LA FARNÉSINE ET LA MINERVE
Altéra nam terris opéra exstant, altéra cœlo; Urbs me Joannem flos tulit ^truri* *.
Ne en 1387 à Mugello près Florence, il prit à vingtet-un an, à Fiesole, l'habit de Saint-Dominique : « Frère Angélique, dit Vasari, eût pu vivre commodément dans le siècle, et en outre de son héritage, gagner ce qu'il aurait voulu avec l'art qu'il avait cultivé dès sa jeunesse ; mais pour son repos et sa satisfaction personnelle, étant d'un caractère doux et posé, et voulant avant tout pourvoir au salut de son âme, il préféra se faire religieux dans l'Ordre des Frères-Prêcheurs. Si l'on peut en effet servir Dieu dans tous les états, il est néanmoins dés âmes pour qui un cloître vaut mieux que la vie du siècle pour le salut. Frère Angélique se fit moine sans renoncer à sa vocation non moins décidée pour la peinture, conciliant ainsi le soin de son bonheur éternel avec l'acquisition d'une éternelle renommée sur la terre. »
L'église de la Minerve est encombrée de tombeaux ; on les a mis les uns au-dessus des autres jusqu'à la voûte. Voici celui de Léon X, et celui de Guillaume Durand évéque de Mende au XIIIe siècle, le célèbre auteur du Rational des divins offices. Son tombeau est magnifiquement sculpté par Jean, fils du fameux maître Cosme. Sous le maître-autel de l'église, repose la perle de l'ordre Dominicain : les colonnettes de cet autel, chargé d'émaux, laissent voir à travers leurs ogives le corps de sainte Catherine de Sienne.
1 Qu'on ne me loue pas de ce que j'ai peint comme un autre Apelle, mais de ce que j'ai donné tout ce que je gagnais à les pauvres, 6 Christ! J'ai travaillé pour le ciel en môme temps que pour la terre; je m'appelais Jean ; la ville qui est la fleur de l'Êtrurie a été ma Patrie.
Cinq papes sont enterrés à Sainte-Marie-sur-Minerve ; Léon X, Clément VII, Paul IV, Urbain VII, Benoît XIII. L'énorme tombeau de Léon X n'est digne ni de lui, ni de son siècle.
La Minerve possède beaucoup d'objets d'arts : un Christ du Giotto, une Annonciation de Benozzo Gozzoli, un saint Thomas d'Aquin attribué au Beato. Voici enfin le grand Christ triomphant de Michel-Ange, dont la réputation alla jusqu'à François Ier, qui écrivit cette lettre au grand artiste :
« Sieur Michel-An gelo,
« Pour ce que j'ai grand désir d'avoir quelques besongnes de votre ouvrage, j'ai donné charge à l'abbé de Saint-Martin de Troyes (François Primatice) , présent porteur que j 'envoyé par-delà, d'en recouvrer, vous priant, si vous avez quelques choses excellentes faites à son arrivée, les lui vouloir bailler, en les vous bien payant , ainsi que je lui ai donné charge, et davantage vouloir être content pour l'amour de moi qu'il molle le Christ de la Minerve et la Notre-Dame de la Fèbre, afin que j'en puisse aorner l'une de mes chapelles comme de choses qu'on m'assure être des plus exquises et excellentes en votre art.
« Priant Dieu, sieur Michel-Angelo, qu'il vous ait en sa garde.
« Escrit à Saint-Germain-en-Layc, le 6iii jour de février mil cinq cent et quarante-six.
« Signé : François.
<( Signé : Laubepine. »
LA FAKiNÉSINE ET LA MINERVE.
Les Dominicains de la Minerve ont été obligés de donner une partie de leur cloître à des troupes françaises. Je vais souvent travailler à leur bibliothèque qui est la plus considérable de Rome, et qu'on appelle la bibliothèque Casatanense, du nom du cardinal napolitain qui lui a fait les dons les plus généreux. La grande salle possède la statue de ce cardinal, exécutée par le sculpteur français Legros. On lit dans le vestibule une inscription en l'honneur du pape Clément XI, bienfaiteur de la bibliothèque ; des anges en marbre portent un cartouche où est inscrit ce passage du livre des Machabées : Construens bibliothecam congregavit de regionibus libros. (2 Mac. C. 2. 13.)
Les portraits des moines qui ont été bibliothécaires ornent la grande salle, h l'entrée de laquelle s'élèvent deux chaires en simple bois, où stationnent deux blancs dominicains qui sont là au service des travailleurs, comme les statues vivantes de la science et de la méditation. Dans cette bibliothèque, le silence nécessaire à l'étude n'est jamais interrompu, à moins cependant que la cloche de l'église ne sonne une agonie. Alors trois coups, fortement frappés sur la table, préviennent les lecteurs de se lever et de prier pour le malade. La patience des conservateurs dominicains est une vertu que leurs supérieurs leur commande et que Dieu leur donne. Non seulement ils tiennent le catalogue accessible aux lecteurs, en le plaçant au milieu de la salle, mais ils se font aussi un plaisir de faciliter les recherches par tous les moyens à leur disposition. Quelle différence avec ces messieurs de notre bibliothèque tour-à-tour royale, nationale et impériale !