du Pape et pour la paix de Villafranca, ou avec la propagande de M. de Cavour et la politique de lord Palmerston pour l’envahissement de toute l’Italie et la confiscation de tous les États de l’Église.

Mais proclamer la souveraineté du Pape en principe et s’opposer à tout ce qui pourrait la rétablir en fait ; professer l’autonomie des nations italiennes et permettre de l’absorber par les scrutins imposés de la dictature piémontaise ; enfin donner de sages conseils et laisser prévaloir les plus audacieuses témérités.., c’est ce que personne ne voudrait tenter. Là où la France a créé l’unité du pouvoir, elle attend l’unité de faction; quand il n’y a pas deux volontés, elle ne saurait comprendre deux politiques.

Il faudra donc choisir entre la politique suivie par M. le comte Walewski et celle que pratique M. Thouvenel.

On pardonnera à mes anciennes habitudes parlementaires ce partage de la responsabilité entre les ministres.

ENVERS ROME

Quand on la fait remontor plus haut, elle devient une déception ou un péril, et la presse n’a plus de choix qu’entre la servitude et la licence.

Et même dans l’appréciation des conduites ministérielles, il y a une part d’équité à faire à la situation des personnes.

Tout le monde rend justice au zèle éclairé qui a longtemps absorbé les préoccupations de M. Thouvenel dans la défense de nos intérêts en Orient, mais sa politique sur les affaires d’Italie s’est montrée tellement différente de celle de son prédécesseur, qu'il semble avoir perdu de vue plusieurs des faits importants qui avaient précédé son entrée au pouvoir.

11 a prétendu que l’évacuation des Légations par l’Autriche n’était pas le fait de la France ; et il aurait pu lire dans le rapport du prince Napoléon, du 4 juillet 1859, que c’était la marche de son corps d’armée qui avait déterminé l’Autriche à quitter Bologne.

11 a reproché au gouvernement romain de s’être refusé à toute concession et à toute réforme, et il eût pu trouver dans la correspondance de son prédécesseur (dépêches des 13 octobre et 5 novembre 1859) la preuve que le Saint-Père s’élait mis d’accord avec la France sur la hase des principales réformes utiles au bien de ses peuples.

Mais je me garderai d’insister sur ces débats rétrospectifs dans une question où il y a tant à dire sur la variation des langages et l’infidélité des mémoires.

J'aimais encore à espérer dans les paroles prononcées le 1" mars, à l’ouverture du Corps législatif. J’y voyais un vœu pour l'autonomie de la Toscane, un hommage au principe de la souveraineté temporelle du Pape, un avertissement aux invasions piémontaises.

Mais on ne peut séparer le discours, ni des dernières dépêches de M. le ministre des affaires étrangères de France, ni surtout des actes du gouvernement piémontais, qui s’est hâté de rendre ces nouveaux conseils impuissants comme tous les autres.

•âinsi, le jour même où le discours impérial se prononçait contre l'annexion de la Toscane, les dictateurs piémontais de Florence et de Bologne convoquaient les assemblées primaires à une comédie annexionniste de suffrage universel, dont le despotisme de leurs agents et le silence forcé des citoyens révélaient d’avance le dénoùment.

La pression a porté ses fiaiits. L’autorité piéinontaise disposait de tout. On a signalé comme des ennemis de leur pays ceux qui prétendraient voter pour le maintien de son antique nationalité. Aucun centre d’union, aucun journal, aucune liberté de parole ou d'écrit, n’ont pu protester contre le mot d’ordre appuyé de toutes les forces de la propagande; et dès qu’une voix peut parler seule, on connaît l’empressement des multitudes à figurer dans toutes les représentations qu’on leur offre, et leur docilité à accepter tous les rôles qu’on leur impose.

ENVERS ROME

U France seule eût pu prêter appui à la liberté des populations, mais au moment même où le discours impérial les dissuadait de l’annexion, on leur a persuadé qu’en la demandant elles servaient l'empire. C’est en arborant des drapeaux français qu’on est allé au scrutin voter contre les conseils du souverain de la France.

