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DEI NON HOMINIS EST EPISCOPOS JVUICARE

En face, c'est encore Gharlemagne :

CAROLVS MAGNVS ROM. ECCLES1JS ENSIS CLYPEVSQVE.

Ensuite, c'est Astolfe, roi d'Angleterre, qui, venu à Rome sous Léon IV, rendit son royaume tributaire de saint Pierre.

ASTVLFVS REX SVB LEONE IV. PONT.

BRITTANIAM B. PETRO VECTIGALEM FECIT.

C'est Godefroi, duc de Bouillon, le héros des croisades et du Tasse, qui, élu roi de Jérusalem, n'accepta que le titre de Protecteur du Saint-Sépulcre, disant qu'un chrétien ne devait pas avoir une couronne d'or, là où le Roi des rois en avait porté une d'épines.

NEF AS EST VBI REX REGVM CHHISTVS SPINEAM CORON AM TV LIT CHRISTIAN VM HOMINEM AVREAM GESTARE.

Voici Lothaire, duc de Saxe, couronné empereur des Romains en \ 333 par Innocent II. Il fut toujours fidèle à son serment de défendre les droits de l'Eglise et le patrimoine de saint Pierre.

LOTHARIVS IMP.

PONTIFICJ: LIBERTATIS ASSERTOR.

C'est enfin Ferdinand-le-Catholique qui, par la prise de Grenade et la découverte du Nouveau-Monde, fut un des plus grands propagateurs de la foi catholique.

FERDINANDVS REX CATHOLICVS CHRISTIANI IMPERII PROPAGATOR.

Il est à regretter que Raphaël n'ait pas eu la place de mettre Glovis et saint Louis auprès de Godefroi de Bouillon. Il éprouva la même difficulté pour le roi Pépin, qui, volant au secours du pape Etienne II, reprit l'exarchat grec de Ravenne aux Lombards et le rendit à l'Eglise, en envoyant à Rome les clefs de Ravenne, qu'il fit déposer sur le tombeau de saint Pierre, in signum vert ci perpetui dominii. Raphaël ne pouvant donc peindre ici la figure du père de Gharlemagne, voulut au moins en faire mention, et il fit graver sur un cartouche cette inscription :

PIPLNVS PIVS primvs AMPLIP1CANDJ2 ECCLESIJI VIAM APERVII EXARCATV RAVENNATE ET AL1IS PLLR1MIS El OBLAT1S.

X. Châtiment d'Héliodore. — Il faut remonter ici à l'épopée de la Bible; Séleucus, roi de Syrie, ordonne à son général Héliodore d'aller dépouiller de ses trésors le temple do Jérusalem ; mais, à la prière du grand pontife

HOME. LETTRES h UN FÈLEKI.N.

Onas, un cavalier céleste, à la tête des anges du Seigneur, met en fuite les troupes d'Héliodore; le général lui-même est foulé aux pieds par son cheval et battu de verges par les anges. La figure du cavalier divin qui charge Héliodore est admirable. On est surpris de voir, dans un côté delafresque,un Pape entrer dans le temple de Jérusalem : c'est un anachronisme symbolique et calculé. Le Souverain-Pontife semble dire à tous les usurpateurs sacrilèges, à tous les fils parricides et dégénérés: (expressions de Pie IX :) Discite justitiam moniti.

Le Pape lance de sévères regards sur ces brigands renversés dans la poussière. On ne sait qui jette le plus de terreur parmi les violateurs du Temple, ou du céleste cavalier, ou du Pape immobile et silencieux. Raphaël a doimé à ce Pape la figure de Jules II, le nouvel Onas, le libérateur des Etats de l'Eglise. C'est lui, en effet, que vous voyez arriver, en mosette et en camail, majestueusement porté par ses sediarii sur la sedia gestatoria. Héliodore est ici le symbole du châtiment qui attend les persécuteurs de l'Eglise dans tous les temps ; depuis Nabuchodonosor jusqu'à Né^on, depuis Julien l'Apostat jusqu'à l'Antéchrist. C'est ainsi que Raphaël a traduit à sa manière le psaume 67e : Exsurgat Dominus et dissipentur inimici ejus.

