LES MYSTÈRES MJ TRANSTEVÈRE
dans les rues de Rome, en criant : Fate bene, fratelli! Frères, faites le bien. Il parvint, avec les aumônes qu'il recueillit, à fonder l'ordre religieux des frères hospitaliers, mieux connus sous le titre de Fate bene fratelli. Ces bons frères élevèrent une petite église, où ils déposèrent ensuite la dépouille du fondateur de leur ordre. Après sa canonisation, on construisit l'église, et on déposa son corps sous le maître-autel, et l'église s'appela San Giovanni di Dio. Or, il arriva qu'après la bataille de Lépante, dans le cortège triomphal de Marc-Antonio Colonna, on vit un moine espagnol, le sabre au côté et la croix dans la main, criant : « Vive la sainte ligue 1 » c'était Sébastien Aricos. Après avoir combattu contre les Turcs, il venait supplier saint Pie V de lui accorder la permission de fonder un hôpital sous la direction de l'ordre de Calabita ; il l'obtint, et l'hôpital est celui que vous voyez à votre gauche, tenant à la petite église San Giovanni di Dio.
Traversons l'île, passons le second pont ; nous voici en Etrurie, sur la rive droite du Tibre, tram Tiberim, disaient les anciens ; tram Tevere, disent les Romains modernes.
Le Transtevère, quartier de Saint-Pierre et du Vatican, est un quartier à part, connu par son amour et sa fidélité au Souverain-Pontife. Ce sont les Transtevérins qui, en 1849, ont ouvert les portesde Rome aux Français, et détruit les barricades des Garibaldiens. Ils prétendent avoir dans les veines, non-seulement du sang dé Romulus, mais encore du sangd'Enée, et l'on cite la réponse del'un d'eux à un hallebardier suisse qui le repoussait un jour de fête : Barbara, son di sangue romano, anche trojano.
Les Transtevérins ont l'air grave et fier ; c'est le type gréco-sabin. Pour eux, le bourgeois est le païno1; comme pour les étudiants allemands, c'est le philistin; comme pour nos officiers, c'est le pékin; comme pour nos artistes, c'est Y épicier. De leur côté, les Romains de la rive gauche appellent les Transtevérins les minenti, les menaçants, comme qui dirait les crânes. W ne faut pas trop s'arrêter à les regarder, surtout les femmes. Un de nos jeunes peintres, qui, par amour de la beauté plastique, contemplait une Transtevérine, fut interrompu par un homme aux yeux menaçants, qui lui dit avec un geste expressif : Passa, o maipiù non passerai; passe ton chemin, ou bientôt tu ne le pourras plus. Un autre voyant un petite Transtevérine tomber dans la rue, veut la relever avec une galanterie toute française, mais le père l'arrête et lui dit : Chè cosa è ? Che vi fà ?
Le Transtevère est un quartier peuplé et industrieux : fabriques de toiles, soieries, draps, poteries ; manufactures de tabac, et surtout fabriques de bougies et de cierges, dont les 360 églises de Rome font naturellement une grande consommation. L'ancien Porto-Romano, le port de Ripa-Grande donne aussi beaucoup de vie à cette partie de Rome.
Une curieuse église du Transtevère est Saint-Chrysogon,qui date du IVe siècle; Grégoire III y établit des moines byzantins chassés de Constantinople par les iconoclastes. Cette église a de vieilles colonnes en granit rouge,
i II est remarquable que ce mot païno vienne de paganus (païen) nom que les premiers chrétiens donnaient aux idolâtres, et qui était en même temps le sobriquet que , dans le monde romain, les militaire* infligeaient aux bourgeois.