Et après avoir jeté ainsi le défi à l’Europe, on a procédé à l’inauguration solennelle des annexions acceptées.

C’en est fait : la Toscane aura vécu, Florence a cessé d’être reine ; déjà tous ses anciens honneurs la quittent, les ambassadeurs s’éloignent. Son nouveau maître vient recevoir l’hommage de sa fidélité ; mais les acclamations d’un jour ne lui rendront ni les grandeurs de son histoire ni l’indépendance de ses destinées.

Bologne prépare aussi ses fêtes. Victor-Emmanuel va triompher du Pape en prenant possession de sa seconde capitale. 11 le dépouille de ses États, et il prétend le dédommager en offrant à sa simplicité apostolique les splendeurs d’une cour. Il parle de rendre hommage à la souveraineté pontificale, et il déclare que les peuples des Bomagnes sont désormais ses peuples. Il promet de protéger le ministère suprême; et de garantir la dignité du Saint-Siège, et son nom sert de mot d’ordre, au sein même de Rome, à toutes les tentatives de révolte.

Et c’est du haut d’un trône qu’on fait descendre une telle ironie, et elle s’adresse à la plus vénérée de toutes les majestés de la terre !

Et la France laisse dédaigner ses conseils, et l’Europe

DEVOIRS DE L’EÜRODE

regarde les traités et les trônes qui s’écroulent devant la menteuse dictature des scrutins.

Notre politique craignait que la possession de la Toscane par le Piémont ne menaçât de trop près Naples et Home ; en lui laissant les Légations, on l’aura fait limitrophe de l’un et maître de l’autre.

Entre les souverains de l’ilalie, la duchesse de Parme avait surtout gardé l’estime des rois cl le respect des peuples ; c’est elle qui sera sacrifiée la première.

De toutes les villes de l’Ilalie, Venise avait le mieux mérité de l’ordre et de la liberté, c’est elle seule qui sera privée de l'émancipalion ; elle devait entrer dans la confédération italienne : la confédération italienne disparaîtra pour laisser libre cours aux annexions piémonlaiscs.

De tous les territoires, le plus inviolable par sa neutralité unanünement reconnue était celui des États de l’Église; et il sera mutilé au profit du Piémont qui l’a envahi, et qu’aucun Uen de proximité ou de tradition ne rattache à son avenir.

Enfin, le prince qui avait le plus de droits au respect, le pontife de tous les rois catholiques, est celui qui subira la plus cruelle injure. On ne se contentera pas de le déclarer incapable de gouverner ses peuples; un autre souverain viendra prendre sa place, et ce souverain sera celui qui a soulevé ses sujets pour usurper ses États. C’est lui qui régnera sur ses plus riches provinces, en attendant

ENVERS ROME

qu’il lui enjoigne, comme il l’a déjà fait, de livrer aussi l’administration des Marches et de l’Ombrie *.

Ainsi ce sera le roi de Sardaigne, ou plutôt son ministre, qui, sous le titre audacieusement modeste de vicaire, deviendra le tuteur du Saint-Père jusqu’au jour où il sera conduit à en faire son prisonnier.

Et pour un tel abandon de sa politique et de ses promesses, la France ne recueillera pas même l’apaisement du présent.

Elle laissera l’Autriche profondément blessée, la Russie mécontente, l’Allemagne inquiète, Venise frémissante, Naples menacée et le reste des États de l’Église à la merci d’une invasion toujours flagrante : et elle n’aura pu, à ce prix, ni assouvir les ambitions du Piémont, ni calmer les défiances de l’Angleterre.

On aura favorisé en Italie des entraînements superficiels, cédé à des vœux factices, livré le pouvoir aux plus hardis, mais on aura laissé des situations détruites, des intérêts mécontents, des traditions méconnues. Il y faudra compter avec des sentiments religieux que rien n’étouffe, avec des dynasties qui survivent longtemps et des nationalités qui ne meurent pas.