XI. Victoire d'Ostie. — Le* Sarrazins, après avoir saccagé Tarente et tout le golfe de Dalmatie, espèrent surprendre Rome et débarquent à Ostie. Léon IV appelle à son secours lesxjeuples de Naples, de Gaëte et d'Amalfi, renommés pour leur marine. Le Pape est peint sur le rivage, implorant le secours du ciel ; les flottes pontificale et napolitaine battent complètement celle des Sarra-

LÉPOPÉE DE RAPHAËL.

zins. Raphaël a représenté la fin de la bataille navale et les prisonniers turcs enchaînés aux pieds du Pontife.

Ce sujet est encore une allusion contemporaine de Raphaël; cette victoire sur les Sarrazins rappelle les efforts que fit Léon X pour mettre la paix entre Charles-Quint et François Pr, dans le but de réunir les armées espagnole et française contre les Turcs qui menaçaient alors la chrétienté, et qui, de nos jours ont été réduits à mendier le secours des chrétiens.

XII. Incendie du Bokgo. — Dans l'octave de l'Annonciation de l'an 847, un épouvantable incendie ravagea le BorgoSan-Spirito, quartier de Rome fondé parles Saxons, qui s'étend du mausolée d'Adrien au Vatican. Un vent impétueux poussait la flamme qui, déjà, menaçait Saint-Pierre et le palais apostolique. Alors, raconte Anastase le bibliothécaire, le saint pontife Léon IV apparaît sous la grande loggia, adresse à Dieu une fervente prière, et, plein de confiance et de foi, lève la main et arrête l'incendie par un signe de croix. Rien de plus vivant, rien de plus émouvant que la peinture de cet incendie ; jusqu'aux vêtements flottants des personnages et leurs cheveux épars vous indiquent que le vent souffle et attise la flamme. Voyez ces deux belles filles qui apportent de l'eau, cette femme qui cherche à sauver son enfant, ce /fils qui emporte son père sur ses épaules, comme Enée enleva Anchise dans l'incendie de Troie. Les vers de Virgile valent-ils les couleurs de Raphaël? Mais comment décrire un tableau avec la plume? Il faut encore avoir recours à la poésie. Cette mère qui sauve son enfant n'est-elle pas peinte au vif dans ce*

vers de Dante, non moins grand peintre qu'Homère et Virgile?

Lo Duca mio di subito mi presse, Corne la madré ch' al romore è desta, E vede presso a sè le Gamme accese,

Che prcnde il figlio e fugge c non s' arresta, Avendo più di lui che di se cura, Tanlo che solo una camicia vesta.

{Inf. xxn.)

XIII. Miracle de Bolsène. — En 1263, un jeune prêtre allemand fut tourmenté d'une tentation incessante, qui lui faisait douter de la présence réelle du corps de Notre- Seigneur dans l'hostie consacrée. Il résolut d'aller à Rome, au tombeau des saints Apôtres, espérant être délivré de ses doutes par leur intercession. Arrivé non loin de Rome, dans la ville de Bolsène, il s'y arrêta pour célébrer le divin sacrifice dans l'église de Sainte-Christine. En prononçant les paroles sacramentelles de la consécration, il eut encore le malheur de se sentir tourmenté par le même doute qu'il plut à Dieu de dissiper enfin par un miracle. Il semble que, pour le faire éclater, la divine Providence ait choisi précisément Bolsène, situé près d'Orvicto, où, peu de temps avant, un certain Fiorentino Diotisalvi (Dieu te sauve) avait répandu la doctrine des Manichéens, en vomissait des blasphèmes contre le Saint- Sacrement. Au moment donc do l'élévation, le jeune prêtre vit distiller de l'hostie des gouttes de sang qui tachèrent le linge ducorporal, et, tombèrent par terre au pied de l'autel. On montre encore à Bolsène, dans l'église de Sainte-Christine, la place où eut lieu ee miracle. A cette vue, le jeune Allemand est saisi de l'émotion la

plus profonde, et adore enfin Jésus-Christ réellement présent dans l'Eucharistie. Urbain IV, pape français, se trouvait alors à Orvieto ; il fit transporter dans cette ville le corporal miraculeux à la suite d'une procession solennelle, et il institua, à cette occasion, la Fête-Dieu, la fête del corpus Domini, dont il fit composer l'admirable office par le grand poète saint Thomas d'Aquin, qui professait alors la théologie à Orvieto.

