LES MYSTÈRES DO TRANSTEVÈRE
et de nombreuses inscriptions sépulcrales consacrées à des Corses, le quartier de cette nation, pendant les XVIe et XVIIe siècles, ayant été voisin. Une de ces épitaphes rappelle de doubles et touchantes infortunes ; c'est celle d'Anton Padovan, second fils de Vannina et de Sampiero, assassiné à Rome par quelques gentilshommes français. Une autre inscription concerne la famille ancienne et maintenant historique de Pozzo di Borgo.
Les Italiens ont des proverbes sur les isolani, ces habitants des îles de Sicile, de Corse et de Sardaigne. — Parola ttisolano! parole ferme et sûre, le Sicilien, fiero e yeneroso, le Corse, fiero e vindicativo, le Sarde, fiero e ingannatore; fier et trompeur.
Tacite peint ainsi les Corses : Primo vindicta, secundo mentiri, tertio negare Deos. Les Papes avaient une garde corse au XVIIe siècle. Des soldats de cette garde insultèrent et attaquèrent en plein jour, dans la rue du Corso, le duc de Créquy , ambassadeur de Louis XIV; un des pages de l'ambassadrice, M. de Polignac, fut tué derrière son carrosse, et la belle-sœur du duc, la marquise de Créquy fut assaillie de coups de pierres par les Corses, à sa sortie de l'église de Saint-Louis-des-Français. L'ambassadeur de France sortit de Rome, pour se retirer à Naples, et LouisXlV, si plein d'orgueil envers le Saint-Siège, exigea une réparation plus grande que l'offense . Le cardinal Chigi, neveu d'Alexandre VIII, vint lui demander excuse à Versailles ; les Corses furent décimés pour les galères , et la garde corse licenciée à perpétuité ; enfin on éleva dans la grande cour du Vatican une pyramide en marbre noir, avec une inscription qui qualifiait les Corses de nation infâme, odieuse aux peuples, et désormais indigne de
servir les rois. C'est en 1664 que Louis XIV fit bannir par le Pape les Corses de Rome ; cent quarante ans plus tard un Corse s'asseyait sur le trône de France , et y mettait un b italique au lieu d'un B majuscule, comme dit de Maistre. Puis ce Corse enlevait le Pape, l'amenait prisonnier en France, et faisait appeler son fils le roi de Rome, mais Dieu ne laissa pas cela durer longtemps.
Il faut maintenant nous rendre à la cathédrale de ce quartier, à Santa-Maria-in-Transtevère, la vénérable ba- . silique si chère aux Transtevérins. A l'inverse des autres églises de Rome, elle est sombre et mystérieuse comme nos cathédrales du nord, ou plutôt comme Saint-Marc de Venise. On y respire un parfum d'antiquité et de catacombes: colonnes antiques qui portent encore les attributs d'Isis et de Sérapis; riche pavé en porphyre et autres marbres précieux ; mosaïques symboliques de la tribune; à droite, près du sol, ouverture ovale où on lit : Fo>s olei. Ecoutez : au lieu même où s'élève cette église, il y avait une sorte d'hôtel des Invalides pour les vétérans romains, appelé Tabema-Méritoria. Un jour, on y vit jaillir une fontaine d'huile qui coulait jusqu'au Tibre : c'est un symbole de paix, dirent les augures, et, cette fois, ils prophétisèrent. On apprenait, peu de temps après, que, dans une grotte de Bethléem, venait de naître un petit enfant, adoré des bergers et des rois d'Orient, et dont le nom, Christ, veut dire oint. Deux siècles plus tard, les chrétiens, qui attachaient une grande importance à cet emplacement miraculeux, le louèrent pour y élever un oratoire. Les cabaretiers du voisinage les en chassèrent. Alexandre-Sévère les y rétablit, en disant : « il est préférable que cet endroit soit employé à honorer Dieu, il