‹ RomeChapitre 113 sur 133 · LA MAMERTINE ET LE MAGICIEN · texte numérisé non relu

LA MAMERTINE ET LE MAGICIEN

Le cachot du roi Ancus Martius et ses captifs. — Syphax, Persée, Jugurtha, Catilina, Vercingétorix. — Saint Pierre dans la prison mamertine. - Il convertit ses geôliers et ses compagnons de captivité. — Saint- Joseph-des- Charpentiers. — Simon le magicien à la cour de Néron est confondu par saint Pierre. — Le spiritisme et la magie au XIXe siècle. — Le cachot de la Mamertine et les prisons de Valence et de Fontainebleau.

Quand du Capitale on descend au Forum par la rampe à cordons qui aboutit à l'arc de Septime -Sévère, on voit à gauche l'humble église de Saint- Joseph -des-Charpentiers, San Giuseppe dei Falegnani, bâtie sur la prison Mamertine, le plus ancien monument de Rome antique, qui est en même temps le plus ancien monument de Rome chrétienne.

Le roi Ancus Martius creusa dans le roc, aux flancs du mont Gapitolin, un cachot carré qu'on appela prison Mamertine, de son nom de Martius ou plutôt Mamertius, en langue osque. C'est une construction tout étrusque, presque cyclopéenne, en gros blocs de pierre volcanique. Servius Tullius, creusa le roc sous la première prison, et cri créa ainsi une seconde, qui n'avait d'autre entrée qu'un trou circulaire à la voûte par

lequel on jetait les prisonniers de guerre et les condamnés à mort; puis, quand on les croyait expirés, on retirait avec des crocs leurs cadavres qu'on exposait sur les marches d'un escalier passant derrière la prison, marches sanglantes qu'on appelait les gémonies, à cause des gémissements qu'on y entendait. C'est ainsi que Venise a le pont des Soupirs. Cette horrible prison fut le carcere duro de Rome. Syphax et Persée y furent enfermés; Jugurtha, lAbd-el-Kader des Romains, y mourut de faim ; Séjan y fut étranglé ; les complices de Catilina y périrent ; ils pouvaient entendre du fond de leur cachot la voix de Cicéron qui les accusait dans le temple de la Concorde. César, peu généreux, fit mettre à mort son héroïque adversaire Vercingétorix dans ce cachot qui, dit Salluste, est un lieu désolé, ténébreux, terrible, infect. Le Christianisme le transfigura par la présence d'un dernier captif plus illustre que tous ceux dont nous venons de parler.

Après avoir été longtemps détenu dans la prison de la Septa Julia, le pécheur de Galilée fut précipité dans la Mamertine, d'où il ne sortit que pour être crucifié sur le Janicule. La plus horrible des prisons romaines fut en quelque sorte le berceau de la Papauté. C'est ici que saint Pierre, le premier Pape, convertit à la foi ses compagnons de captivité, et même ses deux geôliers, Martinianus et Processus (progrès, nom prédestiné pour un nouveau chrétien). Ces deux derniers furent aussi martyrs, et leurs corps sont à Saint-Pierre du Vatican. Il faut nous plonger au fond de la prison Tullienne, que nous visitons grâce à un Français. Mgr. de Forbin Janson, évêque de Nancy, a fait pratiquer à ses frais un escalier pour y descendre, comme l'atteste l'inscription.

Page 1