LE TASSE A SANT' ONOFRIO
del suo padre, ed avanti a cuisoleva orare. D'autres pensent que c'est le crucifix qui lui fut donné par Clément VIII, auquel le Saint-Père avait attaché de nombreuses indulgences, in articulo mortis, en faveur du poète, qui le tint collé sur ses lèvres en mourant, et qui le légua au monastère. On garde aussi un morceau du vieux chêne sous lequel le Tasse allait s'asseoir dans le jardin des moinés. Il y a quelques années, il a été frappé de la foudre comme le poète. Tel est l'inventaire des richesses que l'illustre Misérable a laissées au couvent, qui lui prêta un lit pour mourir.
Une des choses qui m'intéressa le plus, ce fut un autographe du poète, quelques lignes seulement, adressées à Gerolamo Manso ; écriture large, irrégulière, fiévrouse.
Voici, dans un cadre, son autre lettre si touchante à ramico Antonio Constantini: Che dirà il mio signor Antonio quando udirà la morte del suo Tasso?
Don Marino Torlonia a fait don au couvent d'un petit tableau, malheureusement médiocre, qui représente le Tasse sur son lit de mort, recevant la bénédiction et l'absolution du Pape des mains du cardinal Cintio.
Je ne pouvais m'arracher à cette poétique cellule, mais la cloche rappela au chœur Frà Girolamo ; je sortis avec lui, et j'allai rêver seul dans le jardin. J'y vis le tronc mort du chêne du Tasse, la fontaine à demi écroulée, et j'allai m'asseoir sur les gradins du rustique amphithéâtre. Vous le connaissez, vous savez quelle vue de Home on a de ce petit coin de terre béni du ciel. Le Tasse est venu là. Le poète infortuné et si vraiment religieux a senti la poésie chrétienne qui s'exhale de la Ville sainte : « 0 Rome ! s'écrie-t-il dans un de ses sonnets, ce
ROME. LETTRES d'c?1 PÈLERIN.
ne sont point les colonnes, les thermes, les arcs de triomphe que je recherche en toi, mais le sang répandu pour le Christ, et les os dispersés des martyrs dans cette terre maintenant consacrée. Bien qu'une autre terre l'enveloppe et la recouvre partout, oh ! puissé-je lui donner autant de baisers et de larmes que je puis faire de pas en traînant mes membres infirmes ! »