On aura surtout assumé la plus redoutable de toutes les responsabilités, l'atteinte à un droit plus fort, plus im-

‘ L’injonction est venue, mais après l’invasion, et comme pour ajouter l’outrage à la violence. (Note de la 3* édition.)

mortel que tous les autres. On l’ébranlera peut-être, mais il triomphe toujours.

C’est cette confiance impérissable qui anime Pie IX; elle seule lui inspire cette résignation auguste et sereine, qui laisse passer la force des hommes et ne s’incline que devant celle de Dieu.

Cette inaltérable fermeté a étonné certains esprits. On se rappelait cette suave bonté, cette onction touchante, qui ont fait tant de fois la joie des fidèles et l’admiration des étrangers. On pe pouvait croire que cette bienveillance inépuisable pût s’allier si bien avec l’inflexible énergie du devoir; on jugeait de l’Église et de l'esprit qui l’anime par la fragilité des choses d’ici-bas, où les meilleurs sentiments ont leurs excès, et les plus nobles inspirations leurs erreurs.

Mais celui qui veille aux destinées de la foi sait déconcerter les calculs de la politique humaine; il a suscité pour son Église .un Pontife merveilleusement propre à nos temps agités, persuasif dans sa majesté, calme dans sa constance et invincible par sa douceur même. 11 fallait que la révolution s’attaquât à un Pape réformateur, pour qu’il fût démontré une fois de plus que les concessions les plus larges ne la désarment pas, et que bientôt elle pose aux gouvernements les plus généreux la fatale alternative de l’abdication ou de la résistance.

Cette résistance à la violence et à la ruse. Pie IX ne l’abandonnera jamais. Il n’est propriétaire ni des droits de la papauté ni dos domaines de l'Église. Il ne s’agit pas

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(l’un patrimoine d'ancètres dont les descendants peuvent se croire le droit de disposer. Ses ancêtres comme ses descendants, c’est l’Église, qui l’a précédé et doit lui survivre; elle lui a remis ses droits, il peut tout pour les maintenir et rien pour les altérer. La condescendance d’un pape ne pourrait les compi’omettre, leur immutabilité se dresserait comme une protestation vivante pour armer ses successeurs; une défaillance momentanée pourrait causer un regret à l’Église, elle ne lui enlèverait pas un droit. Mais Pie IX s’est montré supérieur à toutes les épreuves, et celles que peut lui réserver l’avenir le trouveront inébranlable.

La révolution fera peut-être une balte. Elle a ses jours de menaces et ses jours de caresses. Elle est infatigable dans ses artifices comme dans ses audaces, parce qu’elle compte sur des confiances que rien n’épuise, sur des patiences que rien ne lasse. Elle fera de. nouvelles promesses, et quand elle les aura violées, elle sera sûre do retrouver les mêmes résignations.

Mais la halte ne sera pas longue. Les principes sont inexorables et les passions n’attendent pas. On a proclamé le droit de chaque province à se séparer de l’État,’ et les scrutins d’annexion sont tout prêts pour démembrer les territoires et déchirer les traités. On s’est emparé des Légations au nom de l'unité italienne et de la haine de la domination de l’Église. L’unité italienne ne se reposera pas sans avoir embrasé le royaume de Naples; elle ne dira

son dernier mot qu’au dernier cnp de l’Italie, elelle a déjà ensanglanté la Sicile.

La guerre au gouvernement temporel de l’Église ne s’arrêtera pas tant que Rome restera au Pape, et la France reconnaîtra bientôt que, vis-à-vis du Saint-Siège, il n’y a pas de milieu pour elle entre la politique de Charlemagne et la politique de 1 809.

Une politique d’abandon est impossible.

La France y perdrait tôt ou tard son ascendant extérieur, indissolublement lié à la cause de la foi catholique ; sa situation intérieure en i-ecevrait une profonde atteinte; le système serait changé comme le point d’appui.

On essayerait de rassurer le clergé, on ne le persuaderait pas ; on finirait par s’irriter de ses inquiétudes. Aux yeux des courtisans révolutionnaires, les tristesses passeraient pour des reproches, les prières pour des attaques, et il s’en est trouvé déjà pour dénoncer les aumônes comme des complots.

