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L'ES PAGNE A HOME

aux Espagnols : le traître Ganelon et le traître Bourbon l.

L'empreinte castillane n'est pas effacée à Rome. La place d'Espagne doit son nom au palais de l'ambassadeur castillan qui y demeure encore \ L'Espagne, si dévouée à la mère de Dieu, et qui a tant fait pour la proclamation de son Immaculée Conception, l'Espagne méritait assurément cet honneur de voir s'élever la colonne de Ylmmacolata sur la place qui porte son nom, devant les fenêtres' du palais où réside son représentant. Pour bénir ce monument élevé à la reine de Rome et des cieux, Pie IX se rendit à l'ambassade d'Espagne où il fut reçu magnifiquement par S. E. Alexandre Mon.

Sainte-Marie-Majeure est sous la protection spéciale de l'Espagne, comme Saint-Jean-de-Latran sous celle de la France. Le premier or apporté d'Amérique par Don Christoval Colon, hommage des rois catholiques, a servi

1 De Ganelon, Gane en vieux français, les Italiens ont fait sans doute le verbe ingannare, tromper, comme nous avons fait de Patelin paicliner.

* On se souvient à Rome du chevalier de Vargas, ministre d'Espagne sous Pie VII, comme d'un nouvel exemple de l'affection passionnée que ressentent pour la Ville-Eternelle ceux qui l'ont habitée longtemps. Vargas, fidèle à sa cour dans des circonstances difficiles, avait mérité qu'on lui envoyât le brevet de marquis de la Constance. Un jour, il est rappelé à Madrid pour être nommé ministre des affaires étrangères. Il part avec un mortel regret. Arrivé à Burgos, il trouve une dépêche qui lui annonce qu'on l'attend avoc une impatience bien honorable pour lui. Mais il regrette Ba Rome de plus belle, et tente un dernier effort pour se dégager; il écrit qu'il ne se sent pas de force à être ministre, et qu'il sera plus utile à Rome qu'à Madrid. Il plaide si bien la cause de ses affections, qu'on lui rend sa liberté. Vargas so trouvait au centre de la Castillc-Vieille, à quarante lieues de Madrid, et à près de quatre cents lieues de Reme, à cause des détours nécessités par l'état de guerre. Mais il n'hésite pas à tourner le dos ù Madrid pour revenir en toute hâte dans sa patrie d'adoption, qui le reçut comme un fils bien-aimé.

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à dorer les plafonds à caissons de la basilique de la Vierge. Sous le portique est une colossale statue en bronze de Philippe IV, bienfaiteur de Sainte-Marie-Majeure. Les rois d'Espagne en sont les premiers chanoines, et Isabelle II en est sans doute la première chanoinesse.

L'église nationale de l'Espagne à Rome est près du palais Farnèse, sous l'invocation de Santa Maria di Monsegato (Mont-Scié), surnom que le peuple italien a changé en celui de Monserrato K Vous savez que cette Madone a un sanctuaire célèbre dans les montagnes de la Catalogne, à un endroit où les rochers dentelés ont l'air d'avoir été sciés, ce qui a fait donner en Espagne le nom de sierras à toutes les chaînes de montagnes.

J'ai visité cette église : elle a un aspect tout castillan; on y voit un bon tableau d'Annibal Carrache, représentant san Diego. Le mur de gauche de la troisième chapelle offre une Conception à'un vigoureux coloris, œuvre de quelque artiste espagnol inconnu. — Fresque représentant saint Raymond de Penafort naviguant sur son manteau de Majorque à Barcelone. — Tableau de l'Espagnol Palmarola : Martyre de sainte Eulalic mise en croix à douze ans dans la ville de Lérida. — Sur les murs je remarque des ligures de Mores qui rappellent la croisade permanente de ces vaillants Castillans, ces tueurs de Mores, ces matamores, comme ils s'appellent (mata moros). Derrière le maître -autel de cette église, sont les tombeaux d'Alexandre VI et de son oncle Calixte III, ces deux papes espagnols du nom de Borgia, nom qui a été sanc-

1 L'Espagne a encore à Romo l'église Je saint Ildéphonse. la Trinité, église et couvent de Trinitaires, et saint Pascal Baylon. église et couvent do- Mineurs observantin?.

