TOME I
chrétien n'avait pas cessé de couler depuis le Colysée jusqu'à Castelfidardo. Le ciel était sombre et voilé ; autour de Rome et dans Rome même on entendait les murmures étouffés de la Révolution, ennemie du Christ et de son Vicaire, qui n'attendait qu'un signal pour s'élancer sur sa proie, comme autrefois les bêtes féroces dans le Colysée. Vers six heures Mgr. Berthaud, évêque de Tulle, monta sur l'humble palco de bois, et sa parole souleva des applaudissements qu'il eut peine à réprimer, quand il s'écria, en montrant la croix de bois couleur de sang placée au centre de l'arène, et plantée dans ce sol imprégné de sang 1 :
Lève-loi donc ici, ô croix, oue, cnix theologa, ô croix, 6 théologienne, grande diseuse de Dieu, dresse-toi ici comme une colonne ; enseigne el parle ! Dis-nous comment ce Colysée fut l'atelier laborieux où le Christ se faisait très beau, très brillant dans ses membres; le creuset où tous les éléments se convertirent en or pur; comment tout apportait son lustre à cette beauté, à ce corps divin, la veuve et la vierge, l'enfant et le vieillard, le pauvre et le patricien. Le Romain avait bâti ce Colysée pour y employer la chair à d'horribles usages. Trois siècles la chair divinisée du chrétien vint ici témoigner splendidement, et l'on continue de venir.
C'est parce qu'il est le chef d'un si grand corps, du corps même du Christ, que le successeur de Pierre est en croix.
En effet, il est là, priant avec uous, souffrant avec nous et plus que nous. C'est le grand porteur de souffrances, l'homme chargé de lourds fardeaux. Pondus immensum terit scapulas, teril brachia. On croit qu'il trône sur des brancards d'or et repose sur la pourpre ; et on ne voit pas ses épaules labourées, ce dos meurtri, ces flancs creusés par le faix. Puis, outre le continuel labeur, n'est-il pas des heures de plus grandes souffrances ? Comme le Christ, na-t-il pas ses moments de crise? Mais il a le don de pâtir sans défaillir, de conforter ceux qui souffrent et défaillent, ne deficiant in via ! On lui dit, comme au Roi couronné
i Les fragments de ce discours ont été recueillis sur place par sou Eminence le cardinal Pi Ira.