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ROME. LETTRKS n'i'iN PÈLERIN.
des Français comme Napoléon Ier et Napoléon III; il resta roi de France, tout en devenant chef du Saint-Empire romain par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, et obligé en cette qualité d'être le défenseur perpétuel de l'Eglise et de la Papauté.
Ce fut l'accord des deux puissances : le Pape le premier dans le monde religieux, l'Empereur, le premier dans le monde politique, tous deux unis dans la même pensée, l'extension du règne de Jésus-Christ sur la terre ; adveniat regnum tuum. Chef de la grande famille européenne, Charlemagne est l'idéal de l'empereur chrétien ; il est, dans l'ordre politique, l'image du Roi des rois. Tout à la fois le conquérant, le législateur et l'apôtre de l'Europe, il lui a donné une empreinte qui dure encore mille ans après lui. Il fut comme Constantin, Yévâque extérieur, et respecta toujours la liberté de l'Eglise comme l'honneur de sa mère. L'histoire n'a pas de plus grand nom, parce qu'il se fit gloire d'être fidèle jusqu'au bout au mandat divin qu'il avait librement accepté.
1 La chanson do Roland, cette Iliade française, ce vieux poème de Theroulde, récemment remis en lumière par M. Genin, peint Charlemagne, au moment de la bataille contre les Sarrazins, lâchant la rené à son bon cheval Tencedor, jouant des éperons, et prenant son élan devant deux cent mille hommes, se réclamant de Dieu et du Pape, que le poète appelle l'apôtre de Rome :
Recleimet Deu e l'apostle de Rome.
On troure dans ce poème un fait singulier, dont la mention n'existe nulle part ailleurs, c'est que l'oriflamme était dans le principe consacrée à saint Pierre sous le nom de Romaine, et que c'est àRoncevaux qu'elle changea ce nom en celui de Montjoie. D'après cela, l'oriflamme aurait été consacrée par Charlemagne, à Rome, devant la Confession du prince des Apôtre?.
SAINT CHARLEMAGKE.
« Ce fut un homme si grand, disait de Maistre, que la grandeur a pénétré son nom, et que la voix du genre humain Ta proclamé (fraudeur au lieu de grand \ »
« Charles, secrie Bossuetdans son sermon sur l'Unité, eut tant d'amour pour l'Eglise romaine, que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Eglise de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul, et qu'il voulait laisser à ses enfants.»
u Ce legs, remarque de Maistre, répudié par les empereurs allemands, avait passé comme une espèce de fidéicommis à la couronne de France. »
Je me promenais hier, par la pluie, sous le portique de Saint-Pierre, vestibule grandiose de la basilique Vaticane, et qui serait à lui seul une église : on l'appelle le Portique du Paradis. A ses extrémités, je contemplais les statues équestres des deux grands empereurs qui ont si bien mérité de l'Eglise. A droite, Constantin, sur un cheval fougueux, a les yeux fixés sur la croix qui brille dans le ciel. Sur la banderole qui s'en détache, on lit : « Les nations marcheront dans ta lumière, et les rois dans ta splendeur. »
En face du premier empereur chrétien veille le fondateur du Saint-Empire romain * :
1 Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été a beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué (humainement) l'Eglise catholique dans le monde, en élevant son auguste Chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines, et sans lequel il n'eût été qu'un patriarche de Constantinople, déplorable jouet des sultans chrétiens et des autocrates musulmans. (De Maistre, du Pape.)
* On vend dans les rues de Rome des éditions populaires des Reali di Francia, le plus ancien roman de chevalerie Carlovingienne en Italie.
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« Charlemagne, vengeur de l'Eglise romaine.
Le commencement de ce siècle a vu selever un empire qui semblait devoir renouveler les merveilles de l'empire Garlovingien, en restaurant la société chrétienne bouleversée par de nouveaux barbares. Son chef apparut comme un envoyé du destin , un nouveau Cyrus, pour relever les autels, rétablir l'ordre et les lois, et porter la gloire des Franks aussi loin que le petit-fils de Charles Martel. Mais il ne fut pas fidèle jusqu'au bout à sa mission providentielle. Après avoir restauré en France le culte catholique, il osa persécuter l'Eglise universelle dans la personne de son chef ; il osa s'emparer du Pape et de Rome. Alors il ressemblait à Charlemagne, comme celui qui prend ressemble à celui qui donne. Si la fin de son règne eût répondu au commencement, Napoléon Ier eût mérité d'avoir ici sa statue sous le portique de Saint- Pierre, entre Constantin et Charlemagne.
