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LETTRE XVII L

I ZUAVETT1.

Le Betiro sayro. — Les croisés de M. de Cathelineau. — Les Franco-Belges et les Zouaves de La Moricière. — Les Diables du Bon Dieu. — Leur vie à Rome et l'édification qu'ils donnent aux Romains. — La médaille de Caslelfidardo. — Vie et mort de Guérin. — Les miracles du Ztiavetto.

La grande rue du Transtevère qui s'appelle, sans doute à cause de sa longueur, la Lonyara, est bordée de couvents solitaires. L'un d'eux, nommé le Retiro sagro, est contigu au magnifique Jardin Botanique. C'est là que furent casernés les premiers volontaires français accourus en 1860 à la défense de Pie IX. Ils étaient commandés par le comte Henri de Cathelineau, dont le nom résonnait bien dans ce quartier du Transtevère si fidèle au Pape, et qui est comme la Vendée de Rome f.

t Lors du couronnement de Grégoire XVI, Egidio, un des chefs du Transtevère , escortait avec ses amis en armes la voiture du Pape, en lui criaut : « Saint-Père, n'ayez pas peur des carbonart, nous sommes là! — Transtevère est toujours lidtle, répondit Grégoire XVI, en lui frappant amicalement la joue avec sa main; le Transtéverin (Hectrisé par cette caresse s'écria : Saint-Père, l'endroit que votre sainte main a touché, je ne le laverai plus jusqu'à Pâques.

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M. de Cathelineau avait donné à ses volontaires le nom de Croisés, et ils portaient des berrets bleus avec des glands blancs. Ce corps se fondit bientôt dans celui des

Franco- Belges, que le général de LaMoricière transforma en zouaves romains aussi vaillants que ceux qu'il avait commandés en Afrique; leurs vestes sont jjris-de-l'er passementées en rouge. Les Franco-Belges furent casernés place de la Pilotta, derrière l'église des Saints-Apôtres, et près du palais Golonna où réside l'ambassadeur de France. Les prêtres de Sainte-Croix du Mans qui occupent, place Farnèse, l'église et le couvent de Sainte- Brigitte, logèrent, à leur arrivée, une quarantaine de volontaires Manceaux et Bretons, dont la piété taisait leur admiration. En attendant qu'ils pussent verser aussi leur sang pour l'Eglise, le plus grand nombre de ces jeunes gens visitaient le Pape et Rome, le Colysée et les catacombes, et s'agenouillaient au pied des confessionaux

Au retour de Castelfldardo , les débris des Franco- Belges Curent casernés au Forum, dans le couvent de Saint-Adrien, ce martyr qui souffrit pour Jésus d'horribles tortures, pendant lesquelles sainte Nathalie, sa femme, l'encourageait au combat en chantant des hymnes au Seigneur. Les Zouaves ont vénéré aussi, dans l'église de Saint-Adrien, les corps des trois enfants hé-

1 On n'a qu'à lire les lettres qu'ils écrivaient à leurs familles. L'illustre écrivain de la Compagnie de Jésus, le P. Dresciani, disait : « Il m'est arrivé à moi-même de me trouver tout ému, et presque confus, de voir à mes pieds ces consciences délicates. »

Après Castelfldardo, les Zouaves furent casernés à Anagni, dont l*Ôvèque écrivait : « Le séjour de ces jeunes gens dans notre ville y a fait plus de bien qu'une mission. »

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breux Sidrach, Misach et Abdenago, jetés par ordre de Nabuchodonosor dans une fournaise ardente à Babylone, l'an 190 avant Jésus-Christ.

Les Romains étaient grandement étonnés de trouver dans ces enfants tant d'abnégation et de discipline ; les Zouaves, dit un témoin étranger, inspiraient à la population, du moins à la partie saine, un véritable respect, une sincère estime. Ces sentiments, qui, en Italie, ont rarement pour objet un simple soldat, se traduisaient par cette formule respectueuse : Sirjiwre sohlato! Monsieur le soldat, s'écriaient les Romains, quand ils interpellaient quelqu'un des volontaires. D'autres fois on leur entendait dire : Non sono soldati, sono cavalieri, ce sont plutôt des chevaliers que des soldats. Quanto sono buoni! comme ils sont bonsl s'écriaient-ils émerveillés. Et comme ces jeunes Français étaient en même temps pleins d'entrain et de furia francese, les Romains les avaient surnommé les Diables du Bon Dieu. On les appelait aussi / Zuavetti (les petits zouaves) à cause de leur extrême jeunesse, et ce diminutif a un accent charmant dans une bouche romaine, in bocca romana. Nous avons raconté ailleurs 1 la mort de Pimodan, à qui Rome fit de si belles funérailles, et nous avons donné des détails sur l'héroïsme de nos volontaires. Tels étaient ces ivrognes mercenaires comme les Piémontais osaient les appeler \ Rien n'a manqué à leur gloire,

» Lorette et Castelfidnrdo, lettres d'un pèlerin, un vol. in-18.

* « Mercenaires, leur disait un évêquo à Home, content iestote stipendiis vestris. Oui, soyez contents de votre solde, et ici, oublions toute idée terrestre, toute rémunération passagère : Sursum corda ! Votre solde est là-haut î... rien de mortel ne paiera ce que vous avez sacrifié : votre famille, votre liberté, le rang que plusieurs d'entre vous occupaient dans le moude, le sang que déjà vous avez abondamment versé.

