‹ RomeChapitre 32 sur 133 · TOME i · texte numérisé non relu

TOME i

main; il fixait le soleil de ses yeux d'aigle, souriait et regardait l'horizon comme plongé dans une grave béatitude. J 'aperçus près de nous un jeune arbre empaillé et si bien emmaillotté dans ses langes comme une momie égyptienne, qu'on ne l'entrevoyait que par une étroite ouverture qu'on lui avait ménagée en plein midi, pour qu'il ne pût rien perdre des rayons du soleil.

— « Padre, quel est donc ce hôte si frileux ?

— Un de nos Pères l'a rapporté de Jérusalem , où , comme vous savez, notre Ordre est gardien del Gran Sepolcro di Christo. Mais, malgré toutes nos précautions, le pauvre arbre a froid ici, il ne vivra pas ; le soleil romain ne lui suffit pas. »

Le moine cessa de parler, et je ne songeai à renouer la conversation qu'en le voyant regarder avec attention les montagnes d'Albano.

— « Padre, que regardez-vous ainsi !

— Les montagnes ont peu de neige cette année : c'est un mauvais signe pour les fruits de la terre.

— Vous avez ici un beau panorama, mais votre vie est bien resserrée dans cet étroit coin de terre.

— L'espace me sera encore plus strictement mesuré quand je serai sous terre , mais qu'importe I l'âme est libre et fera d'elle-même , l'anima è libéra e farà da se.

Puis il me cita en latin ce verset de Job : « Je mourrai dans ce petit nid que je me suis fait, et je multiplierai mes jours comme le palmier. »

Une cloche sonna, et le moine disparut.

Je restai là longtemps encore ; cette citation de Job, le poète arabe, l'émir pasteur et guerrier de l'Idumée, cette fontaine, cette terrasse inondée de soleil, cet arbre de

TERRASSE DES PALMIERS

Judée, ambassadeur de Jérusalem à Home, venu ici pour nous parler d'un climat plus chaud encore que celui d'Italie, et loin duquel il languit et meurt ; ce ciel enfin d'un bleu si cru, sur l'azur duquel se dessinent ces deux palmiers de Syrie, tout me rappelait l'Orient, le pays des tentes patriarcales et des grottes prophétiques, le pays que j:ai tant de fois rêvé en lisant les scènes primitives de la Bible. Rome et Jérusalem! les deux Cités saintes qui résument toute l'histoire de la religion et de l'humanité, l'une avant, l'autre après la Venue.

Jérusalem, c'est la ruine des ruines, la désolation des désolations; elle est aux mains des Turcs, et les schismatiques nous \ disputent le saint Tombeau. A Jérusalem, tout rappelle la Passion et les ignominies du Sauveur; au contraire, à Home, on jouit pleinement de la victoire du Crucifié et ses disciples : c'est le triomphe permanent du Christianisme.

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