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HOME ET PARIS

quand ils en seront les maîtres. Dieu garde Rome d'un préfet du Tibre I

Je viens de visiter à fond mon voisin le Panthéon de Rome, et je puis le comparer au Panthéon de Paris.

Le Panthéon d'Agrippa, demeuré complet, est le plus beau temple de l'antiquité romaine. Auguste en ayant refusé la dédicace, Agrippa, faute de mieux, le consacra aux dieux.

La forme convexe du Panthéon représente à merveille le ciel. L'ouverture de la voûte, par où le temple s'éclaire, offre, par sa forme sphérique et son élévation, une belle allégorie de la lumière éternelle qui d'en haut vient illuminer tout homme venant en ce monde. On est frappé en y entrant de cet œil sublime de la voûte, œil cyclopéen toujours ouvert, comme l'œil de Dieu sur l'univers. Le jour,on y voit briller le soleil et courir les nuages; la nuit, la lune y épanche sa lumière; quand il pleut, la pluie y tombe à grand bruit au centre du pavé creusé en bassin, ce qui donne à l'eau un écoulement souterrain. On y entend parfois la messe en parapluie.

L'Eglise romaine, par droit de conquête légitime, a transféré à l'usage de son culte plusieurs temples et une foule de pierres, de marbres, d'ornements du paganisme qui restent comme les glorieux trophées de sa victoire \ L'édifice central de l'idolâtrie, le Fonim de tous les cultes, le Panthéon, tel qu'un vieux pécheur endurci, s'est pourtant converti, et, dans cette conversion monumentale, la Providence, qui peint avec les choses comme

* Voir l'intéressant ouvrage de Marangoni intitulé : Délie cose gentilesche e profane transportai ad uso delta chiescu

110 ROME. LETTRES l>'lîN PÈLERIN.

nous avec les couleurs, qui sculpte ses pensées avec les matériaux des siècles, a voulu nous offrir l'emblème le plus imposant de la transformation de Rome païenne en Rome chrétienne *. En 608, Boniface IV convertit le Panthéon en église, et à cette occasion fit déposer sous l'autel principal vingt-huit chars remplis de reliques de martyrs, qu'il avait fait recueillir dans les différentes catacombes de Rome, et la nouvelle église fut appelée Santa Maria ad Martyres. Puis, le i" novembre de l'an 830, Grégoire IV, en dédiant ce temple à tous les saints, ordonna que dans tout le monde catholique on célébrerait , tous les ans et le môme jour, une fête qui s'appellerait la Toussaint. On est saisi d'étonnement en se trouvant dans ce temple qui a vu le feu des sacrifices païens s'éteindre, faute d'aliment, et qui voit se célébrer chaquo jour le vrai sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ.

Le temple de tous les dieux devenu l'église de tous les saints, quelle sublime métamorphose! Je vous rappelle à ce sujet les belles pages que le comte de Maistre a consacrées au Panthéon à la fin de son Livre du Pape; c'est un morceau trop beau pour être passé sous silence, mais trop connu pour être cité.

Quand Charles-Quint vint à Rome, il monta au haut du Panthéon, et gravit les cent quatre-vingt-dix marches jusqu'à l'œil de la voûte. De là il contempla la Ville-Eternelle, et j'aime à croire qu'il éprouva quelques remords de l'avoir livrée aux bandes luthériennes du connétable de Bourbon. Un jeune gentilhomme romain, nommé Crescenzi, qui servait de guide à l'empereur, rêvait de

« Mgr. Gerbet. Esquisse de Rome chrétienne.

son côté au sac de Rome, et pour venger sa patrie, il eut un instant la tentation de précipiter le monarque espanol par l'ouverture centrale. Il l'avoua le soir même à son père. — Mon fils, lui dit le vieux Romain, ce sont là de ces choses qu'on fait et qu'on ne dit pas \

Après le Panthéon d'Agrippa, parlons du Panthéon de Soufîlot. A Rome, le temple des dieux devient logiquement le temple des saints; à Paris, de l'église des saints on a fait le temple des dieux. Et de quels dieux encore? Les divinités immondes ou féroces des philosophes et des révolutionnaires, le culte de Marat, de Voltaire et de Rousseau !