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ni la mort, ni les blessures, ni les calomnies, ni les outrages. On est allé jusqu'à vouloir leur enlever leurs droits civiques et Leur qualité de Français, à eux qui, seuls, ont sauvé L'honneur de la France, eu défendant l'intégrité des Etats-Romains confiés à notre garde. Us ont vers»'' leur sang tandis que la diplomatie se contentait de désapprouver l'invasion sacrilège du Piémont, -mais le blâme platonique devient à la fin dérisoire,

I '.t de sa propre gloire on fait trop peu de cas Quand on ne punit point ce qu'on n'approuve pas.

(Corneille).

Oui, on a osé prétendre qu'ils n'étaient plus Français, el on leur a dit comme le frère de Camille à Guriace :

Rome vous a nommés, je ne vous connais plus!

Mais la France les a reconnus, comme ses enfants les plus héroïques et les plus généreux.

Depuis leur retour de Gastelfidardo, les Zttavetti n'ont pas même la consolation de garder le Pape à Home. La politique les retient éloignés du Vatican et de la ville. Quelques jours seulement ils eurent ce bonheur. Aux fêtes de la Pentecôte en 18(>2, Pie IX se rendit à Portod'Anzio, et déclara au général français, M. de Goyon, qu'il entendait pendant ce séjour n'avoir d'autres gardes que ses propres soldats.

On aime à voir dans les rues de Home ces glorieux vo-

Pour tout cela, une solde vous est n'servée ailleurs, qu'elle vous conlente et soit votre gloire ! Conttnti estote stipendiis veslris. »

lontaires, portant sur leur poitrine la médaille de Castel-

fidardo1, dont la pensée ingénieuse et touchante est sortie du cœur de Pie IX. C'est tout un pet it poème qui rappelle heureusement cette glorieuse défaite, que Dieu achaiien victoire, parce qu'à l'exemple de son divin chef, le chrétien triomphe plutôt en répandant son propre sang qu'en versant celui de ses ennemis. En souvenir du martyre de saint Pierre, la médaille représente une croi\ renversée avec ces mots : Pro Pétri sede Pio IX P. M. A. AT. Au revers on lit cette parole que saint Jean écrivait au temps de Claude : Victoria <juœ vincit mundum, fides nostra. La victoire qui triomphe du monde, c'est notre

L'Eglise a vu ses fils déchirer ses entrailles * Et d'autres la défendre à l'heure des combats, Mais si dans la mêlée elle perd des soldats Rome ne perd point de batailles.

Mais les ZuavetU comptent voir un jour une page de leur histoire inscrite par la main même de Dieu dans les fastes de l'Eglise ; ils y liront la récompense de leur dévouement. Ils espèrent avoir bientôt un protecteur dans le ciel. Quel catholique n'a lu le récit de la vie et la mort de Joseph Guérin , ce petit, séminariste de Nantes, accouru à Home parmi les Croisés de M. de Cathclineau, devenu Z navet fo, blessé grièvement à Castclfîdardo, et mort à l'hôpital d'Osimo, dans d'admirables sentiments. Son martyre dura sept semaines entières, sans qu'on l'entendît prononcer une plainte ou un murmure. « Que

i Le ruban est rouge avec deux filets blancs bordés de jaune.

I ZUAVKTTI.

« je suis heureux, répotait-il sans cesse, de souffrir et de « mourir lentement pour Jésus-Christ et son Eglise ! « J'ai fait à Dieu le sacrifice de ma vie. Soyez jaloux de « mon bonheur! »

Et il expira en récitant le Te Deinn \

Son corps fut transporté à Nantes où on lui fît de solennelles funérailles. Le cercueil avait été ouvert et déposé au grand séminaire. Le jeune Guérin, exposé pendant quatre jours, revêtu de sa soutane, semblait sourire à la mort. Ses traits avaient conservé leur candeur angélique. Plus de trente mille personnes vinrent s'agenouiller et prier à ses pieds, et l'on se rappelle encore cet officier qui , saisi de respect et d'admiration , tira son épée et en fit toucher la lame nue aux mains glacées du martyr. Depuis cette époque, sa tombe n'a pas cessé d'être couronnée iYex-voto et de fleurs. Voilà bientôt deux ans que Mgr. l'évôque de Nantes, à la vue des merveilleuses guérisons accomplies sur tous les points de son diocèse, et aussi en Anjou et dans différentes paroisses de la Vendée, a ordonné une instruction canonique pour recueillir et vérifier les actes du jeune martyr*; enfin voici qu'une lettre de Rome , écrite par un religieux français dont la prudence égale la sainteté, nous révèle les faits suivants :

« Rome, 12 mars 4S63.

« La ville est fort émue d'un miracle de premier ordre que Dieu

l Guérin et Pimodan! Garibaldi et Mazzini! Quand des deux parts on dit : * Rome ou la mort, » c'est que les destinées du monde sont liées à la question romaine (M. de Maumigny.)

* Lettre de M. le comte de Quatrebarbes, gouverneur d'Ancône pendant le siège de cette ville par les Piémontais.

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