Il est remarquable que ce doute sur la présence réelle venait d'un prêtre allemand : l'Allemagne était-elle déjà dans l'enfantement de Luther? Raphaël a combattu d'avance avec son pinceau la prétendue réformation, qui attaqua surtout la présence de Notre-Seigneur dans le sacrement de son amour. C'est Jules II qui voulut que ce miracle fût représenté sur un des murs du Vatican ; il s'y est fait peindre à genoux devant l'autel miraculeux, les mains jointes , ayant derrière lui deux cardinaux. Raphaël a daigné montrer dans cette fresque qu'il était, quand il le voulait, coloriste comme les Vénitiens. Quelle scène s'est développée ici sous son pinceau ! A la vue du miracle, les assistants sont pénétrés de la foi la plus vive. Voyez ces groupes de femmes saisies d'une religieuse émotion : la foi confiante et paisible du Pape et des cardinaux n'est-elle pas admirablement rendue? Les quatre soldats de la garde suisse sont d'une impassibilité incroyable.

XIV. La philosophie. — Entrons avec recueillement dans la Chambre délia Segnatura, la plus belle de toutes, dans laquelle Raphaël a représenté les quatre grandes divisions de l'encyclopédie humaine, la Théologie, la Philosophie, la Poésie et la Jurisprudence. Commençons

ROME. LETTRES d'fN PÈLERIN

par la Philosophie, parce que c'est la personnification de la sagesse antique. Voici l'école d'Athènes : cinquante-deux personnages sont rassemblés dans cette scène immense, qu'encadre la perspective, tracée par Bramante, du plan primitif de Saint-Pierre. Heureuse et juste idée d'avoir réuni les philosophes de l'antiquité dans l'enceinte projetée du temple-type de la chrétienté! Les anciens sages furent les précurseurs du Christianisme : voici, en éffet, Platon qui préside l'assemblée, Platon, génie presque chrétien, que Numénius osait appeler le Moïse athénien ; voici Aristote que suit son illustre élève Alexandre-le-Grand, l'admirateur d'Homère ; Socrate qui cause avec Alcibiade ; Pythagore qui, né en Italie, y répandit pour longtemps ses doctrines. On remarque ici une noble figure, qu'on croit tHre celle du cardinal Bessarion, admirateur et défenseur passionné d' Aristote et de Platon. Voici encore Euclide ; Archimède sous les traits de Bramante, oncle de Raphaël et architecte de Saint-Pierre ; Zoroastre avec sa couronne sidérale, roi de la Bactriane, chef des philosophes orientaux appelés mages ; derrière Ptolémée, saluons ces deux nobles figures, l'une si grave, l'autre si douce : c'est Pérugin et Raphaël qui s'est peint avec son maître dans un coin du tableau.

Près de Platon, Raphaël a placé la Poésie, que le philosophe grec voulait bannir de sa république; il a peint Homère entre Virgile et Dante, triple personnification des trois grandes épopées de la Grèce, de Rome et de l'Italie chrétienne.

Dans l'ordonnance de cette fresque, Raphaël s'est inspiré des Triomphes de Pétrarque, son poète favori,

comme Michel-Ange s'inspirait de Dante. Brizeux, dans sa Poétique nouvelle, a peint en quatre beaux vers l'attitude que le peintre donne à Aristote et à Platon :

L'un par un geste austère Se pose ordonnateur des choses de la terre ; L'autre, le doigt levé, signe doux et puissant, Dit que tout monte au ciel et que tout en descend.

