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LETTRE XVII

La fille aînée de l'église est née dans le baptistère de Clovis. — Relations du Saint-Siège avec Clovis, Charles-Martel, Pépin. Charlemagne et les Carlovingiens qui vont se faire sacrer à Rome. — Le roi Robert y vient en simple pèlerin. — Entrée magnifique de Charles VIII à Rome. — Napoléon s'en empare, mais n'ose y entrer. — Différence entre la première et la seconde République française. — L'expédition de Rome en 1849. — Nos soldats chez le Pape et à Saint- Louis-des- Français. — Un mot du curé d'Ars. — Rome et France — Noire yatrie et notre mairie.

Cicéron disait que Rome était la cité constituée par le concours de tous les peuples, ex natiomim consensu c<mstituta, et Pline parle quelque part de l'immense majesté de la paix romaine qui enveloppe toute la terre, qui rassemble les empires divisés et ramène l'homme à l'humanité. Dans ce portrait qu'ils font de Rome, ces deux écrivains antiques semblent peindre moins la ville des Césars que la ville des Papes, dont ils pressentent, dirait-on, les immortelles destinées. Tertullien, à son tour, pour exprimer cette universelle influence de Rome, a créé le mot de Romanitas; il disait la Romanité, comme nous disons l'humanité I

Rome chrétienne est toujours le centre de la civilisa-

126 ROME. LETTRES l/UN PÈLERIN.

tion morale; les barbares du Nord y sont venus se faire civiliser ; les peuples d'Orient, qui se sont détournés de cette lumière, sont retombés dans la nuit de la barbarie, et Rome seule peut les en retirer : fiât lux I

Comme du soleil partent les rayons qui éclairent l'univers, c'est de Rome que sont partis les Apôtres qui ont porté à l'Europe la lumière évangélique. Toutes les nations chrétiennes ont reçu avec le baptême le sacre de Rome ; toutes ont formé des alliances filiales avec la Papauté. Nous ne pourrons étudier Rome dans Rome, sans y retrouver les traces que la France, l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, la Pologne, ont laissées dans la capitale du Christianisme ; nous y verrons même la Russie, et nous avons consacré une étude à part à chacun de ses peuples dans ses rapports avec Rome. « Les Papes, dit de Maistre ont élevé la jeunesse de la monarchie européenne ; ils l'ont faite, au pied de la lettre, comme Fénélon fit le duc de Bourgogne. »

Mais il est une nation entre toutes que, dès sa naissance, l'Eglise a nommée sa Fille aînée, et qui mérite encore ce titre, malgré ses fautes et ses erreurs, et quoiqu'elle ait trop souvent fait bon marché de ce noble droit d'aînesse qu'elle a failli vendre à vil prix, comme Esaii !.

Cette nation est la France ; c'est Rome , c'est l'Eglise, qui a fait de la France la première des nations chrétiennes ; ce sont les évêques gallo-romains qui ont fusionné, en les christianisant, la race gauloise et la race franque; on connaît le mot de Gibbon : « Le royaume de

1 De môme que Dieu a dit à son Fils de toute éternité : c Tu es mon premier-Né ! » La Papauté a dit à la France : « Tu es ma fille aînée. » (Lacordaire.)

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