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TOUR

Poésie hébraïque : grave, triste et solennelle ; langue que le Créateur parla, sans doute, au premier homme, langage primitif de l'humanité, instrument poétique de Moïse, de David et Job.

Chant syriaque : doux et plaintif, déclamé par Joseph Nasralla du Liban *.

Chant chaldéen, par David de Mossul.

Sonnet arménien, très mélodieux, par Michel Ferachian de Damas.

Églogue arabe, dialoguée par Giusich Nasarian de Mardin en Mésopotamie, Ferachian de Damas, et Simon Baraie d'Achmin en Egypte.

L'arabe semble guttural et cadencé comme le galop d'un cheval du désert. Cette langue hennit au bruit de la trompette comme le coursier de Job.

Ode géorgienne, par Simon Kajabegow de Akalzike en Géorgie, musique guerrière et retentissante.

Élégie persane , par Giorgio Chaiat de Mossul ; chant mélodieux et aspiré, qui fait rêver aux poésies de Saadi, le poète des roses; mais toutes ces molles langues d'Asie se concertent aujourd'hui pour prendre un accent plus mâle , et chanter les grandeurs du vrai Dieu.

Chant kurde, par Paul Emmavelian de Telermen en Mésopotamie.

Prose birmane, par Giorgio de Crvz de Rangoon, dans l'empire Birman.

Prose bengalese : chant d'oiseau de paradis, dialogue

1 J'aime à noler ici les noms de ce» jeunes apôtres; peut-être un jour en retrouverons-nous quelques-uns cités comme martyrs dans les Annales de la Propagation de la foi.

LA FÊTE DES LANGUES

par Guglielmo Qvinn de Calcutta, et Adolfo Medlycott de Chittagong, dans les Indes.

Poésie turque : large, mâle et sonore ; langue guerrière qui ne va plus à la bouche des Turcs dégénères, par Pasquale Nvrigian de Constantinople.

Prose classique chinoise, sur le saint de Chiun Jun de Kum-Ci.

Je donne la palme au chinois ; c'est une langue femelle, une langue délicieuse, une mélodie enfantine et gazouillante; on dirait une flûte, un haut-bois, un pipeau et parfois un mirliton; idiome plus suave et plus caressant à l'oreille que l'italien lui-même, langue balbutiante et efféminée d'un peuple resté en enfance, dont le langage est une musique et l'écriture une peinture à l'aquarelle \

Poésie en copte de Memphis, par Abraham Bisciai de Hammas en Egypte.

Poésie en copte de Tiières, par Simon Baraje de Achmin en Egypte.

Poésie éthiopienne, par Zaccaria Cahen d'Oxum, langue dure et forte.

Prose d'AMARicA, par Maria Tesfaje d'Adna en Abyssinie.

Elégie en grec antique, par Andréa Timoni de Smyrne.

Chant grec moderne, par Jean MARANGode Syra.

Le grec est toujours la langue de miel, la langue d'Homère, non moins belle sur les lèvres de saint Jean Bouche-d'Or que sur celles de Démosthènes ; mais quelle différence morale entre Homère racontant tout naturelle-

1 Dans l'écriture chinoise l'idée de la dispersion est exprimée par une tour, souvenir de Babel, dont la Propagande est l'antipode.

ment que Laertes acheta Euryclée au prix de vingt bœufs, *s«xo<r«t5ot« o 6âWv, et saint Basile s'écriant : « Dans la nature il n'y a point d'esclaves, »

Deepà ctvQpiinoiç rn yvcrti oWoç ovSctç *.

Mais que j'aime dans Homère ce beau vers tout chrétien : « Tous les hommes ont besoin de la Divinité : »

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Chant latin sur les fureurs d'Hérode. C'est toujours le noble idiome, ferme et concis, la langue conquérante universelle, la langue vraiment catholique, qui envoie encore ses ordres, datés de la Ville-Eternelle, aux cinq parties du monde.

Poésie française, déclamée un peu trop emphatiquement parle jeune Albert Thévenin de Marseille.

Je ne me rappelle pas assez cette pièce pour la citer ; je vous envoie quelques strophes de celle que Mgr. Gerbet a entendue à la Propagande, il y a quelques années.

Quand Babel eut troublé l'unité du langage, Us langues, se fuyant par un instinct sauvage, Quittèrent leur berceau pour n'y plus revenir ; Mais le Verbe a pitié de leur foule égarée, Si la tour de l'orgueil l'a jadis séparée. L'humble crèche d'un Dieu saura la réunir

Rome ! c'est dans ton sein que leur accord s'opère ! Dans ce chaos de mots qui divise la terre

» De Spîritu saocto, 20.