On affligerait les populations religieuses, qui comprennent mieux les faits que les paroles, et dont la franche simplicité allierait difficilement le respect pour l’Église avec l’oubli des droits de son chef.

On ti’aurait pas satisfait davantage cette élite intellectuelle et morale de la société française, qui s’est dévouée avec tant d’éclat à la cause de l’Église.

On n’aurait pas lassé la voix éloquente de l’épiscopat, dont l’indépondauce de la magistrature protégera loujours le courage.

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Oii aurait attristé les esprits conservateurs, inquiété les vrais amis do la liberté, excité de dangereuses passions.

Quels motifs pourraient entrainer le gouvernement à braver de tels périls?

Seraient-ce les acclamations des révolutionnaires 1 Mais le chef de l’Empire sait qu’ils lui ont voué la haine du ressentiment, la plus inexorable de toutes; ils ne le flatteront jamais que pour le perdre : entre eux et lu’, il y a toute sa destinée.

Serait-ce la crainte de leurs complots? Loin de moi une telle pensée ! Jamais un front couronné n’a pâli devant la menace. Les rois sont faits, non [)our plier la société sous la terreur de ses ennemis, mais pour courber les ennemis de la société sous la juste crainte des lois. Le roi Louis- Philippe a vu le bras des assassins levé sur lui pendant tout le temps de son règne : il ne s’en est ni ému ni effrayé ; il n’a pas changé sa politique ni suspendu la liberté.

Se trouverait-il des flatteurs intéressés à la propagande des annexions dynastiques, rêvant tantôt le trône des Médicis, tantôt celui 'des Bourbons, prêts à laisser la Sicile à l’Angleterre, pour asseoir à Naples un fief impérial et chasser la race de saint Louis de toute la Péninsule ? Mais on sait où conduisent les ambitions de famille ; l’histoire de Napoléon P’’ est vivante encore...; son successeur ne

DEVOIRS DE l/EUROPE

s'engagera pas dans la voie qui a perdu le plus grand capitaine des temps modernes.

Voudrait-on condamner l’Empire à la nécessité perpétuelle d’une politique guerroyante et agitée? Ce ne serait pas au nom de notre armée : assez de victoires ont couronné son drapeau, elle a conquis toutes les admirations de l’Europe et peut se reposer sur sa gloire.

Quant à la France, elle s’ennuie, il est vrai, quelquefois du repos, mais elle se lasse à la fin des agitations et des incertitudes, et il est temps pour elle de rentrer dans le programme du discours de Bordeaux.

Qui pourrait donc nous détourner encore de prêter au .Saint-Siège un appui efficace?

Serait-ce l’annexion de la Savoie, ou le culte de l’alliance anglaise ?

La Savoie? On ne la voulait pas d’abord ; les proclamations les plus solennelles ont annoncé assez haut le désintéressement absolu de la France. Je ne puis croire qu’on négociât la cession dès cette époque. Je laisse aux irritations britanniques l’imputation de ces traités secrets, qui auraient d’avance combiné la rupture de la paix et partagé les dépouilles de la guerre.

Non : c’est le point de vue qui a changé, et je suis loin de me plaindre de ce qu’on demande au Piémont. C’est peu pour ce qu’on lui a donné, c’est trop peu pour ce qu’on lui a laissé prendre.

Je ne verrai jamais avec indifférence l’agrandissement de mon pays. Je l’eusse mieux aimé le jour de la paix de

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Villarranca que le lendemain de l’annexion des Ruinagnes, il eût été le fruit de nos victoires ; le monde y peut voir aujourd'hui le prix de nos complaisances pour les envahissements de nos alliés.

Et pourtant, c’est la politique de Villafranca qui nous eût donné la Savoie, aux applaudissements de l’Europe. Nul n’aurait pu se plaindre. Les trésors de la Lombardie payaient largement à l’ambition de la maison de Savoie les montagnes où fut le berceau de ses ancêtres. Les grandes monarchies de l’Europe eussent d’autant mieux accueilli cette légitime incorporation à la France, qu’elle n’eût pas servi de prétexte pour amnistier les annexions révolutionnaires de l’Italie.

