SAINTE— SA HINE
colline. En 425, un prôtre de Dalmatie, nommé Pierre, convertit la maison de Sabine en église, comme le rapporte l'inscription gravée au-dessus du portail en lettres de mosaïque ; elle appelle ce bon prêtre un riche pour les pauvres, un pauvre pour lui-même ; pavperibvs locvples, sibipavper.
L'église est partagée en trois longues nefs par deux rangs de colonnes en marbre, qui proviennent d'un temple de J unon ; le toit est sans déguisement, comme disait le P. Lacordaire, c'est-à-dire que la voûte ne cache pas la charpente, selon l'usage des premiers siècles. C'est la basilique primitive dans toute la gloire de sa simplicité.
Je trouvai dans l'église un jeune moine balayant une des chapelles; sa figure aimable me plut, et j'acceptai ses offres de service. Il me mena au fond de la nef de droite, devant un tableau de Sassoferato, qui est bien la plus délicieuse chose qu'on puisse voir : c'est une perle, qui s'appelle la Vierge au Rosaire. Marie, du haut do ciel, tient le divin liambino, qui se penche vers saint Dominique à genoux; le saint offre à Jésus le Rosaire qu'il vient de composer, et l'Enfant le donne à sainte Catherine de Sienne, qui lui montre ses mains stigmatisées. Une des gloires populaires de saint Dominique est l'institution du Rosaire, dont le Chapelet est une fraction », Lacordaire a dit là-dessus des choses charmantes : « Le rationaliste sourit en voyant passer des
1 Le jour de la fêle du Rosaire, les Dominicains à la grand'messe bénissent les roses que chaque fidèle lient à la main. Cette gracieuse et symbolique cérémonie a lieu aussi chez les Frères-Prêcheurs de Paris, dont l'église et le couvent, rue Vaugirard, m'ont rappelé souvent les monastères de Rome.
files de gens qui redisent une môme parole : celui qui est éclairé d'une meilleure lumière comprend que l'amour n'a qu'un mot, et qu'en le disant toujours il ne le répète jamais. »
Dans cette même nef est le tombeau du cardinal Valentini, avec cette belle inscription :
Ut raoriens vixeret Vixit vt moritvrvs.
Mon jeune moine me fit remarquer une grande dalle redressée contre un mur.
« C'est sur ce lit, me dit-il, que saint Dominique se prosternait de tout son long la nuit dans l'église, pour prier sur le corps des martyrs recouverts par cette pierre tombale.
— Quelle est donc, mon Frère, cette grosse pierre noire, d'une forme bizarre, que Ton a posée au milieu de l'église sur un tronçon de colonne?
— S ignore, il y a deux traditions là-dessus : l'une veut que ce soit une pierre que Ton mit au cou d'un de nos saints martyrs pour le noyer; l'autre, que c'est une pierre que Satan jeta une nuit à saint Dominique pour interrompre ses méditations. Le P. Lacordaire, dans sa Vie du saint , a adopté cette dernière tradition. Mais venez voir le tombeau récent d'un de nos Frères.
Dans un coin obscur de la nef de gauche se cache la simple tombe de Pierre Requedat : c'était une de ces vaillantes recrues que Lacordaire amena de France, parmi lesquelles il comptait Hyacinthe Besson , jeune peintre distingué, qui a été prieur à Sainte-Sabine; Piel,