Je viens de lire dans les mémoires du cardinal Pacca, ce curieux passage sur son séjour à Paris :

« Des Tuileries nous allâmes visiter l'ancienne église de Sainte-Geneviève, déclarée Panthéon par l'Assemblée nationale, qui l'avait choisie pour servir de tombeau aux chefs de la faction philosophique, et à tous ceux qui, dans ce temps de délire et de vertige, se distinguaient par leurs excès fanatiques. Les restes de Mirabeau et de Marat y pourrissaient à côté des ossements de Jean-Jacques et de Voltaire, les deux coryphées de l'incrédulité moderne; on lisait sur le fronton : Aux grands hommes la Patrie reconnaissante. — Plus tard, l'empereur rendit un décret portant que les maréchaux de France et les membres du sénat seraient inhumés dans cet édifice; et,

* Cervantes, dans Don Quichotte (2« partie, ch. VIII). raconte un peu différemment cette aventure; le chevalier de la Triste-Figure, dans un de ses délicieux dialogues avec Sancho, explique ù son écuyer combien l'envie de faire parler de soi est extraordinaire ; il lui cite Erostrate et ajoute : « Tambien alude a esto lo que sucedio al grande emperador Carlo Quinto con un caballero di Roma.

comme presque tous les cardinaux se trouvaient alors à Paris, où Napoléon voulait établir la résidence des Papes, ir décréta que le môme honneur serait rendu aux membres du Sacré-Collége, fort jaloux sans doute de reposer en si bonne compagnie. Les cardinaux Gaprara, Erskine et Vincenti, qui moururent dans cette capitale, y furent ensevelis. Je jetai un coup d'œil rapide sur les détails de cet édifice, qui ne me parut pas d'une architecture parfaite, et je me hâtai de sortir, pénétré d'horreur à la pensée que, si je finissais mes jours à Paris, mes cendres seraient déposées dans ce vestibule de l'enfer. »

Un des premiers actes de Napoléon III a été de rendre le Panthéon de Paris au culte de Sainte-Geneviève.

Napoléon Ier ne vit jamais Rome, mais il s'en préoccupait sans cesse, et il disait comme l'empereur Alexandre : J'aurais bien envie d'être quelque temps mon ministre à Home. Il créa un département du Tibre; mais il sentait que Rome manquait h son empire ; cette idée le tourmentait toujours. Il cru faire son fils roi de Rome , et voulait transformer Paris en Ville-Eternelle. Il le disait un jour h Ganova et s'irritait devoir le grand artiste préférer Rome à Paris. Il lui disait : u Mais nous avons ici tous les chefsd'œuvres des arts qui étaient à Rome, nous avons le Pape, que reste-t-il à Rome?» — Sire, il lui reste son ciel, son sol, sa campagne, ses vieux monuments, et ses souvenirs sacrés qui sont imprenables, môme pour votre Majesté impériale et royale ! »

LETTRE XVÏ.

SOUVENIRS GAULOIS

Une inscription antique en l'honneur de la Beauce. — Les Gaulois en Italie et à Rome. — Vengeance d'un soldat français — Vercingelorix et César. — l.a statue du Gaulois blessé. — Deux épitaphes Gallo- Romaines - Antonin-le-Picux et Sidoine Apollinaire. — Le poème du Gaulois Rulilius et son apothéose de Rome.

Jeune Gaulois, égaré loin des forêts paternelles sous le ciel d'Italie, je me plais à retrouver à Rome les traces de mes ancêtres. Et d'abord voici au musée du Vatican une statue et une inscription en l'honneur de la Beauce, ma seconde patrie :

I). CERERI . DELSIANJ?

AIME . FRUGIFERE ARIST1GERE . THESMO

PUORAE CHILEANDER BELSIA NUS BELSIAQ. OPS D. M. D. 1.

« Chiléandre, beauceron, et la Beauce consacrent cette

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