TOME I
INTRODUCTION
Ktveninl iUque CmUle* duu ariiori' du» : tcrrenaiu «ctliret «mor sut utquc ad ronl<"iiiptiiin D^i. rœlwUm *rro amorDei mque >d conl, mflum «ui. (S. Acgcstis, De Civitate Dti, XIV.)
11 est une Ville qui, depuis deux raille ans, est la capitale du monde, d'abord du monde païen, ensuite du monde chrétien. Cette cité, qui fut autrefois la cité du mal et qui est aujourd'hui la cité du bien, s'appelle Rome la Sainte ! Roma la Santa : tel est le surnom que ses premiers habitants lui avaient déjà donné, comme par un mystérieux pressentiment. Jamais, s'écrie Tite- Live, il n'y eut de Cité ni plus grande, ni plus sainte : Nec unquam nec major, nec sanctior \
Rome a un second surnom qui s'allie merveilleuse-
i T. L. Hist. 1. I. Les anciens Romains étaient un peuple profondément religieux : c'est sur ce fondement divin qu'ils avaient établi leur empire; chez eux, être impie c'était être anti-Romain. Gicéron disait : La supériorité de Rome c'est sa piété.
Les païens avaient une religion fausse, mais au moins ils en avaient une et ils auraient été fort scandalisés de voir, dans notre siècle, des gouvernements sans foi et des peuples sans croyances qui acceptent des lois et des institutions athées.
XX INTRODUCTION
ment au premier : la Ville-Sainte est aussi la Ville- Eternelle.
On sait ce que sont devenues les anciennes métropoles du monde. Babylone et Ninive ont disparu devant la malédiction de Jehovah ; Jérusalem esclave a été détruite en punition de son déicide ; la ville d'Alexandre n'est plus môme la capitale de l'Egypte; Athènes est Bavaroise ou Danoise, Constantinoplc est Turque et a failli devenir Russe. Rome seule est restée debout, dans toute la dignité de sa mission providentielle.
C'est en vue de la grandeur chrétienne de Rome que Dieu a laissé l'empire romain se fonder; l'unité matérielle de l'empire préparait l'unité spirituelle de l'Eglise : les Aigles ouvraient la voie à l'Agneau de Dieu.
Pierre succède à Romulus, à Numa, à César. A l'empereur-dieu succède le serviteur des serviteurs de Dieu qui, lui aussi, quoique sans flotte et sans armée, aspire à la monarchie universelle, mais c'est à l'empire des consciences, la plus noble, la plus sûre des dominations, parce que l'obéissance y est libre et volontaire. La puissance brutale est remplacée par la persuasion. Rome ne combat plus, elle convertit; elle parle, elle enseigne, elle règne par les idées ; ce ne sont plus des corps qu'elle gouverne avec une verge de fer, ce sont des âmes qu'elle attire à elle ; l'amour lui donne plus de sujets que la force ne lui en soumettait 1. Les vieux Romains avaient fait de
1 Pline, parlant du triple nom de Rome, remarque qu'en retournant
INTRODUCTION. XXI
Rome le centre politique du monde ; les vieux chrétiens en ont fait le centre religieux. Rome antique eut pour mission de porter ses conquêtes matérielles jusqu'aux limites de l'univers connu des anciens; Rome chrétienne a pour vocation d'étendre les frontières de la vérité dans l'empire libre et sans bornes du cœur humain.
Virgile était véritablement prophète, vates, quand il attribue à Rome un empire sans limites et sans terme de durée1 :
His ego nec mêlas rerura nec tempora pono. Imperium sine fine dedi.
Pendant cinq cents ans, Rome fut la capitale de l'unité politique ; depuis dix-huit cents ans, c'est la métropole de l'unité religieuse. Elle est, selon les expressions de l'historien du Pape saint Pie V, « La Cité perpétuellement souveraine que Bossuet salue du plus magnifique hommage en lui remettant la clef des temps, et qu'il place au centre de l'histoire du monde, comme l'éternel pivot du genre humain. »
S'il nous était permis, à propos de simples lettres de
le mot Roma, on trouve >4mor. Varron prétend que l'étymologie de Rome est ruma qui signifie mamelle ; c'est encore un beau nom pour cette mère des nations qui nourrit le monde du lait de la Vérité. Mais Roma surtout veut dire Amor, la haine n'y régnera jamais, tant que les Papes la gouverneront.
i L'empire sans Gn, prophétisé par Virgile, a sa réalité depuis que Rome est devenue le patrimoine de Pierre, car l'empire de Rome chrétienne, qui ne finira qu'avec le temps, se relie au règne éternel du Christ, dont Pierre est le vicaire ; il se relie « au seul règne qui n'aura pas de fin. » Mgr. l'évèque de Poitiers.)