‹ RomeChapitre 30 sur 133 · LE PRIEURÉ DE MALTE · texte numérisé non relu

LE PRIEURÉ DE MALTE

Saint Alexis. — Ias palais de la Belle au Bois dormant. - L'église de Sainte-Marie-Aventiuc. — L'ordre de Malle et l'armée pontificale.

Ce matin, après avoir vu Sainte-Sabine, j'ai voulu \isiter le monastère voisin de Saint-Alexis, mais la porte en est close; les moines espagnols font leur sieste, et je ne puis me faire ouvrir.

En in avançant plus loin, sur le croupe extrême de l'Aventin, je me trouve au milieu d'un demi-cercle architectural entouré de pilastres bizarres et d'emblèmes chevaleresques, parmi lesquels brille la croix de Malte; monument élevé eu 1765, sur les dessins de Piranèse, par le cardinal Rezzonico. Devant moi se dresse un grand muret une porte fermée, d'un aspect menaçant, comme celle du château de Matilda di Sabran :

A CUI ENTRA NON CH1AMATO sara' IL CRANIO FKACASSATO.

En regardant par le trou de la serrure, j'y trouve le dôme de Saint-Pierre, qui me donne juste dans l'œil : c'est une jolie surprise ménagée par l'architecte aux cu-

LlvTTKK IX.

l£ PRIEURÉ Dt M AL I L

rteux comme moi. Saint-Pierre est à une lieue d'ici, audelà du Tibre. Je pousse la porte mal fermée, elle cède; j'entre hardiment comme un prince des Contes de fées, destiné à accomplir quelque aventure mystérieuse et à rompre quelque pxand en< hautement. En effet , on >" croirait dans le palais de la Belle au Bois dormant. Me voici dans un beau jardin abandonné, smis une charmille de buis et de chênes \erts, auprès d'une fontaine croulante, dont le bassin est tari. Je trouve encore, au bout de l'allée, Saint-Pierre en perspective. J'arrive a une terrasse ayant une vue superbe sur le Tibre et sur Rome. A ma gauche, une église délabrée, un palais [dus délabré encore, avec une tourelle bizarre et des armoiries singulières (pie je ne puis déchiffrer; du reste, pas un être vivant. Intrigué, mais las de la chaleur et. du soleil, j'allume un cip are, et je m'assieds tranquillement dans un bosquet de lauriers entre un urand palmier et un beau poivrier en fleurs, attendant que le mystère s'éVlaireisse et que la fée apparaisse. Elle (n'apparut enfin sous la forme d une belle et forte contadina romaine, tenant dans ses bras un petit enfant de cette façon particulière aux italiennes; ce qui leur donne des poses de madones, ou plutôt ce sont elles qui ont servi de modèles aux peintres de Marie.

Je lui demandai où j'étais.

— Signor mio, è Vantico priorato dei cavalieri di Mafia 3 ecco fa chiesa di Sania-Maria A verUinaia e sono io la custode det pafazzo, e la cicerona dei signor i foresticri.

Cette église fut élevée à la place du fameux temple de la bonne Déesse, dont les honteux nivstères nous furent

HOME. LETTRES d'lIS PÈLERIN

révolés par Gicéron et Jirvénal. L'oncle de saint Grégoire VII était abbé de Sainte-Marie du mont Aventin ; c'est ici que fut élevé son neveu, le jeune Hildebrand. Ce couvent devint plus tard un prieuré de Malte. La contadina me fait parcourir le palais édifié par saint Pie V ; il a une admirable vue.

L'église de Sainte-Marie Aventinc a été dévastée par le canon pendant le dernier siège de Rome ; Romains et Français s'en emparèrent tour à tour, à cause de sa position stratégique. L'Ordre de Malte vient de la restaurer. On y conserve les tombeaux de plusieurs grands maîtres et prieurs de Y Ordre.

Voyez ce sarcophage antique sur lequel les Muses sont sculptées autour d'un poète qui tient ses œuvres à la main ; aux deux extrémités, Pythagore fait pendant à Homère. On croit cette sculpture de l'époque de Trajan. C'était sans doute le tombeau d'un poète romain, et d'un poète très riche, pour se permettre un pareil monument ; Horace et Virgile n'en curent pas un semblable. Ce sarcophage renferme maintenant les os du cardinal Spinelli. Là aussi est enterré le fameux Piranèse qui donna les plans de cette église, et dont les vues de Rome sont si estimées.

De la terrasse de l'église, la custode me fait voir le mont TestacciO) la montagne des Pots-Cassés, d'où le Poussin allait voir le soleil se coucher sur Rome.

J'aime ces ordres militaires et religieux, ces moinessoldats qui priaient et qui combattaient tour à tour. L'Ordre de Malte, né à Jérusalem, a une noble devise: Non œs sed fides. Il existe encore.

Il n'y a plus de grand maître depuis la destruction

LE PRIEURÉ l>i: MALTE.

officielle de Tordre. Le grand prieur actuel est le cardinal Feretti, et le lieutenant du magistère est l'ambassadeur d'Autriche comte Çolloredo.

Dès 18»0, la presse française a discuté un projet attribué au cardinal Antonelli par l'Observateur Romain : c'était de proposer aux puissances protectrices du Saint- Siège de créer, pour garde et armée du Pape, un corps à l'exemple des chevaliers de Malte, formé de volontaires choisis parmi toutes les nations catholiques.

En 1860, l'imminence des dangers de Pie ÏX réalisa tout à coup ce projet. La Moricière créa au Pape une armée de volontaires qui n'a pas été vaincue, mais qui a été assassinée dansleguet-apens de Castelfîdardo.

Page 1