LA FARNÉS1NE ET LA MINERVE
phaël l. Il ordonna dans son testament de prendre sur ses biens de quoi restaurer dans cette église la chapelle de la Vierge, et d'assigner pour son entretien une rente annuelle, dont fut grevée une de ses maisons, qu'on montre encore à Rome, via Deyli Coronari. Il fut enterré au-dessous de l'autel où lcsculpteur Lorenzo Lotti, son ami , é\e\ a la grande statue de Marie appelée la Madonna dcl Snsso.
Voulez-vous venir avec moi faire un pèlerinage à la tombe d'un autre peintre, laquelle m'attire encore plus que celle de Raphaël. C'est la tombe du Beato. Entrons dans l'église de Sainte-Marie-sur-Minerve, en passant par le grand cloître des Dominicains. Le nom de cette relise lui vient du temple de Minerve élevé par Pompée, sur l'emplacement duquel elle a été bâtie.
Rome a beaucoup d'églises du moyen-Age dont les clochers nous montrent l'ogive naissante qui allonge sa pointe auprès du plein-cintre roman : telles sont Sainte- Marie-Majeure, Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-in- Cosmedin, les Saints Jean et Paul, Sainte-Praxède , Sainte-Croix-de-Jérusalem, Saint-Eusèbc... etc. L'église de Sainte-Marie-sur-Minervc est une belle et noble église, du XIVe siècle, qui est Française en quelque sorte par son style ogival, et parce qu'elle a été restaurée par les Dominicains de la réforme française, sous le gouvernement du P. Jandel, de Nancy, le disciple cl. l'ami du P. Lacordaire. Les Romains en sont tout ébahis et comprennent enfin le goticLsmo, comme disait Alfieri qui parlait avec tant de mépris de notre architecture
1 Quatromère de Quincy, dans sa Vie de Raphaël, cite des preuves assez, fortes qui contredisent l'opinion accréditée sur la cause de la mort du Samio. H mourut dans les sentiments les plus chrétiens, le 7 avril 1520.
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gothique, qui est l'art français par excellence. On admire à la Minerve la nouvelle rosace au milieu de laquelle la Reine des anges semble dire qu'elle est la Reine de ces lieux, et les grandes fenêtres ogivales ornées de splendides verrières, où saint Dominique, saint Pie V, sainte Catherine de Sienne, saint Pierre martyr, et d'autres, nous apparaissent , éclatants et radieux , dans ce ciel dominicain ; ce sont des religieux de l'Ordre qui ont dressé tous les plans de restauration et ont constamment présidé à leur exécution. L'un d'eux est mort à la peine, et son nom se lit avec attendrissement dans un coin de l'œuvre qu'il laissait inachevée, mais dont il avait assuré par ses dessins la continuation et l'achèvement. Mort douce, peuton dire, pour un artiste chrétien, puisqu'elle lui permet de reposer sous le même toit que le modèle de tous les artistes, cet Angclico de Fiesole qui a mérité le nom de Bienheureux, le Beato.
A gauche du chœur, dans un large couloir qui mène à une porte de sortie, voici à gauche une simple pierre tombale, enchâssée verticalement dans le mur; le moincpeintre y est grossièrement sculpté en bas-relief, dans sa robe de Dominicain, les mains jointes, la tête inspirée, la bouche entr'ouverte pour prier, tel qu'il fut pendant sa vie, tel qu'il fut surtout à l'heure de sa mort. Il mourut ici, au couvent de la Minerve, à l'âge de soixantehuit ans. A ses pieds on lit ces mots : Hic jacet venerabi- /« pictor Fr. P. de Flo. Ordinis prœdicat. 1455. Et au-dessus on lit cette épitaphe, composée par le pape Nicolas V.
Non imhi si! laudi, quod eram velut alter Apelles, Sed quod lucra tuisomnia, Christc, dabam :