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LA MAMERTINE ET LE MAGICIEN

Mira, che ha fatto petto délie spalle : Perché voile veder troppo davante, Dirietro guarda, e fa ritroso calle.

Du perron de 1 église de Saint-Joseph, où nous sommes, nous voyons réunis les monuments de la primitive Eglise : la prison Mamertine, le Colysée, les Catacombes. C'est dans les entrailles de Rome souterraine qu'il faut rechercher nos origines. Mais parmi ces profondeurs sacrées où le chrétien aime à pénétrer, il en est une qui vous cause une horreur attendrissante, c'est la prison Mamertine. « Oui, disait l'évéque d'Orléans, à saint André délia Valle, oui, quand je veux relever mon courage, c'est là que je vais, je descends à la dernière profondeur, et, écartant les souvenirs profanes, Jugurtha, les complices de Catilina et tous les autres que ce lieu rappelle, c'est là que je retrouve Pierre et Paul... Que se passait-il dans l'âme de ces grands apôtres, enchaînés là, tous deux, dans cet infect cachot? Plus de lumière, plus de soleil, plus de vie... Et puis on les tire tous deux de là, et ils vont en silence, l'un mené vers les jardins de Néron, l'autre sur une autre voie... où sa tête tombe, car il est citoyen romain. » Et que de fois les Vicaires de Jésus-Christ ont subi ainsi la violence et la captivité, depuis le cachot de la Mamertine jusqu'aux prisons de Valence et de Fontainebleau ?

LETTRE XLÏ.

L'IRLANDE A KOME.

Devise des 0*Neill. — L'Irlande a un collège, un séminaire et trois couvents à Rome. — Les franciscains irlandais à Saint-Isidore. — Tableaux et tombeaux dans l'église. — Les dominicains irlandais à Saint- Sixte et à Saint-Clément. — Leurs fouilles et leurs découvertes. — Le pape saint Marcel esclave des écuries de l'empereur Maxence. — Motio Frangipani à la bataille de Jarnac. — La tour de Néron et les dominicaines. — Sainte Agathe des Goths. — Ricimer et Lascaris. — Le cœur d'O'Gonnell. — Sou monument dû à un négociant italien. — Son oraison funèbre par le père Lacordaire et le père Ventura

Quand, selon les traditions irlandaises, une peuplade du Midi, s'aventurant sur l'Océan du Nord, apparut en vue de l'île d'Erin, Yémeraude des mers, le chef, pour animer son peuple à l'abordage de la côte, s'écria que le premier qui toucherait ce sol inconnu en serait roi. C'est alors qu'un ancêtre des O'NeiU, qui se trouvait parmi ces guerriers, ne voulant (Hre provenu par personne, se coupa la main et la jeta toute sanglante sur la terre d'Irlande dont il prit ainsi possession l. Le caractère irlandais sem-

1 De là le cri de guerre des O'NeiU : Lamii deabg Eibin, main rouge d'Irlande. Leurs armes sont d'argent à deux lions de gueules, affronté?, supportant une main senestre, du même, appaumée et posée en pal ; les* deux lions accompagnés en chef de trois étoiles à six rais, de gueules, et en pointe d'une rivière au naturel, au milieu de laquelle nage un saumon, aussi au naturel, posé en face. Leur devise est : S01.0, salo et cœlo pot F s tes : Puissants sur terre, sur mer et dans le ciel.

(.'IRLANDE A HOME. 429

ble une preuve justificative de cette tradition et révèle une origine toute méridionale ; c'est tout l'opposé du génie anglo-saxon. On comprend que les Anglais, qui n'aiment pas le peuple italien, ne puissent souffrir le peuple irlandais. Saxons et Irlandais sont deux races antipathiques à jamais l'une à l'autre. L'Irlandais, vif, spirituel, passionné, amoureux de chants et de poésie, énergique et violent par*accès, plein d'une foi et d'une piété ardente, a plus de ressemblance avec l'Espagnol et l'Italien. L'Irlande est la Cenerentola, la Gendrillon des Trois- Royaumes; quel prince des fées lui rendra sa pantoufle et sa couronne ? Mais, en dépit de sa puissante sœur qui l'écrase, la pauvre Irlande aura toujours la sympathie du monde catholique. • *