XV. La Poésie. — Ut pictura poesis. Qui mieux que Raphaël comprit la Poésie dans le sens le plus élevé du mot,qui montre dans le poète un créateur (iioinmç .) Voyons le Parnasse raphaélesque. Voici là haut le mont sacré1 ; Apollon chante en s'accompagnant, non de la lyre, mais d'une sorte de viole ou de violon. On dit que Raphaël, a voulu perpétuer sous les traits du dieu la mémoire d'un musicien célèbre, son ami, qui vivait sous Léon X, et accompagnait souvent avec son instrument le chant des poètes. D'autres disent qu'il a cherché à flatter de la sorte le vieux Léonard de Vinci, musicien passionné qui jouait admirablement du violon. Louis Viardota peut-être rencontré plus juste en disant que le Sanzio, dans ce Parnasse à la fois antique et moderne, a voulu mettre Apollon d'accord avec les anges et les chérubins des peintres

« Un soir, à Drachmani, me trouvant au pied du Parnasse, et suivant •le l'œil des vautours qui planaient sur ses flancs, je vins à me rappeler ce vers fameux :

C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur...

Il me fallut un effort inoui de réflexion pour me convaincre que cette fière montagne qui se dressait là, devant moi, baignant dans les teintes violettes du soir ses rochers, ses sapins, ses abtraes, c'était le Parnasse de Boileau. (Ampère, La Poésie grecque en Grèce.)

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et des poètes chrétiens, qui représentent les habitants du paradis se servant, non de lyres, mais de violes, pour exécuter les célestes concerts. Les muses entourent Apollon. Auprès d'elles se montre le vieil Homère, poeta so~ vrano, et Virgile, qui regarde Dante prêt à le suivre et à s'éçrier : Tu se lo mio maestro. Plus bas est Pétrarque, auprès de sa Laure qui représente Corinne. On aime à voir réunis ici le profil austère du poète de Béatrice, et le visage doux et mystique du chantre de Laure !

Plus loin, voici Sannazar, le poète de la Vierge. Enfin, le groupe des poètes grecs et latins, Alcée, Sapho, Pindare, Anacréon, Horace, Ovide, Plaute, Térence. Tous écoutent le chant d'Apollon, la voix divine du Génie.

Nous ne connaissons qu'une chose comparable au Parnasse du Vatican : c'est l'Apothéose d'Homère, qu'Ingres a suspendue aux plafonds du Louvre. La postérité sera de notre avis.

XVI. La Jurisprudence. — Quelle admirable unité dans tous les sujets de cette salle, qu'on appelle la Caméra délia Segnatura, parce que les Papes y signaient les brefs, qui du Vatican allaient gouverner l'univers chrétien. A ce grand acte de la Papauté devaient, en effet, présider la Théologie, la Philosophie, la Littérature et la Jurisprudence, ces trois dernières servant d'entourage à la première. C'est ce que Raphaël a si bien exprimé en commençant par la voûte, où il a symbolisé la Philosophie, en haut par la Contemplation, et en bas par l'école d'Athènes; et la Littérature en bas par le Parnasse, en haut par la Poésie et par Apollon qui écorche Marsyas : c'est le Génie qui tue le Pédantisme. Comme Dante a peint cet exploit d'Apollon !

l'épopée de Raphaël.

Si corne quando Marsia traesti Délia vagina délia membra sue.

La personnification de la Jurisprudence, tenant la balance et l'épée, est couronnée par la Justice et entourée delà Force, de la Prudence et de la Tempérance. Justinien avec le Digeste, Grégoire IX avec les Décrétales, représente le droit civil et le droit canonique. Moïse avec les Tables de la loi, et le Jugement de Salomon complètent cette idée.

Enfin, la Théologie, la Science divine, apparaît dans toute sa splendeur; la voici d'abord à la voûte, sous la figure d'une noble femme couronnée d'oliviers.

Raphaël, tout plein du poème de Dante, cette encyclopédie catholique du moyen-âge, a fait comme le poète ; il a pris Béatrice pour le symbole de la Théologie. 11 lui a donné le même costume sous lequel Dante la retrouve au ciel, le voile blanc, la robe rouge, le manteau vert, la couronne d'olivier :

Sovra candido vel cinta d' oliva Donna m'apparve, sotto verde manto, Vestita di color di fiamma viva.

Le blanc, le rouge et le vert sont les emblèmes des trois Vertus Théologales.

« Cette figure de la Théologie, dit Rio, n'est pas moins admirablement appropriée au sujet dont elle est, en quelque sorte, le sommaire; elle montre du doigt la partie supérieure de la grande composition (la Dispute du Saint- Sacrement) qui lui correspond, et c'est là que l'artiste a

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