SAINT-ANDRÉ DELLA VALLE
sa fille et lui décrit les tourments de l'enfer, où ses robes de bal s'attachent à sa peau comme la tunique de Nessus, où ses couronnes de fleurs Lui brillent le front, où ses diamants, rougis au feu infernal, s'incrustent tout brûlants sur son cou et sur ses bras. Le plus éloquent mouvement du P. Franco a été celui-ci ; il prêchait dimanche dernier contre les mauvais spectacles : « On m'objecte « ceci : Il y a de bons chrétiens qui y vontl Oui, il y en « a! Il y en avait surtout autrefois que je vous offre comme « des modèles à suivre. Les premiers chrétiens allaient « au spectacle, mais pour y confesser leur foi, et non « pour en rougir! Ils se faisaient môme acteurs ; ils deu mandaient à jouer un rôle dans les drames sanglants « de l'amphithéâtre, et au dénouement de la tragédie, ils « aimaient à verser tout leur sang sur l'arène du Golysée <( aux applaudissements des Romains. »
.l ai entendu à Paris le P. Ventura de Kaulica, le plus grand orateur de l'Italie moderne; lorsqu'il vint à Paris, il entreprit de faire ce que nul orateur peut-être n'aurait osé tenter : ce fut d'adopter notre langue, de s'en l'aire un instrument à lui et de la parler devant nous avec une force et une liberté extraordinaires. Mais d'abord il se trouva peu à l'aise, encagé, immobile, dans ce tonneau défoncé que nous appelons une chaire, lui, qui «'tait habitué aux libres allures du palco italien, sorte d'estrade, où l'orateur se promène de long en large comme sur un balcon : c'était la forme de la tribune antique au Forum.
Cette église de Saint-André delta 1V//A* qui a entendu Pie IX et le P. Ventura, fut toute retentissante, à la Pentecôte de 1862, des accents de Mur. Dupanloup éveque d'Orléans, venu à Home avec les évfrpies du monde
entier. Après avoir raconté, en un superbe langage, toutes les gloires de Rome chrétienne , avoir montré ses monuments sans nombre empreints du génie chrétien , ses rues, ses places publiques, ses amphithéâtres, ses catacombes, ses églises rouges encore du sang de ses martyrs, remplies de leurs cendres ou de leurs ossements vénérés , avoir raconté comme quoi les dieux du paganisme avaient disparu, comment la grandeur de l'empire romain s'en était allée , comment les empereurs de l'Occident avaient été chercher une capitale en Orient afin de laisser Rome chrétienne aux Souverains Pontifes, comme les seuls dignes d'y régner, l'éloquent orateur s'est écrié, avec un indicible sentiment d'indignation et de mépris :
« Et pourtant, il y a des hommes, il y a des princes qui veulent habiter là... au milieu de ces splendeurs et de ces grandeurs... Mais... c'est impossible!... mais la nature invincible des choses y répugnera éternellement 1 Cjji ne refait pas l'histoire! On ne refait pas le genre humain !. .. Mais il faudrait alors raser Rome tout entière, et en refaire une à votre taille... Restez donc à votre place, et pour l'honneur de l'Italie et du monde, laissez à la sienne le Vicaire immortel de Jésus-Christ ! »