* Oily*sée, m, v. 48.

LA FÊTE DES LANGUES

L'harmonie apparaît dès qu'on prie avec loi : Ton hymne universel est le concert des âmes, Le Dieu de l'unité que seule tu proclames En nos accents divers entend la même foi.

Sur tout rivage où peut ahorder une voile, Tes apôtres s'en vont, guidés par ton étoile, Des peuples renouer l'antique parenté :

La vérité refait ce qu'a détruit le crime, Et Rome, de Babel antipode sublime, Du genre humain épars reconstruit l'unité.

Poésie espagnole. « C'est la langue qu'il faut parler à Dieu, » disait Charles-Quint.

Ode portugaise, par Teodoro Ribeira de Rio-Janciro. Le portugais est l'italien de la péninsule ibérique.

Églogue italienne. L'italien est bien véritablement le rossignol des langues européennes.

Voici, après ces doux idiomes du Midi, les rudes dialectes du Nord.

Poésie celtique dans le rhythme énergique d'Ossian, chantée par John Caméron de la Nouvelle-Ecosse.

Poésie irlandaise, par Auguste Keane de Cork. Les Irlandais prétendent avoir une origine toute méridionale. J'avais auprès de moi un prêtre d'Erin, qui pleurait en écoutant l'antique idiome de sa patrie. Erin-go braught, c'est la devise de l'Irlande.

Poésie écossaise, par William Spence d'Invereskandy ; on dirait une langue forgée à coups de marteau par l'ancien forgeron de Gretna-Green.

Vers anglais, déclamés par Edward Mac-Glvnn. Dans ce congrès des langues, l'anglais nous a paru long, criard et sifflant. L'assemblée se mit à rire en l'entendant, sans

respect pour la langue de Shakspeare et de Milton ; mais il ne s'agissait ici que du son et de l'harmonie, et à ce point de vue l'anglais semblait une fausse note dans ce concert universel.

Vers allemands, langue hennissante. Gulliver raconte qu'elle était parlée par les Houyhnhrwis.

Dialogue suisse sur ce sujet : Un paysan suisse et son fils devant les tapisseries de Raphaël au Vatican. Ce dialecte suisse est âpre et rude comme ses montagnes.

Poésie hollandaise. Un savant hollandais a fait un gros livre pour prouver qu'Adam et Ève parlaient le hollandais; je ne leur en fait pas mon compliment.

M. Cari Holfeldt d'Arendal en Norwége, nous récite une ode Scandinave et une poésie en langue laponne. Eh bien! le laponien n'est pas aussi laid qu'on le croirait; il est doux et monotone comme les neiges éternelles de la Laponie.

Je ne parle que pour mémoire des poésies albanaises, hongroises, maltaises, moldaves, etc., que nous entendons. La séance s'est terminée par plusieurs chants nationaux fort applaudis.

Ce qui m'a frappé dans plusieurs de ces langues, c'est le nom de Dieu ; JeHoVaH en hébreu1 ; e*ô? en grec, mot large, sonore, harmonieux ; Deus en latin grave et ferme ; Dio en italien est gracieux et musical ; Dios en espagnol, est pompeux; ce pluriel rappelle les désinences du grec ; Dieu est un monosyllabe bref wet clair comme le génie

t Cblui qui bst. Les Hébreux et les Juif» encore ne le prononcent jamais par respect; ils l'appellent le Nom. L'hébreu a encore pour désigner Dieu Adonai, qui signifie Sei neur, et El, le Tout-Puissaut.

LA FÊTE f>ES LANGUES

français f. Dans les langues du Nord, God, Gott, (lud, n'ont plus aucun rapport avec les Langues de souche latine. En polonais, Dieu se dit tioze, en hongrois fstenem, en hi bernois DMa.

Le cardinal Mezzofanti a laissé le manuscrit précieux d'un ouvrage où il prouve l'unité fondamentale de toutes les langues, divisées en trois dialectes correspondant aux trois races humaines : langues el races japhétique, sémitique et chamaïque.

