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de la fraternité humaine, où on commençait à traduire en actes les belles maximes des philosophes, auxquelles jusqu'alors rien n'avait manqué, sinon l'exécution. Jamais la théorie de la vertu ne s'était perdue, même dans les temps les plus corrompus, mais le Christianisme seul sut la mettre en pratique. Là pointait l'aube de cette civilisation qui changea la face du monde, cette civilisation que les ennemis de l'Eglise lui doivent bien malgré eux, cette civilisation que nos missionnaires seuls continuent à propager dans le monde au prix de leurs sueurs et de leur sang.

C'est ici que Simon-Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, écrivit ses deux Epîtres aux élus étrangers et dispersés pour leur prêcher Jésus crucifié, lui que vous aimez, quoique vous ne l'ayez point vu. Mais Pierre avait vu le Seigneur sur le Thabor : Ce n'est point en suivant des fictions ingénieuses que nous vous avons fait connaître la puissance de. H avènement de Notre-Seigneur Jésus- Chràt, mais après avoir été nous-mêmes les spectateurs de sa gloire^ Quelle puissance ne devait pas avoir saint Pierre sur ces nouveaux chrétiens, quand il leur disait qu'il avait vécu avec le Sauveur, et qu'il avait entendu la voix qui descendit de la nuée pour dire aux disciples : Celui-ci est mo$ Fils riex-aimé !

Saint Pierre resta longtemps dans le palais de Pudens. Ce fut le Vatican du premier des Papes. C'est ici qu'il célébrait le saint Sacrifice, recevait et «îstjuisait les néophytes, et envoyait de tous côtés les prédicateurs de la vérité1. Ici était le nid sacré d'où se sont envolés

1 A partir de l'arrivée de saint Pierre,Rome devient le foyer d'un pro-

les aigles évangéliques qui ont porté au monde la Bonne Nouvelle. Saint Pierre avait avec lui à Rome saint Marc, qui écrivit son évangile sous sa dictée. Pierre envoya Marc porter la foi en Egypte, Rufus à Gapoue, Marcien à Syracuse, Appollinaire à Ravenne, Martial et Xyste dans les Gaules. Saint Xyste, pénétrant plus avant dans notre pays, alla fonder cette église de Reims, qui devait attendre le passage de Glovis et de ses Franks.

C'est ici que le premier Pape consacra évêques saint Lin et saint Glet, qui lui succédèrent dans le pouvoir pontifical qu'il transmit à tous ses successeurs \ La mission de Pierre renferme la mission de ses successeurs, jusqu'à Pie IX, jusqu'au Pape qui régnera à la fin des temps.

Le tailleur de cuir de Tarse vint rejoindre chez Pudens le pêcheur de Gésarée. Qui pourrait dire tout ce que ces fondateurs de la foi ont dit, ont fait ici ensemble ? Dieu seul le sait. Saint Paul, dans sa deuxième Epître à Timothée, fait mention de Pudens ; il parle au commencement d'un certain Onésiphore, qui est venu le trouver dans sa prison de la Via Lata : « Que le Seigneur répande sa miséricorde sur la famille d'Onésiphore parce

sélytisme universel. Cherchez une ville où cette parole : Allez, enseignes toutes les nations, ait constamment eu de l'écho, une villo que ce mot divin ait pour ainsi dire frappée d'un prosélytisme infatigable dans le temps, et illimité quant aux lieux ; vous n'en trouvez qu'une seule. Cela pourrait suffire pour caractériser le véritable centre du Christianisme. (Mgr. Gerbet.)

1 II est à remarquer que Pierre dit expressément dans son épltre adressée à tous les fidèles : J'aurai soin qu'après ma mort on vous rappelle ce que je vous ai enseigné. (ne épitre, 15.) Voir comment Bossuet dans son sermon sur l'Unité prouve que Pierre, dans les Evangiles, paraît toujours le premier en toutes manières.