Une telle attitude eût rendu notre alliance plus chère à la Savoie catholique, la seule qui ait souhaité l'annexion.

La politique de Turin pesait sur elle ; dans celte guerre à l’Église, elle ne reconnaissait plus ni ses rois, ni sa foi, ni son histoire. Elle voulait se rattacher à un gouvernement ami du Saint-Siège.

Sa vieille loyauté se soulèverait à l’idée que son territoire pût devenir le prix d’une usurpation du patrimoine de l’Église, mais elle se souvient que la France a garanti tous les droits temporels du Pape, et l’appui donné par la politique impériale au rétablissement de l’autorité du Saint-Pére serait salué par elle comme un don de joyeux avènement *.

‘ La Savoie vient d’exprimer ses sentiments avec une éloquente énergie dans une belle adresse qui porte la signature de ses évéques.

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DEVOIU'S DE D'EUROPE

Sans doute l’extension des frontières de la France éveillei’a toujours les jalousies de Londres, mais on s’en tiendra à la menace. Depuis quelque temps l’Angleterre s’habitue à intimider les faibles et à laisser faire les puissants. D’ailleurs, si l’annexion de la Savoie devait consaci er les annexions piémoutaises, il faudrait que le ministère anglais fût bien aveugle pour ne pas acheter, par le sacrifice de quelques susceptibilités puériles, le droit de suprême arbitrage sur toute la Péninsule. Ce n’est pas la possession d’un département de plus , même avec des frontières naturelles, qui dédommagerait la France de la perle de son influence sur l’Italie livrée au Piémont, c’està-dire, à l’Angleterre.

Car, il ne faut pas s’y tromper, la politique piémonlaise, nécessairement hostile au Saint-Siège qui se dresse devant ses ambitions d’unité italienne, cherchera toujours son appui dans les propagandes anticatholiques au dedans, dans les sympathies britanniques au dehors.

Kl la France, malgré quelques déviations momentanées, restera toujours trop attachée au Saint-Siège pour se mettre à la suite des menées du cabinet de Turin, Elle ne se résignerait pas longtemps à une telle politique; elle ne lient pas moins à ses traditions qu’à ses frontières, et sa foi est plus ancienne que ses dynasties.

Ainsi l’Angleterre restera toujours l’appui nécessaire et

de son clergé et de scs plus illuslres citoyens, et ((ui est tout à la fois une protestation en faveur du Saint-Père et une interpellation à la France. {Noie de la 3* édition.)

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le guide invariable du Piémont. L’Empire ne l’ignore pas, ^1 en a déjà fait l’épreuve : il ne doit donc jamais s’attendre à trouver dans l’annexion de la Savoie un dédommagement à la création d’une Italie anglaise.

Espérerait-on du moins se rattacher ainsi l’Angleterre, dont on ne croirait pas l’alliance payée trop cher à ce prix?

L’alliance anglaise est importante, sans doute, et ce n’est pas moi qui serais tenté de le contester.

Le gouvernement de 1 850 a sincèrement pratiqué l’alliance anglaise ; il a bravé bien des préjugés pour y rester fidèle ; il en a subi l’impopularité, la Franco en a recueilli les fruits. J’ai défendu cette politique, et je ne le regrette pas. La différence des temps n’a pas changé mes opinions; mais, aujourd’hui comme alors, il y a deux manières d’entendre l’alliance de la France avec l’Angleterre.

Quand ces deux généreuses nations, sœurs d’origine et rivales de gloire, effacent les ressentiments de ces grandes luttes qui ont ensanglanté leurs annales et rempli toute l’histoire ; quand elles déposent tous les préjugés traditionnels pour chercher, dans la conformité des institutions parlementaires, une noble émulation de sympathie et de liberté ; quand les deux peuples les plus industrieux, les plus r elies et les plus éclairés de runivers, s’unissent pour imposer partout silence aux passions qui prétendent interrompre la civilisation et troubler la paix du monde; quand ils* se font enfin les médiateurs des

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grands États, les protecteurs des petits, les modèles de tous : c'est là un magnifique spectacle, qui fait l’honneur du siècle. Une telle alliance assure la prospérité des deux pays et la sécurité de tous les autres.

