UN NOUVEAU FRA ANGEL1CO
recluses, c'est-à-dire aux femmes qui s'étaient volontairement enfermées dans des trous de muraille pour n'en sortir jamais. Il y en avait alors çà et là par la ville, aux flancs déserts du Palatin, dans les entrailles du Colysée, au fond des vieilles tours de guerre, aux arches rompues des aqueducs, sentinelles de l'éternité placées sur des ruines. Une de ces recluses, appelée Lucia, qui habitait derrière l'église de Sainte-Anastasic, sur le chemin de Saint-Sixte, avait un bras rongé jusqu'à l'os par un mal cruel et dévorant. Dominique le guérit un soir par une simple bénédiction. Une autre, dont la poitrine était mangée des vers, avait sa loge dans une tour voisine de la porte de Saint-Jean-de-Latran. Dominique la confessait et lui apportait de temps en temps la sainte Eucharistie. Une fois il lui demanda à voir un des vers qui la tourmentaient et qu'elle gardait avec amour dans son sein, comme des hôtes envoyés par la Providence. Bona, c'était son nom, consentit au désir de Dominique. Mais le ver se changea en une pierre précieuse dans la main du thaumaturge et la poitrine de Bona se trouva pure comme celle d'un enfant l.
Saint Dominique donna Saint-Sixte aux religieuses Dominicaines, et alla s'établir avec ses frères à Sainte- Sabine. Un jour, s'étant présenté au monastère sans être attendu, il demanda à la tourière comment se portaient les sœurs Théodora, Thédrana et Nympha, et sur la réponse qu'elles avaient la fièvre, il dit à la tourière : « Allez les avertir de ma part que je leur ordonne de ne plus avoir la fièvre. » Et elles furent guéries. Mais,
* Le P. Lacordaire, Vie de saint Dominique.
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ROME. LETTRES d'un PÈLERIN.
après la mort de saint Dominique, la ma? aria s'empara complètement de Saint-Sixte ; en 1575, les Dominicaines, chassées de leur retraite par l'air fiévreux de la campagne romaine, vinrent s'établir sur le Quirinal, au nouveau monastère de Saint-Dominique et de Saint- Sixte. Le vieux Saint-Sixte , dépouillé et abandonné , resta seul sous la garde de ses souvenirs. Aujourd'hui les Frères-Prêcheurs restaurent ce premier berceau de leur Ordre. En effet, comme dit Lacordaire, il n'y a là rien qui attire l'attention ; rien que ce nom San Sisto, et le souvenir d'un des plus grands saints de l'Espagne et du monde. Le voilà peint dans ce vieux tableau, montrant par une fenêtre le Fils de l'homme qui vient sur les nuées pour juger les vivants et les morts. Dominique porte un livre ouvert avec ces mots : Timete Deum et date illi honorent, quia venit hora judicii ejus. Auprès de l'église s'élève le cloître, qu'on restaure également. J'y retrouve le bon Capucin qui m'avait fait voir l'église d'Achillée et de Nérée. Je lui demande où est la fresque du P. Besson.
— Ecco, figlio mio. Il me mène en face de l'ancienne salle du chapitre. La porte est entr'ouverte ; j'entre dans une sorte de chapelle b asse et sombre, à demi enterrée dans le sol. Je distingue sur le mur une grande fresque commencée, un échafaudage, tout un attirail pittoresco, et j'aperçois le peintre lui-même, un pâle Dominicain, qui se retourne au bruit de mes pas, son pinceau d'une main, sa palette de l'autre, blanc comme un fantôme, et couronné comme un saint d'une auréole de cheveux noirs encerclant sa tête rasée. Il me semblait voir dans cet te robe immaculée l'ombre de Frà Angelico, tel qu'il