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LES ÉTATS DU ROI MON PÈRE

partie de la nuit dans une douce et vive insomnie, semblable à celle qu'Alfieri décrit dans ses Mémoires \

Pourtant, je ne pouvais croire que j'étais à quatre heures de Rome; ce pèlerinage, si désiré depuis dix ans, avait été tant de fois remis, que j'avais fini par me persuader que je ne le ferais jamais.

Il faut se recueillir à l'heure solennelle Où l'on pose le pied sur le vieux sol romain ; Demain nous entrerons dans la Ville Eternelle, Oh! je ne voudrais pas mourir avanl demain !

1 « Partii dunqae per Roma, con una palpitazione di cuore quasi che continua pochissirao dormendo la notte, e tutto il di ruminando in me stes»o e il S. Pietro, e il Coliseo, e il Panteon. »

LETTRE m.

Aspect de la campagne romaine. — Paysage à la Salvator H osa. — Première vue de Rome. — Nous y entrons avec Charlemagne et les soldats français. — Bénédiction de Pie IX à l'église du Gesû.

Vendredi, 31 décembre.

Arriver à Rome à la fin d'une année pour en commencer une nouvelle, c'est une heureuse circonstance pour le pèlerin. Il se lève avec cette pensée, et fait sa prière du matin en s'orien tant vers la Ville-Sainte, Roma la Santa.

Superbe et lumineuse matinée ! Nous partons à huit heures, trop tard au gré de mon impatience. La campagne romaine est une suite de collines ondulées. Les géologues prétendent qu'elle devait former autrefois un golfe plus grand que les golfes réunis de Gaete, de Naples et de Salcrne. On dit que les empereurs romains ont voulu faire le vide et le désert autour de Rome pour laisser leur capitale isolée dans sa splendeur. Ils ont réussi : les invasions des barbares, les guerres civiles et étrangères, les brigandages qui en furent la suite, ont complété la dépopulation, et augmenté le mauvais air.

Tous les poètes ont aimé, et j'aime comme eux, ce désert grandiose qui entoure la Cité-reine d'une ceinture inviolable, bordée d'un cercle de montagnes. Chateaubriand Fa peint admirablement, mais avec quelque exagération. Cette vaste solitude n'est pas aussi désolée qu'on se l'imagine. Il y a des gens qui regrettent de ne pas trouver ici d'habitants ; à quoi bon ? ce désert est plus peuplé de grands souvenirs que l'enceinte de Londres et de Paris. Mais il n'y a pas ici la moindre industrie, diront les utilitaires. Pardonnez-moi : s'il faut la considérer à ce point de vue, la campagne romaine est un pays de pâturages où l'on élève des bœufs, des buffles, des moutons et des chevaux ; l'Agro-Romano n'est point stérile comme on le croit communément; c'est une suite d'excellentes prairies dont l'herbe est drue et savoureuse. Le printemps revôt ce désert d'un manteau de verdure ; l'été lui donne des teintes dorées et l'automne des teintes fauves d'une splendeur admirable. Là se promènent de nombreux troupeaux conduits par des bergers à cheval qui se font des demeures dans les vieux tombeaux romains dont ces plaines sont semées ; ils sont vôtus de peaux de boucs qui leur descendent jusqu'aux pieds : de là vient, sans doute, l'origine des satyres de la mythologie.

A mesure que nous approchons de Rome, la route devient un peu plus animée ; les fermiers romains passent à cheval, en longues guêtres de cuir montant jusqu'aux genoux, et roulés dans leurs grands manteaux bruns. Vallons et prairies sans ombres, ruisseaux dont l'eau rare et honteuse se cache sous l'herbe comme la Galathée de Virgile sous les saules. Troupeaux de charmantes chèvres blanches comme leur lait, guidées par un petit pâtre, que

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