Mais, si la France et rAnglelerrc se concertaient jamais pour ébranler les droits acquis, livrer les petits États aux ambitions conquérantes et les grands aux agitations révolutionnaires ; si elles abusaient contre la civilisation elle-même des forces invincibles qu’elle leur a données ; si la puissance de leurs flottes servait à menacer les capitale» que la Providence a dotées du voisinage des mers ; si leur pavillon pouvait devenir tour à tour le signal et le refuge de la révolte ; une semblable alliance, ou, pour mieux dire, une telle coalition serait une insulte au droit des gens, un fléau permanent pour l’humanité. Elle ne pourrait vivre qu’au prix de déceptions mutuelles, elle ne tarderait pas à devenir aussi compromettante pour les deux pays (pie funeste au monde.

La France ne serait pas la dernière à en souffrir : c’est souvent elle qui porte le poids des sacrifices.

On a accusé le gouvernement précédent d’avoir pous.«é trop loin ces sacrifices. 11 eût pu trouver, dans la position qui lui était faite en Europe, le moyen de les justifier. L’alliance anglaise pouvait lui sembler d’autant plus précieuse, que le continent ne se montrait pas disposé à lui donner la sienne.

Los grandes monarchies absolues ont pou ménagé le gouvernement du roi Louis-Philippe, parc(! qu’elles n’a-

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vaient point à se mettre en garde contre son ambition. Il avait promis la pai.v à l'Europe et la liberté à la France ; les rois le savaient aussi incapable de décbainer la révolution au dehors que d 'étouffer au dedans la constitution qu’il avait jurée. Ils ne redoutaient pas de lui des invasions qui pussent troubler leur sécurité, ils n'espéraient pas de lui des compressions qui eussent pu servir leur pouvoir absolu. Ils craignaient la propagande pacifique de la liberté presque à l’égal des débordemenb révolutionnaires ; et, rassurés contre toute violente attaque de leurs trônes, ils ne cherchaient guère à affermir une monarchie constitutionnelle dont le succès pouvait attirer leurs peuples par la puissance de l’exemple.

Cependant, malgré cette froideur qui semblait incliner le gouvernement français vers l’.\ngleterre, il ne lui sacrifia ni la politique, ni les traditions, ni les intérêts de la France.

Il sut prendi’e Anvers et rendre, par l’alliance avec la Belgique, un boulevard aux frontières de la France. Il occupa la ville d’Ancône pour faire équilibre à l’Autriche et il la remit ensuite fidèlement au Saint-Siège. 11 féconda la conquête d’Alger par celle de l’Algérie. Partisan d’un sage progrès, il résista à toutes les exagérations intéressées du libre échange, et finit par les mariages espagnols, qui enlevèrent la main d'Isabelle et la couronne de Castille au royal client de 1’. Angleterre.

Et aujourd’hui, quand nous sommes libres dans le

ÜEVOIUS DE L'EllRül'E

choix (le nos alliances, nous laisserions la Grande-Bretagne régner en Italie sous le nom de l’unité italienne! La Méditerranée deviendrait un lac anglais et le Piémont pourrait (juelque jour déposer les clefs de saint Pierre aux pieds du lion britannique 1

Qu'auraient produit les triomphes de la guerre d'Italie? Quel serait le prix du sang de nos soldats?

Nous avions proclamé l’affranchissement de l’Adriatique, et nous aurions aggravé le sort de Venise.

Nous avions garanti l'intégrité des droits temporels de 1 Église, et nos alliés auraient usurpé ses Étals.

Nous avions promis à l’Italie la fédération de ses nationalités municipales, et la Toscane aurait perdu jusqu'à son nom.

L’Italie confédérée n’eût plus rencontré d’ennemis, et nous l’aurions laissée à la domination piômontaise, (pii provoque toutes les luttes et ramène tous les périls.