En voyant à la Propagande tous ces échantillons des langues et des races humaines, je pensais à cette scène delà Bible, où Noé, sorti de son mystérieux sommeil, prédit à ses tils leurs destinées et celles de leurs descendants. Le patriarche distribue les bénédictions et les malédictions suivant la conduite que chacun de ses trois enfants a tenue à son égard * ; et mais voyons encore, après tant de siècles, l'oracle paternel s'accomplir littéralement sous nos veux. Chanaan l'Africain est encore esclave des esclaves de ses frères ; Sem habite, immobile, sous ses tentes ; Japhet dilate sans cesse ses pavillons, et les filante jusque dans le domaine de ses frères. Chose vraiment remarquable! tandis que l'Asiatique, hl> «le Sem, et l'Africain, enfant de Chain, restent enfermés dans les limites de leur territoire, les Européens, enfants de Japhet, oudax Japheli genus, forment des établissements dans

• Même observation pour otvoç, vinum, rino, vin. etc. Il grenio délia liogae é propriamente l'espressione del genio nazionale. (Algarotff).

> Evigilans autem Noe ex vino, quùm didîctsset qnas fecertt ei filins mius minor, ait: Maledictus Chanaan, servus servoriuii cril fratihus suis Dixitque: Bcncdictns Dominus Deu* Sein; sit Chanaan semis ejns. Dilatet Deus Japhet et habitet in tabcrnaculis Sem, sitque Chanaan strvus ejus. (Gen. ix, 24-28.)

toutes les parties du monde, dans les terres de Sem et de Chanaan \

Ce qui a fait la supériorité constante de l'Européen, c'est le Christianisme qui Ta élevé et qui lui a infusé sa force vitale dans une goutte du sang du Christ. Qu'est-ce qui a réuni et apprivoisé toutes ces langues diverses et leur a appris à chanter le môme Dieu ? Ce sont les missionnaires européens.

Voilà ce que j'ai vu à la Propagande, voilà ce qui ne se voit qu'à Rome 2.

L'Orgueil, ce Titan de la haine et de la division, dressa contre le ciel la tour de Babel, et fit naître la confusion

1 M. l'abbé Gaume, Tlistoire de la Famille.

* Une des curiosités polyglottes de Rome c'est aussi ce vaste recueil où, d'après l'ordre de Pie IX on a réuni, dans leurs langues respectives, les lettres ou mandements, instructions, écrits des évèques de toutes les parties du globe sur la nécessité du pouvoir temporel des Papes. Ce recueil fait le tour du monde, et offre, dans l'unité de doctrine, une diversité de nuances nationales intéressante à observer. La France s'v

distingue par le côté militant, et la polémique éloquente, l'Angleterre et l'Irlande par le sens pratique, l'Espagne par un accent chevaleresque et religieux, l'Italie par la science théologique. L'Asie. l'Amérique, l'Australie et l'Océanie ont aussi parlé par la voix de leurs évêques. La lettre d'un missionnaire nous apprend que le récit des attentats des enuemis de l'Eglise contre la Papauté a vivement excité la douleur et l'indignation des sauvages de l'Oregon: « Pourquoi, se sont-ils écriés, pourquoi notre père le Pape ne nous appelle-t-il pas à son secours ? Nous n'avons pas d'argent à lui envoyer, mais nous avons des arcs, des dagues et des fusils; nous savons nous battre, et si nous ne pouvions vaincre, nous serions heureux de mourir pour le jeune saint Pierre (le successeur de saint Pierre), qui tient la place de Jésus-Christ! 0 toi, Robe-Noire, Chilos, notro père d'ici, écris un papier ù notre père le Pape; dis-lui de nous envoyer un navire et nous irons tous augmenter le nombre de ses soldats ; dis-lui que nous l'aimons sincèrement et que, pleins d'un saint respect pour lui, jamais ses enfants sauvages n'oseront le contrisler, comme font quelques-uns de ses enfants blancs, qui connaissent Dieu et ne savent point comment ou doit traiter celui qui le représente. (Lettre du P. Chirousse 0. M. I.)

LA FÊTE l»ES LANGUES.

et la séparation des langues humaines. L'amour de Dieu et du prochain, la Charité, source de paix et d'union, a fondé la Propagande pour répandre partout, par l'étude des langues, la vérité chrétienne, et réunir les peuples séparés dans la sublime unité de la foi. Les missionnaires sont les premiers pionniers de la civilisation. Jamais peuple n'a été civilisé que par la religion. Aujourd'hui plus que jamais, et sans qu'on y pense, les voies sont ouvertes aux missions ; la vapeur, l'électricité, toutes les inventions du génie humain pour se dilater dans toute l'étendue du globe, servent déjà, et serviront de plus en plus, nu but unique et suprême, à la propagation universelle de l'Evangile. Là est seulement l'espoir de l'avenir, le progrès légitime et véritable de l'Humanité.

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