‹ RomeChapitre 36 sur 133 · QVI GIACE DON GARCIA LOZANO · texte numérisé non relu

QVI GIACE DON GARCIA LOZANO

1 Le fameux corsaire Barberousse H brûla Fondi de rage de n'avoir pu y surprendre la belle et spirituelle Giulia Gonzaga, comtesse de Fondi dont il voulait faire hommage au sultan Soliman 11. La nuit où le corsaire pénétra dans la ville, Giulia fut éveillée et emportée a demi nue par un gentilhomme que sa jalouse et ingrate pudeur fit ensuite punir de mort.

Admirez le capricieux changement ! Ce cœur de marbre s amollit tout à coup, ces yeux secs se mouillèrent; la voilà qui récite le monologue d'Hamlet ; elle se coiffe de fleurs comme Ophélie ; elle affecte ou ressent des symptômes de folie shakspearienne; bref, on pourrait en faire tout un drame qu'on intitulerait comme celui de Calderon : Amar despues de la muer te, Aimer après la mort. Je me contente de vous rapporter le récit de la signora; elle ne comprenait rien à cet amour posthume, à cette passion du nord, si longue à se former et qui n'éclate que sur un tombeau ; elle nous dit en finissant , comme morale de l'histoire : « Une Italienne n'aurait pas fait cela; elle eût peut-être oublié Lozano mort, mais elle l'eût aimé vivant. »

Voilà une longue lettre ; puissiez-vous avoir à la lire autant de plaisir que j'en ai eu à vous l'écrire 1 Quelle plus grande joie encore quand je serai auprès de vous tous, et que vous me ferez conter Rome, comme dit madame de Sévigné 1 !

E per fine, carissima signora zia, le bacio con la dovuta reverenza le mani.

1 « Nous allâmes nous promener, nous nous assîmes dans le fond de ces bois; pendant que les autres jouaient au mail, je lui faisais conter Rome, et par quelle aventure elle avait épousé M. de Chaulnes. » (Lettre du 23 août 1671.)

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