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VM) ROME. LETTRES bUV PÈLERIN.
fut magnifique et chevaleresque. C'était le 31 décembre 4494. Les Romains virent défiler avec terreur l'armée française, et remarquèrent que les chevaux des chevaliers avaient la queue et les oreilles coupées. Les cardinaux Ascagne Sforza et Julien de la Rovere (qui fut depuis Jules II) marchaient à côté du roi ; les cardinaux Colon na et Savclli le suivaient immédiatement. On eût dit un vrai tremblement ou foudre de guerre, s'écrie Brantôme en racontant l'entrée de Charles VIII. L avantgarde avait commencé à passer à la porte du Peuple à trois heures après-midi ; quand vers les quatre heures et demie la nuit fut venue, la marche continua à la lueur des torches et des flambeaux, qui, en éclairant les armes brillantes des soldats, leur donnaient quelque chose de plus imposant encore. L'armée française ne cessa de défiler qu'à neuf heures. Le jeune roi se logea avec son artillerie au palais de Venise, ce monument colossal et crénelé comme une forteresse, bâti avec les pierres du Colyséc , donné par Pie IV à la Sérénissime République, et qui, maintenant, est tombé des grifTes du lion de saint Marc dans les serres impériales de l'aigle d'Autriche. Là réside l'ambassadeur de Sa Majesté apostolique. Alexandre VI s'était enfermé dans le château Saint-Ange, et ne revint au Vatican, que quand Charles VIII fut prêt à faire obédience et révérence au pontife, comme avaient accoutumé ses prédécesseurs. Charles donna à laver au Pape dans la messe solennelle qu'Alexandre célébra le 20 janvier, jour de saint Sébastien.
Depuis Charles VIII, nul souverain français ne parut à Rome. Napoléon Ier s'en empara, mais il n'osa y entrer. Il alla jusqu'aux portes de Rome et de Jérusalem, et il a
ROMK Kl FRASCE.
«vit*; d'entrer dans leurs murs, comme s'il eût redouté le contact surhumain des deux Villes-Saintes.
En 1798, Bonaparte, arrive près de Rome, envoya en avant son armée commandée par Berthier, et il s'éloigna. Berthier entra en triomphateur, et sa première œuvre fut de planter un arbre de liberté sur la place Saint-Pierre, comme si la croix, qui s'y élève, n'était pas le véritable arbre de la liberté du genre humain.
« La première invasion des Français à Rome, sous le Directoire, fut infâme et spoliatrice; la seconde, sous l'Empire, fut inique. La première République française demanda à Rome, pour un armistice, 22 millions, l'occupation d'Ancône, cent tableaux et statues, et cent manuscrits; au choix des commissaires français. On voulait surtout avoir le buste de Brutus et celui de Marc-Aurèle : tant de gens en France s'appelaient alors Brutus 1 ! » Après le premier départ du général Bonaparte, l'Italie et Rome furent en proie à un pillage effréné, qui déshonora nos vertueux républicains. On ne peut le nier, avoue Armand Carrel, dans sa vie de Courier, et il cite une lettre de Paul-Louis, témoin peu suspect, comme on sait, républicain pur sang, ennemi systématique des Papes et de la religion, serpent de génie qui distillait dans ses pamphlets un venin emmiellé de fausse bonhomie villageoise. Courier était alors ofûcicr d'artillerie à Rome. Amateur passionné de l'antiquité, il ne put voir sans indignation Rome mise au pillage, et l'occupation française, par les soldats du Bonaparte du dix-huitième siècle, devenir non moins funeste aux arts et aux lettres
t Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe.
quo le sac de Rome par les soldats de Bourbon, raconté par un Bonaparte du seizième siècle dans un récit traduit par le frère de Napoléon III
On éleva au Corso un arc de triomphe, sur lequel on voyait une grande statue de la République française, et une toute petite de la République romaine, avec cette inscription :