i/ESPAGNE A ROME.

tifîé par saint François de Borgia *. J'aime à épeler les inscriptions de ces vieilles tombes castillanes. L'église de Saint-Laurent in Damasio conserve l'épitaphe d'une jeune Espagnole du seizième siècle , de l'illustre famille Medina, enlevée à la fleur de son âge et de sa beauté, tandis qu'elle était recherchée par les plus beaux partis ae Rome :

Maria? de Medina adolescenttlae castissimae formosissimxque dvm a rovltis in connv bivm exoptaretvr invida morte rapUe etc. An MDXXII

A l'église espagnole était annexé un hôpital pour les Catalans, les Aragonais et les Valençais.

Pierre, roi d'Aragon, fut couronné à Rome dans l'église de Saint-Pancrace, par Innocent III, en 1204, et en reçut le titre de Catholique ; il se rendit aussitôt après la cérémonie à la confession de Saint-Pierre, déposa son sceptre et sa couronne sur l'autel, et offrit son royaume à l'Apôtre, s'obligeant, pour lui et ses successeurs, à payer un tribut annuel de 250 mahozemusins d'or. L'Espagne n'a pas été infidèle à ce beau titre de catholique donné à un de ses rois ; elle a chassé les Mores, découvert et christianisé l'Amérique, évangélisé l'Afrique et l'Asie, donné à l'Eglise saint Dominique,

t Le Pape Alexandre VI a été calomnié par les pamphlétaires de son temps. On en trouve les preuves dans l'historien protestant Koscoé et dans Audin (Histoire de Léon X), dans Rohrbacher (Histoire de l'Eglise), Jorry (Histoire d'Alexandre VI). Voir aussi un ouvrage italien par Tullio Dandolo (Roma et Papi) et la Revue de Dublin (Janvier 1859). L'histoire d'Alexandre VI a été parfaitement élucidée par M. Ghantrel, dans son histoire populaire des Papes.

saint Ignace, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse et Marie d'Agreda.

En 1849, l'Espagne fut la première à convier les puissances catholiques à la restauration du trône de Pie IX, et ses soldats apparurent les premiers sur le sol des Etats- Romains. Elle envoya une flotte sous les ordres du viceamiral Bustiilos , et une armée à la tôte de laquelle elle était fière de mettre Don Hernandez de Gordova, un descendant de son grand capitaine Gonsalve de Cordoue. Les Espagnols sont débarqués à Terracine aux acclamations de la population. qui criait : vive Pie IX 1 !

L'Espagne a envoyé plusieurs de ses enfants à Castelfidardo, et ses récentes victoires sur les infidèles d'Afrique l'ont relevée et remise à son rang de grande nation catholique. La reine Isabelle II a témoigné constamment un intérôt filial à la cause du Saint-Siège 1 et elle a plusieurs fois offert à Pie IX un refuge dans ses Etats. Elle s'est empressée de fournir des vaisseaux aux évéques de son royaume afin de les transporter en masse à Rome, aux fôtes de la Pentecôte de 1862, alors que l'épiscopat universel proclama à la face du monde entier la nécessité du pouvoir temporel de la Papauté, bouclier de l'indépendance de l'Eglise.

J'aime à terminer cette longue lettre par ce proverbe

1 On vient de me montrer à Rome un ouvrage remarquable intitulé : El Papa en todos lot tiempos y especialmente en el siglo XIX. C'est l'ouvre d'un contemporain, digne émule de Jaime Balracs, le docteur don Juan Gonzalez.

* « Les sentiments catholiques de l'Espagne sont les mien?, et je prie Dieu qu'il favorise nos vœux et nos efforts pour la cessation des tribulations du Souverain -Pontife, objet constant de ma profonde vénération. »

(Discours d'ouverture des Cortès 1« décembre 186Î).

L'ESPÀf.NE A ROME.

espagnol, qui assure qu'il faut naître en Italie, vivre en France, et mourir en Espagne; parce que, disent les Castillans, l'Italie est un délicieux climat pour les enfants, la France un agréable séjour pour les bons vivants, mais pour bien mourir, en bon chrétien, il faut aller en Espagne :

' Italia para nacer Francia para vivir Espana para morir.

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