Et l’Europe aurait vu raviver partout les agitations ambitieuses qui troublent le sommet des sociétés et les passions anarchi({ues qui fermentent dans les bas-fonds. Elle ne pourrait plus s’endormir dans la paix, sans craindre de se réveiller dans la guerre.

Qu’on ouvre enfin les yeux ! Il n’est jamais trop tard pour reconnaître une faute; cl, si la Franco expie (luel- (piefois durement les siennes, elles ne sont jamais irréparables. Elle tient ce privilège des faveurs de la Providence ; il lui est donné de revenir à temps de toutes ses

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erreurs, de se relever de toutes ses faiblesses et de reconquérir toutes ses gloires.

Quant au gouvernement, il est bien dégagé vis-à-vis de l’Angleterre, qui repousse les annexions qu’il a obtenues, et vis-à-vis du Piémont, qui persiste dans celles que la France a déclaré repousser. Qu’il laisse l’une à l’isolement que lui réservent les contr.idictions de sa politique, et l’autre à la responsabililé que lui impose l’ambitieuse obstination de la sienne.

Qu’il réunisse enfin ce congrès promis à Zurich, sans lequel rien ne peut s’asseoir dans la Péninsule !

On a dit que celui de 1856 n’avait pas pacifié l’Orient et qu’il avait troublé l’ilalie.

Le congrès de 1860 pourrait mériter mieux de l’avenir, car, en apaisant les troubles de l’Italie, il aurait préparé l’émancipation de l’Orient. L’Europe pourrait enfin fi.xer ses regards sur les convulsions suprêmes qui agitent le Bosphore; la crise civilisatrice qui doit régénérer le berceau du monde n’attend peut-être que la pacification sérieuse de l’Occident.

Mais ce n’est pas en renversant les bases du droit européen qu’on peut rétablir entre toutes les nations l’harmonie nécessaire à rachèvemenl de la plus grande œuvre réservée à ce siècle; on ne préparera pas la restauration des chrétientés orientales, en sacrifiant la plus grande Église chrétienne de l’univers.

11 faut avant tout que ses droits sacrés soient reconnus ; il faut qu’on abandonne le Piémont aux délibérations de

in

l'Europe; il faut que le droit des gens prononce entre lui et le Saint-Siège, et que force reste à ce jugement. 11 faut que la France prête son concours et qu’elle condamne solennellement l’injustice.

Que toutes les nations puissent librement répondre à l’appel du Saint-Siège sans craindre de rencontrer sur leur chemin la politique de la France : tout sera dit. Les Légations seront bientôt délivrées de la pression pièmontaise et le Saint-Père aura obtenu justice.

Sans doute la France n’interdira jamais à ses enfants de se dévouer volontairement an Saint-Siège. Sa vieille armée d’Afrique, qui nous a donné les héros de Malakoff et de Magenta, sera fière d’offrir son glorieux tribut à cette grande cause, et le vainqueur d’Abd-el-Kader pourra servir encore la civilisation et la patrie en consacrant son épée à la défense de la Papauté.

Mais, si en même temps la France devait ratifier par son autorité ou par sa condescendance l’envahissement de ces belles provinces dont l’Église dut la première possession à la munificence de nos rois; si, après avoir décliné la solidarité des usurpations, elle entreprenait de 1rs couvrir par sa diplomatie, si elle n'employait ses efforts qu'à contenir le zèle des puissances catholiques par la force de sa prépondérance ; si elle stipulait auprès de toutes l’inviolabilité du Piémont, qui n’a respecté celle de personne, il ne faudrait pins alors parler même de la neutralité de la France à l’égard du Saint-Père. Ce serait elle qui aurait déclaré au Saint-Siège la plus dangereuse

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guerre, car ce serait sa protection qui aurait permis à ses alliés la spoliation de l’Église, et ce serait sa garantie qui rendrait la spoliation irréparable.