ROME. LETTRES Ii'l'N PÈLERIN.

qu'il m'a souvent assisté, et qu'il n'a point rougi de mes chaînes; mais, lorsqu'il est venu à Rome, il m'a chercha avec empressement, et m'a trouvé. » L'Apôtre termine • ainsi sa lettre : « Tachez de venir avant l'hiver. Eubule, Pudens, Din, Glaudie et tous les frères vous saluent. »

Saint Pierre préparait ainsi les nouveaux chrétiens à la persécution : « Réjouissez-vous de ce que vous avez part aux souffrances de Jésus-Christ... Qu'aucun de vous ne souffre comme meurtrier , ou comme voleur , ou comme calomniateur , ou comme un homme qui convoite le bien d'autrui ; mais, s'il souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point de honte , mais qu'il en glorifie Dieu. » (Ep. i, 14-45.)

Bientôt, en effet, les persécutions éclatent, et les deux Apôtres en sont les premiers héros et les premières victimes. Ils avaient laissé dans la famille Pudens des exemples qui portèrent des fruits glorieux. Pudens et ses enfant s devinrent des saints. Témoins du massacre des chrétiens, ils cachaient chez eux les persécutés, enterraient les martyrs et recueillaient leur sang précieux. Timothée et Novatus recevaient aussi les assemblées chrétiennes dans les thermes qu'ils avaient fait construire non loin de la maison paternelle. Saint Justin le philosophe, venu d'Orient pour défendre la foi, demeura plus tard chez eux. Pudentienne et Praxède se distinguèrent surtout parleur pieux courage pour la propagation de la foi, les œuvres de charité, la sépulture des martyrs et les secours à donner aux persécutés.

Après la mort de leurs parents et de leurs frères, devenues maîtresses d'une immense fortune, Pudentienne et Praxède, ces deux sœurs par la foi autant que par le

sang, se consacrent à Dieu par le vœu virginal, vendent tous leurs biens et en font deux parts, Tune pour les pauvres du Christ, l'autre pour le Vicaire du Christ, qui était alors saint Pie Ier.

Ce Pape, à la prière de Praxède qui survécut à sa sœur, transforma leur maison paternelle en une église qu'il dédia à sainte Pudentienne, vers 145. Il en éleva plus tard une autre aussi à sainte Praxède.

Ces deux églises existent encore, et le pèlerin est surtout tout ému en visitant celle de Sainte-Pudentienne, si touchante par ses souvenirs et son antiquité.

On y conserve la table de bois sur laquelle saint Pierre consacrait dans le palais de Pudens.

Pierre vit toujours dans ses successeurs, et nous voici revenus à une époque de persécutions. Agissons comme nos premiers pères dans la foi. Ayons pour le Pape, le saint Pierre actuel, le culte, l'amour, le dévouement que la famille de Pudens eut pour la personne de Pierre Ier.

Praxède et Pudentienne donnèrent leurs biens au Pape; on ne peut douter que saint Pierre n'ait reçu un tribut des fldèles, comme on le voit dans les Actes des Apôtres. Voilà l'origine du Denier de saint Pierre, rétabli de nos jours pour venir en aide à la détresse de Pie IX.

« On a écrit de savants ouvrages sur l'origine du pouvoir temporel des Papes. Ce que prouvent le mieux les plus savants, c'est que ce pouvoir n'a pas commencé. Saint Pierre en était investi. Il exerça pleinement la plus haute attribution du principat civil, celle de juge suprême. La cause d'Ananie et Saphire n'était pas une cause purement spirituelle, et ces coupables, furent non-seulement retranchés de l'Eglise, mais exclus de la vie; les

chrétiens, donc, avaient en saint Pierre un pontife et un roi. En constatant sa royauté et son haut domaine sur cette terre, dont il est le créateur, Dieu n'a voulu s'y réserver en propre qu'un petit espace. . . mais, pour sa part, il a choisi Rome, parce que Rome était la cité-reine, la forteresse de l'ennemi. Il l'a donnée à Pierre, non pour y régner tout de suite en paix, mais pour la vaincre, la conquérir et s'y maintenir par le plus extraordinaire et le plus prolongé des miracles \» Franchement, n'eût-il pas mieux valu pour le monde, à la place de Néron, que Pierre eût été le souverain temporel de Rome? Mais il y aura toujours des gens, qui se diront chrétiens, et qui préféreront voir,au lieu du Pape, un César régner à Rome, ce César fût-il un Néron.

1 L. Veuillot, Le parfum de Rome.

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