La France en république a repris, il y a quinze ans, son rôle Carlovingien et traditionnel de Fille aînée de l'Eglise. En remettant Pie IX sur le trône de saint Pierre, la France a continué son œuvre séculaire, et elle a rétabli, en 1849, ce qu'elle avait fondé en 800, par la main de Charlemagne \ Dix ans après, une poignée de volontaires
On y lit que Charlemagne descend en ligne directe de Constantin. N'est-ce pas une très-légitime filiation au point de vue de ia philosophie de l'histoire ?
» L'histoire dira que mille ans après Charlemagne, et cinquante ans après Napoléon; mille ans après que Charlemagne eut conquis une gloire immortelle en établissant le pouvoir pontifical, et cinquante ans après que Napoléon, au comble de sa puissance et de son prestige, eut échoué en essayant de défaire l'ouvrage de son prédécesseur, l'histoire dira que la France est restée fidèle à ses traditions et sourde à d'odieuses provo-
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français, à Gastelfidardo, se sont seuls souvenus de leur aïeul, le fils de Pépin. Charlemagne, a dit M. Veuillot, est l'antithèse de Néron. Au fond, il n'y a vis-à-vis de Rome et du Saint-Siège que deux genres de politique à choisir : la politique Néronienne ou la politique Carlo vingienne. Je me trompe, il y en a une troisième : la politique de Julien l'Apostat.
Puisse la France avoir toujours le droit de répéter son vieux cri de guerre, consigné dans le préambule de sa loi Salique : vive le christ qui aime les franks !
Daigne le bienheureux Charlemagne continuer à prier pour la France ; Rome aussi prie pour notre patrie ; sa prière est belle et touchante, la voici :
« Dieu tout-puissant et éternel, qui, pour servir d'instrument à votre divine volonté dans le monde, et pour la défense et le triomphe de votre sainte Eglise, avez établi l'empire des Franks, éclairez toujours et partout de vos divines lumières les fils des Franks, qui vous supplient, afin qu'ils voient ce qu'ils doivent faire pour établir votre règne dans le monde, et que, persévérant dans
cations. Elle dira que trente mille Français, commandés par le digne fils d'un des géants de nos grandes gloires impériales, ont quitté les rivages delà patrie pour aller rétablir à Rome dans la personne du Pape, le droit, l'équité, l'intérêt européen et français. Elle dira ce que Pie IX lui-môme a dit dans sa lettre d'action de grâces au général Oudinot : Le triomphe des armées françaises a été remporté sur les ennemis de la société humaine. Oui, ce sera là l'arrêt de l'histoire, et ce sera une des plus belles gloires de la France et du dix-neuvième siècle. Savez-vous ce qui ternirait à jamais la gloire du drapeau Français ? Ce serait d'opposer ce drapeau à la croix, à la tiare qu'il vient de délivrer ; ce seraitde transformer les soldats français de protecteurs du Pape en oppresseurs, ce serait d'échanger le rôle et la gloire de Charlemagne contre une pitoyable contre-façon de Garibaldi. (Discours de M. do Montalembert.)
la charité et dans la force, ils réalisent ce qu'ils auront vu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ l.
« Ainsi soit-il. »
1 Omnipotent, sempiterne Deusfqui ad instrumentum divinissimœ tua voluntalis per orbem; et ad gladinm et propugnaculum Ecclesiœ tuœ sanctœ Francorum imperium constituisti, cœlesli lumine, quatsumus, filios Francorum supplicantest scmper et ubique precveni, ut ea qua agenda sunl ad regnum tuum in hoc mundo efficiendum, vidcant, et adimplenda quœ viderint caritate et fortitudine persévérantes convaincant. Per Dominum, etc.