LA COLONNE DE HENRI IV
La bénédiction des chevaux et la fêle de saint Antoine. — Le cheval de Pie IX et le cocher Kagazzini. — Les roussins d'Àrcadie et ceux de Rome. — Les minenti du Traustevère. — Courses de chevaux et courts de chars. — La colonne de Henri IV. — Le droit Canon. — Abjuration du Béarnais et son absolution par Clément VIII. — Ordre donné à ce sujet par saint Philippe de Ncri au cardinal Baronius. — Résultais de la conversion d'Henri IV.
Le 17 janvier dernier, c était la fête de saint Antoine : à partir de ce jour, pendant une semaine, on l'ait à Rome la bénédiction des chevaux et des bestiaux ; mais, aujourd'hui dimanche, c'est le grand jour, c'est une sorte de Longchamps; tout Rome court à l'église de Sauf Antonio, près de Sainte-Marie-Majeuiv.
Cette église est humble comme le saint dont elle porte le nom; elle est attenante à un cornent de capucins. Dans l'intérieur, on voit d'étranges fresques qui rappellent les fantaisies de Gallot, et qui reproduisent les faits les plus extraordinaires de la vie du saint anachorète.
Mais voici l'abbé et ses moines qui paraissent à la porte avec des goupillons pour bénir les animaux. La procession commence : quelle foule ! que d'équipages de toutes sortes! quel bruit! hennissements, braiements,
sifflements, éclats de rire et cris de joie î Ecco primo les 200 chevaux du maître de poste de Rome ornés de rosettes, avec leurs postillons endimanchés. Clic, clac, clic, clac I ils passent comme un éclair, et on les bénit en un clin d'oeil.
Ecco tu Un la scudéria di Sua Santità; voici les quatre carrosses de gala du Saint-Père, et son cheval de selle tout blanc avec une housse rouge; à la suite paraît la cavalerie pontificale et une partie de la nôtre. Regardez ces beaux équipages des princes romains, avec leurs chevaux vigoureux de la race des bas-reliefs antiques. — On estimait jadis les rares Chigi et Braschi. — Salut aux huit coursiers Borghèse attelés au môme carrosse. Les Borghèse avaient aussi un race particulière de chevaux, qui portait leur nom; ils étaient couleur de bronze et ser- \ aient jadis de modèles aux artistes ; le Guide les a attelés au ehar de sa célèbre Aurore, du palais Rospigliosi. Mais, voici le plus < urieux des équipages de Rome, celui du prince Piombino,qui a fait une écurie de son palais Poli: ce sont seize chevaux attelés deux à deux au même carrosse, et conduits à grandes guides par un seul cocher nommé Ragaarini. C'est sa gloire et son triomphe, ace brave cocher; il exerce toute l'année ses chevaux pour ce seul jour. II faut avouer qu'il a une adresse merveilleuse pour conduire ainsi, au grand trot, seize chevaux très vifs, et très vigoureux. L'équipage est précédé de deux piqueurs à cheval qui font écarter la foule. Il parcourt ainsi toute la longue rue du Corso et la promenade du Pincio, pour arriver ici par la belle avenue de Sainte- Marie-Majeure. Je doute que les cochers anglais soient plus adroits.
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Ensuite, nous voyons venir les futurs héros du carnaval, les barbein, avec leurs plumets et leurs cocardes ; ils viennent prier sant' Antonio de leur faire gagner le prix de la course ; leurs maîtres leur font courber pieusement la tête au moment de la bénédiction.
Il y a une fête pareille dans notre Bretagne et en Provence; et qu'y trouve-t-on à redire? On bénit les fruits de la terre, pourquoi ne bénirait-on pas les animaux, ces utiles compagnons des travaux et des plaisirs de l'homme? Voici enfin une procession interminable de paysans romains qui amènent leurs montures avec des harnais rouges. J'ai remarqué surtout des ânes charmants; car, en Italie comme en Orient, on estime beaucoup ce bon animal , qui a emmené la sainte Famille en Egypte el porté le Sauveur le jour des Hameaux. Le peuple assure que c'est en souvenir et on récompense de ce divin fardeau qu'il porte une croix marquée sur le dos, entre les deux épaules.
Admirons donc ces nobles roussins d'Arcadie, ces piquantes bourriques el ces jolis petits aliborons, tout enrubannés de la tôte à la queue, pomponnés et bichonnés, et si fiers de leurs aigrettes de toutes couleurs, belles à faire cre\er d'envie le grisou chéri deSancho Pansa,
Çàet là, le- minent i, (tes jeunes tilles) du Transtevôre en grand costume se font remarquer par leur gaité dans des calèches de louage; elles se passeraient plutôt de manger que de ne pas avoir une voiture un jour comme celui-ci. ▼ ^'
Tout cela faisait un va et vient, des plus pittoresques; malheureusement, il fut interrompu par une giboulée épouvantable; «•<• fut un sauve qui peut, général. Toutes
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nos calèches découvertes devinrent à l'instant des baignoires et des bains de pieds; mais l'intarissable gaîté romaine no se tint pas pour battue, et j'entendis crier que c'était sant' Antonio qui envoyait de Facqua benedelta ai cari cavalli, e ai benedetti asinelli !
Nous attendons le carnaval pour juger les barberi, cette course de chevaux libres courant sans cavalier. Les anciens Romains étaient plus passionnés que les Anglais eux-mêmes pour les courses de chevaux ou plutôt de chars; ils ignoraient l'art des jockeys, ils ne connaissaient que les auriges ou cochers. Du reste, on plaçait au-devant des chars des obstacles, comme nous en mettons dans nos steeple-chase.