La France gémirait sans doute d’une telle politique; mais, si la volonté souveraine dans laquelle elle a incarné toute sa puissance se laissait entraîner sur celte pente fatale, que toutes les voix indépendantes s’efforcent encore de l’en détourner.

La Constitution a fait le Sénat gardien delà liberté des cultes. De nombreuses pétitions ont appelé son intervention en faveur de celui de trente-quatre millions de Français. On avait voulu espérer en lui pour sauvegarder les droits du Pontife suprême. Un avertissement eût pu servir le pouvoir; le Sénat lui a décerné un hommage de confiance.

Toutefois, les chefs de notre Église n’ont pas gardé le silence. Les cardinaux appartiennent tout ensemble à Rome et à la France ; en invoquant le lien qui unit leurs deux patries, ils ont servi l’intérêt et la dignité de toutes deux.

Les généraux qui ont appris à connaître Rome en y représentant la France ont apporté leur loyal témoignage à la cause du Saint-Père; leur dévouement l’aura consolé de tant d’abandons imprévus.

Une autre enceinte a entendu des voix courageuses venger l’Église, flétrir les usurpations, rappeler les promesses, demander des garanties; mais le Corps législatif est privé de toute initiative, les pétitions des citoyens ne

peuvent arriver jusqu’à lui. Il vote l’impôt au nom du pays ; il ne vote pas sa politique.

H faut espérer dans la puissance de l’opinion. Elle ne fut point écoutée, il y a un an, quand elle craignait la guerre d’Italie pour la paix de l’Église : on ne l’accusera pas cette fois de défaillance, car ce n’est pas sa prévoyance qui a failli.

Si l’opinion du monde pouvait hésiter, je plaindrais l’aveuglement des hommes. Si elle parlait en vain, ce sont les institutions des peuples dont je déplorerais l’impuissance.

Je le regretterais pour l’Église, outragée dans son Pontife, dépouillée dans ses domaines, atteinte dans son indépendance'.

Je le regretterais plus encore pour l’Europe, car elle aurait délaissé tout ce qu’il y a de plus sacré sur la terre, la majesté, la faiblesse et la justice. Elle aurait donné le spectacle le plus funeste à la conscience des peuples, celui de la puissance proclamant le droit et le sacrifiant à l’audace.

Je m’en affligerais surtout pour mon pays, car c’est lui qui sei’ait accusé. Le Piémont n’est pas assez grand pour porter une telle responsabilité devant l’histoire. C’est la France qui aurait démenti ses traditions et abdiqué sa destinée. On croirait encore à ses armes, on ne croirait plus à sa parole.

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L’Église, qui l’avait toujours trouvée fidèle, ne compterait désormais que sur la volonté immuable qui l’a fondée.

Celui qui a tiré la Papauté des catacombes, qui l’a affermie par les persécutions et les exils, qui l’a fait triompher de ses ennemis comme de ses propres faiblesses, n’abandonnera pas son vicaire, alors qu’il le verra cerné par tous ses adversaires et délaissé par tous ses protecteurs. Il a sauvé la Papauté, des Césars comme des révolutions. Au troisième siècle, on la croyait noyée dans le sang du martyre, et depuis, elle a intronisé la croix au sommet du Capitole. On a dit qu’elle mourrait au dix-huitiéme siècle dans la tombe solitaire de Valence, et elle est rentrée triomphante au Vatican.

Cette grande figure de l’unité romaine pourra rester encore une fois dans l’ombre, mais on ne tardera pas à voir combien son prestige manque à l’Italie, son ascendant au christianisme tout entier. Les nuages qui l’auront voilée un instant s’évanouiront devant cette lumière des faits qui éclaire les plus rebelles, et la Providence saura SC servir du vœu même des peuples pour la faire reparaîlre avec une nouvelle splendeur.

Mais, en attendant, les jours d’épreuve seront venus, les exemples porteront leurs fruits; le droit restera sans appui et la force sans frein ; les nations passeront sans cesse de la tyrannie des faits accomplis à la dictature des f.iits imprévus. Le inonde ne s’arrêtera plus dans le chemin des aventures. La France a déjà éprouvé, dans ce

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