On se plaît à Rome à penser à ce peuple héroïque des Vertes Collines qui, pendant trois siècles entiers, a rivalisé de constance avec les martyrs des premiers siècles. L'Irlande se retrouve à sa place au Golysée et dans les catacombes. Pourquoi, au lieu de s'expatrier en Amérique par cette émigration annuelle que les Anglais appellent en style biblique Y Exode, pourquoi les Irlandais ne viennent-ils pas cultiver la campagne romaine? Ils retrouveraient ici la patrie de leur foi sous le gouvernement de leur Pontife, sous la protection du cœur d'O'Gonnell ; ils retrouveraient ici des prAtres et des souvenirs de leur patrie

1 Saint Patrice avait d'abord été vendu comme esclave dans des contrées soumises à la domination romaine. On croit que ce fut dans les Gaules. Quand la vocation d'apôtre descendit sur lui, il tourna ses regards vers sa patrie et vers Rome, où il alla aux tombeaux des saints Apôtres demander sa force et ses pouvoirs au Saint-Siège apostolique.

Lorsqu'on songe quel martyre l'Irlande a souffert, pendant les trois

ROME. LETTRES I>'ïJN PELERIN.

Pendant des siècles, l'Irlande persécutée fut privée de prêtres, d'ordres monastiques, de collèges et de séminaires. L'Europe catholique s'en émut et ouvrit de pieux établissements à la jeunesse irlandaise, en Espagne, en Portugal, en Belgique et en France à Lille, Douai, Saint- Omer, Paris, Bordeaux, Toulouse et Nantes. Rome ne fut pas la dernière à offrir un asile au sacerdoce irlandais. L'Irlande a trois couvents dans la Ville Sainte. Sur le mont Pincio s'élève le monastère de Saint-Isidore; comme son nom l'indique il fut consacré au pieux laboureur patron de Madrid, et occupé d'abord par les Franciscains espagnols qui le cédèrent en 1625 au P. Luc Wadding, célèbre franciscain irlandais. Celui-ci, avec le secours du cardinal Ludovisi, neveu de Grégoire XV, agrandit Saint- Isidore et y réunit les franciscains d'Irlande disséminés en Europe, afin d'y former des missionnaires qui sussent braver la persécution en retournant prêcher la foi dans leur patrie. C'est de ce petit couvent que sont sortis une partie des évêques qui ont gouverné l'Irlande depuis 200 ans. Le collège de Saint-Isidore a envoyé aussi beaucoup de missionnaires en Amérique. Près du maître-autel se trouve le corps et 1 epitaphe du P. Wadding. Ce collège est toujours florissant.

Les murs du cloître sont couverts de fresques peintes il y a deux siècles par un frère lai, Emmanuel de Côme. Elles représentent les portraits des souverains et des princes qui ont été membres du tiers-ordre de Saintderniers siècles, pour son attachement à la foi catholique, on suit, avec plus d'intérêt encore, les pas de son apôtre, commençant sa carrière par visiter, dans le centre de l'unité catholique, les tombeaux des martyrs. 'M&r. Gerbet )

François. Le réfectoire est aussi décoré de fresques peintes aux frais du comte Fitz-William, qui visita Rome en \ 794. Mais c'est surtout la grande salle de théologie qui mérite d'être visitée par la beauté de ses peintures. Tout autour sont les portraits en pied des évêques et des docteurs que l'ordre séraphique a donnés à l'Irlande. La fresque du fond de la salle représente les Pères Wadding, Ponce Hickey et Harold travaillant, dans la bibliothèque de Saint-Isidore, à la composition de leur grand ouvrage, « les Annales des Franciscains. » Ce tableau est digne de Rome, où l'on en voit de si beaux, et lord Arundell en a fait prendre une copie exacte, il y a une vingtaine d'années, pour la décoration de son château en Angleterre.

L'église de Saint- Isidore est fort belle. Sa façade possède les statues de Saint-Isidore et de Saint-Patrice ; l'intérieur a de bons tableaux, surtout celui qui nous montre saint Joseph mourant entre les bras de Notre- Seigneur. L'expression de la Sainte Vierge est admirable, et ses regards baignés de larmes, se portant de son chaste époux à son divin Fils, semblent prévoir les nouvelles douleurs qui l'attendent. Mais ce qui, pour un Irlandais, donne surtout de l'intérêt à cette église, ce sont les monuments funéraires d'un certain nombre de compatriotes qui reposent sous la garde des pieux Franciscains. Le plus beau est le tombeau de la belle miss Octavia Bryan, qui mourut à Rome- en 1846, à l'âge de vingt ans. Sa stalue, couronnée de roses, repose sîir un lit de parade ; ses igains jointes tiennent un erttciflx, ses yeux sont fermés, et le marbre blanc reproduit dans toute leur vérité la pâleur et l'immobilité de la mort l.

