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LA FARNÉS1NE ET LA MINERVE

Raphaël devenu païen à la Farnesina.— Son tombeau au Panthéon. — Kglise et couvent de Sainte-Marie-sur-Minerve. — Pierre sépulcrale île Frà Angelico. — Li bibliothèque des dominicains, cl la complaisance des conservateurs.

Passons le pont Saint-Ange, saluons Saint-Pierre et Sant' Onofrio ; enfilons la longue et solitaire rue de la Lungara; laissons de côté YOrto Botanico, qui n'est pas de notre compétence, et le lourd et imposant palais Salviati, florentin d'architecture et de nom. Voici à droite le palais Gorsini, et à gauche le Palazzino de la Farnésine, petit de taille, mais charmant et décoré du haut en bas par le Sanzio. C'est le banquier Agostino Chigi qui le fit construire en 1512, par Baldazzarre Peruzzi, pour recevoir Léon X et sa cour. Il donna à ses convives un plat de langues de perroquets, et fit jeter, après le repas, toute sa vaisselle d'or et d'argent dans le Tibre, afin qu'elle ne servît plus à personne. Chigi n'estimait son palais que parce qu'il était peint par Raphaël. Chose remarquable ! en Italie Yaryent môme est artiste. Les banquiers floren-

tins, les marchands vénitiens, ont protégé et encourage les arts plus que personne. Le dernier des banquiers romains, Torlonia, a élevé un charmant palais décoré de fresques modernes. C'est ennoblir l'argent que de le vouer à l'art. La Farnésine est aujourd'hui au roi de Naplcs, héritier des Farnèse ; il y loge les jeunes artistes napolitains qu'il entretient à Rome. Vous savez ce qu'on voit ici : tout est plein du souvenir de Raphaël et de la Fornarina. C'est le Triomphe de Galathée ; c'est le poème de l'Amour et de Psyché mis en action. Raphaël s'est fait Grec; on dirait des fresques retrouvées d'Apelle et de Zeuxis; mais en se faisant Grec il s'est fait païen, et pour lui c'est descendre. Je ne reconnais plus ici le peintre des madones, l'élève du Pérugin et du Beato. Croyez-vous à l'authenticité de la Carte de Visite de Michel-Ange, de cette tôte colossale dessinée au charbon sur le mur et laissée par lui en l'absence de Daniel de Vol terre? Le palais de la Farnésine est fort délabré; le jardin ne l'est pas moins, mais la nature y prend sa revanche. On y trouve un bois d'orangers sous lesquels on a planté des choux et des broccoli. Utile dulci! souvenir de la simplicité républicaine de Cincinnatus et de Fabricius. Ce jardin s'étend jusqu'au Tibre; là on a une jolie vue, un petit tableau tout fait, dont le fond est occupé par le château Saint-Ange; puis, au-delà du Tibre, l'église de Saint-Jean-des-Florentins, les débris des piles du Pont triomphal, et le cours tortueux du Tibre jaune, bordé de maisons pittoresques qui se suspendent sur les flots.

En revenant passons à l'église de Saintc-Marie-des- Martyrs(lc Panthéon), saluer pour le tombeau de Ra-

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