‹ RomeChapitre 57 sur 133 · SAINT-ANDRÉ Î»ELLA VALLE · texte numérisé non relu

SAINT-ANDRÉ Î»ELLA VALLE

Qu'aurait dit Cicéron, si, réapparaissant de son côté aux Rostres dont nous voyons là-bas l'emplacement, il eût vu devant lui ce Pontife-Roi, héritier des Césars, lequel, sans flottes et sans armées, étend sa domination morale plus loin que l'empire romain, jusque dans des mondes

nouveaux que le Christianisme a découverts pour dilater ses limites?

Pie IX fait souvent en public de ces brefs discours, frappés comme des médailles. Il y a un an, après l'office du jour de Noël, qui se célèbre à Saint-Jean-de-Latran, le cardinal doyen se présenta devant le Saint-Père et lui offrit les vœux du Sacré-Collége. C'était un moment d'alarmes, un de ces moments que l'on ne compte plus, où l'ennemi semble sur le point de faire un dernier et victorieux effort. Pie IX, dans sa réponse, accentua très énergiquement le triomphe infaillible de l'Eglise. Etendant la main du côté de la grande arène des martyrs, voisine de l'auguste basilique : « Cet amphithéâtre, dit-il, « ce Colysée, qui est près d'ici, fut dans les premiers « siècles de l'Eglise comme un calice qui reçut le sang des « héros chrétiens : il est aujourd'hui comme la coupe qui « reçoit nos larmes. Ce sang et ces larmes crient vers le « Ciel, et toucheront le cœur de Dieu en faveur de son « Eglise. »

L'éloquence sacrée n'a jamais existé chez les païens. L'éloquence antique ne fut et ne pouvait être que civile ou politique. On défendait un client, on attaquait un adversaire, on parlait au Forum et au Sénat, mais jamais dans le Temple; qu'aurait-on pu dire des dieux du paganisme? L'éloquence sacrée est née chrétienne, elle est née sur les lèvres du Christ, et elle s'est multipliée chez

les peuples chrétiens, selon Tordre divin : Allez, enseignez toutes les nations !

L'Italie est célèbre pas ses orateurs sacrés. Son admirable langue se parle avec tant de grâce et de facilité. A Rome le don de la parole se développe dès le berceau ; durant l'octave de Noël, de jeunes enfants récitent leurs seiwionetti à l'Eglise d'Ara-Cœli, devant l'image du divin Bambino. J'ai entendu plusieurs sermons à Florence et à Rome. Jamais le moindre embarras, jamais la moindre hésitation, même chez les orateurs les plus médiocres, cela coule de source. Comment en serait-il autrement, quand le peuple lui-même parle si éloquemment ? A Naples, on voit des prédicateurs ambulants aller de rue en rue, et parler du haut d'un tréteau appelé palco. Parfois, à minuit, quand on sort du spectacle, on entend une clochette, et on se trouve tout à coup devant un de ces orateurs en plein vent. Leur langage est plein de figures vives qui ne manquent pas leur effet sur un peuple impressionnable et sensible aux beautés de sa langue.

A Rome, les Jésuites, fiers avec raison d'avoir produit Bourdaloue et Segneri, ont conservé le foyer de l'éloquence sacrée. Je vais tous les dimanches au Gésù écouter faprédica. J'y entends un jeune orateur, le P. Franco, qui est fort remarquable. Hier, il comparait énergiquement les âmes brûlant dans le Purgatoire à ces chrétiens enduits de poix auxquels on mettait le feu :

Pour servir de flambeaux aux fêtes de Néron.

11 nous fit ensuite, d'après les révélations de sainte Brigitte, le portrait d'une mère coupable qui apparaît à

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