» Le» Pères de Saint-Isidore jouissent à Rome d'une réputation sans

MOME. LETTRES I)'lTN PÈLERIN.

Comme leurs frères les Franciscains, les Dominicains d'Irlande qui avaient dans leur île 43 couvents, trouvèrent à Rome un abri contre la persécution; en 1677, le chapitre général de leur Ordre fit donation à la province d'Irlande des deux couvents de Saint-Sixte-le- Vieux et de Saint-Clément; cette cession eut lieu grâce au zèle du Père John O Connor,qui mourut à Rome, au mois de décembre 1678 ; son corps fut déposé à Saint-Sixte, et en J8."3, les Dominicains irlandais lui ont élevé dans cette église une pierre sépulcrale, afin de rappeler le souvenir des bienfaits dont il s'était fait l'instrument pour leur province.

Lecteur, nous connaissez déjà Saint-Sixte-le- Vieux où je vous ai mené voiries peintures du P. Besson, Saint- Sixte, le premier couvent où s'établit saint Dominique. L'Irlande catholique a donc l'honneur de posséder le

tache d'austérité et de sainteté, et ils sont recherchés pour confesseurs par lus Anglais catholiques qui vont passer l'hiver en Italie. Ils vivent en partie «les aumônes qu'ils vont recueillir dans Rome ; mai» malgré leur pauvreté, ils savent partager le pain quotidien avec les pauvres. Les Franciscains travaillent aussi à réparer les dégradations qu'ont subits h s toutes de leufl église pendant les temps qu'ils en furent eipulsés par les Français, lors de l'occupation de 1798. Les armées de la République exercèrent principalement leur spoliation sur les établissements anglais et irlandais de la Ville-Eternelle. C'était un moyen de se venger de la guerre que leur faisait la Grande-Bretagne. Les moines et les élèxes commencèrent par être rationnés et souffrirent littéralement de la faim. Je tiens ce fait du l'un d'eux, mort curé de village en France. Puis ils furent chassés, ut le couvent vendu à l'encan par les Français; ce tut le prince du PiombiuO qui s'en porta acquéreur. 11 le loua ensuite en détail à différentes familles, et l'un des Franciscains expulsés, oc pouvant se résigner à quitter son humble cellule, obtint d'y demeurer en en payant le loyer. Pendant dix-sept ans, le P. John Mac Cortbick continua ainsi à desservir l'église jusqu'à ce que le Pape Pie VII, restauré dans la chaire de saint Pierre, eût rendu aux Irlandais l'élabliseeruent eutier de Saint-Isidore.

l'irlande A ROME. 433

berceau de l'ordre des Dominicains, l'église où le saint fondateur institua la célèbre dévotion du Rosaire, dévotion si universellement répandue aujourd'hui, et qui n'est nulle part mieux pratiquée et mieux comprise que parmi les pieux Irlandais. Us" ont restauré Saint-Sixte avec un zèle plein de goût. C'est au couvent de Saint- Sixte qu'en 1646 Philippe Howard, de la famille des ducs de Norfolk, embrassa la règle de saint Dominique. Il fut plus tard créé cardinal par Clément X, et il exerça son influence pour que Saint-Sixte fût donné aux Dominicains irlandais, pendant que le couvent des saints Jean et Paul était octroyé aux Dominicains de la Grande-Bretagne.

L'église de Saint-Sixte contient les tombeaux d'un certain nombre de cardinaux qui ont été membres de l'ordre de Saint-Dominique. Mais parmi ces pierres sépulcrales, nous en avons surtout remarqué une qui porte cette épitaphe :

HIC JACET R. D. IACOBVS EVSTACHIVS ALIAS FITZ EVSTACE SACERDOS EX FAMILIA SANCTI EVSTACHII ROMANI MARTYRIS 0 HIBERNIA A SEXCENTTS CIRCITER AKNIS STAB1LITA OBIIT 5 FEBRVA. MDCCXII.

Ainsi la famille de saint Eustache, ce noble patricien martyrisé sous Trajan, et qui fut brûlé dans un taureau de bronze, était allée s'établir en Irlande, et ce pauvre

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