L. Béi,'ule
Fig. 67. — Jardins de la villa d'Hste, près de Tivoli.
reliefs pittoresques de ces villas romaines se marient avec les couleurs fraîches de la nature,. que Michel-Ange, le peintre de Thomme nu sur le roc désert, semble n'avoir jamais vues. En 1580, Montaigne, voyageur peu sensible aux richesses artistiques de Rome, admirait fort « les vignes, qui sont des jardins et lieux de plaisir, de beauté singulière. » « Là, dit-il, j'ai appris combien l'art se pouvait servir bien à point d'un lieu bossu, montueux et inégal. » Les Farnèse avaient créé un jardin de conte de fées sur les ruines du Palatin. Au milieu du xvr siècle, la Vigne du pape Jules III reproduit avec plus de fantaisie les portiques de la Villa Madame, dans un immense jardin qui s'étend hors de la Porta del Popolo.
La villa du pape Pie III est encore entourée par les jardins inaccessibles du Vatican ; la villa Médicis, du haut de sa colline, domine d'un côté la ville, de l'autre un parc aux ombrages profonds, le Bosco où ont passé tant d'artistes (fig. 66). A Tivoli, la villa que Pirro Ligorio bâtit vers 15 50 pour le cardinal Ippolito d'Esté, s'élève au-dessus des terrasses étagées d'un parc, qui occupe une partie du domaine de la gigantesque villa d'Hadrien (fig. 67). Là, comme sur la Colline du Pincio, les jardins des patriciens et des empereurs semblent renaître, avec leurs allées, leurs portiques, leurs statues.
Cette forme de la Renaissance n'a pas trouvé d'historiens. En vérité il est difficile de savoir aujourd'hui si Pirro Ligorio, en dessinant la villa d'Esté, s'est inspiré des ruines des jardins d'Hadrien ou de la lettre de Pline le Jeune qui contient la description de la villa et des jardins que l'écrivain possédait en Toscane. Il est probable que les villas romaines du xvr siècle ont eu, comme les villas de l'Antiquité, des ifs et des buis taillés et rasés, pareils à ceux des jardins que nous croyons inventés par Le Nôtre et que nous appelons « français ». Mais il ne reste guère des jardins romains d'autrefois, tels que les avaient façonnés les architectes, que les statues mutilées, les fontaines silencieuses et les eaux mortes. Même à la villa d'Esté, où le plan des massifs n'est pas effacé, les arbres nains et difformes ont été étouffés par la vie séculaire des grands pins et des cyprès géants. Le parc dont les sombres verdures ne pâlissent point à l'approche des hivers a été reconquis par la nature, comme les futaies que dore l'automne, dans les coins abandonnés des jardins de Versailles.