« Si on ne songeait, dit M. Mary-Lafon, quela guerre a> an I été la vie de Home, le cheval, symbole si noble du combat, devait flatter ses plus doux souvenirs, on aurait peine à se figurer l'enthousiasme et les ardentes sympathies qu'excitaient les chevaux de course. Aussi Caligula, très excentrique dans son admiration, pour ceux qui n'ont franchi que le premier seuil de l'histoire, lit une chose parfaitement dans les mœurs de Rome et applaudie <le tout le peuple en donnant une crèche d'ivoire, une couverture «le pourpre et une mangeoire d'or à son vaillant Incitatus. Personne ne trouva mauvais (pie le patricien Capitolinus eût élève à Vohicri, coureur aussi rapide que l'oiseau, une statue d'or et un monument >uperbe au Vatican; et, lorsque Commode montra au peuple, assemblé dans le cirque, le vieux Pertinax, les sabots dores et couvert d'une draperie d'or, deux cent mille voix éclatèrent, et quatre cent mille mains battirent pour acclamer l'ancien vainqueur. Grâce à cette passion des Ro
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mains pour les chevaux du cirque, nous savons les noms des beaux coureurs qui repassèrent sous les voûtes colossales des tours ménianiennes la tête couronnée de laurier. De ces nobles coursiers, les uns, tels que l'Hilare, Floridus, Valentin, le Centaure, l'Egyptien, le Latin, avaient triomphé quatre fois, d'autres, comme Signifer, Pompéianus, Cotynus, le Viril, seize, vingt-trois, vingt-huit et trente fois, et le noir Indus, cent vingt fois \ »
Les Grecs n'avaient pas été moins passionnés pour le turf\ les jeux olympiques en font foi. Pindare, qui applique à Hiéron l'épithète : «amoureux des chevaux, » chante dans sa première ode le cheval Phérénicc, qui fit remporter la palme au tyran de Syracuse.
Quelle histoire poétique il y aurait à faire du cheval, depuis le cheval de Job et les coursiers d'Homère, qui pleurent la mort de leur maître, jusqu'aux destriers do l'Arioste, jusqu'aux buveurs d'air du désert que célèbrent les poètes arabes; depuis le cheval d'Alexandre et de César jusqu'à celui de Turenne et de Napoléon ■?
• Le marbre en conservant leurs noms, a immortalisé les plus illustres; voici ces noms aussi célèbres dans lenr temps que chez nous et chez nos voisins d'outre-mer Eclipse et Mist-Annelte. Nitidus, qui était blanc; Tuscus, cendré; Decoratus, bai; Viril, rouge; le Superbe, bai -brun ; Polynice, noir; Romulus, bai; le Dragon, rouge; le Dévastateur, noir; le Fastidieux, rout; le Libre, bai; le Tyrrhénien, roux; l'Amour, alezan ; le Délicat, de la même nuance; la Matrone, bai-brune; la Palme, pareille; la Romula, rousse ; la Phèdre, noire ; la Perdrix, dprée; la Licence, noire, et cent autres dont quinze siècles n'ont pu flétrir les palmes/ ; . * Suétone nous appreud que. César, dans sa guerre des Gaules, montait un cheval d'une beauté étrange : ses pieds ressemblaient à des pieds humains, et ses sabots avaient des fissures en forme de doigts. Ce cheval, né chez loi, et qui, selon les aruspices, présageaient à son maître lempiroidu monde, fut dompté par César et ne souffrit jamais d'autre cavalier.'Cèsar, qui le nourrit toujours avec grand soin, consacra dans
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Pour mieux voir la cérémonie de la bénédiction des chevaux, j'avais fait ranger notre calèche en face de l'église de Sont* A nton 10, contre une petite colonne de granit, à laquelle je ne fis pas d'abord grande attention. Je remarquai pourtant sa forme singulière : c'est celle d'un canon surmonté d'une croix.
Un de nos amis romains que je rencontrai là, m'apprit que c'était le pilier d'une sorte de tabernacle, aujourd'hui détruit, qu'avait élevé le Père Anisson, abbé du couvent de Saint-Antoine. Cet abbé était Français; il fit élever à ses frais ce monument pour perpétuer le souvenir de l'heureuse absolution d'Henri ÏV. Ce mauvais plaisant de président Debrosse prétend que c'était à la forme de canon qu'affecte cette colonne que fait allusion l'inscription ci-jointe : In hoc sir/no rinces. Il se rappelait probablement le mot du Béarnais quand il eut pris Chartres paç le droit canon .
Henri IV avait abjuré l'hérésie à Saint-Denis. Son abjuration fut reçue par le légat Médicis, qui fut depuis Léon XI. J'ai vu bter sur son tombeau, à Saint-Pierre, un bas-relief de l'AIgardc qui retrace cette scène mémorable. Henri IV y est représenté dans son costume royal avee la croix du Saint-Esprit; sa ligure est ressemblante; niais, pourquoi le sculpteur a-t-il costumé en guerriers
la suite son imago «lovant le temple de sa divine aïeule Venus Géuitrix.
Tureune mont ai L encore le jour Je sa mort la Pie, sa jument limousine. I>>s soldats voyant, apn's la mort du maréchal, l'incertitude qui régnait dan» le coraraandement : Qu'on mette la Vie à notre tête. »e-
criaient-ils, elle nous rm-nera à la victoire !
Napoléon montait à Marengo et à VVagrara Ali, cheval arahe pris « n Kgyptc sur Ali-Bey. A Waterloo, c'était un charmant navarin çris mou-
• heté, âgé de quatre ans. qui s'appelait VAceacia.