‹ Rome (volume 3)Chapitre 3 sur 22 · EH^M · texte numérisé non relu

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Fig. 7. — La Cloaca ntaxiiiia avant la construction des quais du Tibre.

fical : les tombeaux romains, urnes ou fosses, n'ont livré que de misérables tessons.

Le seul monument funéraire de quelque importance qui remonte probablement à l'époque des rois a été retrouvé en 1899 dans les fouilles du Forum, à peu de distance du Tullianuni. Après avoir provoqué les hypothèses les plus contradictoires, ce monument est resté une énigme. Au milieu du pavement de pierre grise qui s'étendait devant l'arc de Septime- Sévère, un carré de pavement en marbre noir de 2"", 50 de côté semblait marquer une place consacrée (fig. 8). M. Boni, le directeur des fouilles, eut l'idée hardie et heureuse de pratiquer une galerie d'exploration sous le pavement mystérieux. Il trouva enfouies dans le sol deux bases rectangulaires en pierre de tuf, longues de 2"\6o, larges de i"\io, hautes de

50 centimètres, qui étaient adossées à une sorte de terrasse en pierre. Les deux bases étaient placées parallèlement l'une à l'autre; entre elles se dressait isolé, à la manière d'un cippe, un énorme bloc de tuf. Quelques érudits grecs et romains avaient mentionné près du Comitiiim et devant l'arc de Septime-Sévère un monument qui était flanqué de deux lions couchés et qui passait pour le tombeau du berger P'austulus ou de Romulus en personne. Les textes s'appliquaient exactement aux grandes

Fig. 8. — Le pavement noir du Forum. {Lapis Niger.]

pierres taillées qu'avait recouvertes le pavement de marbre noir : il suffisait d'imaginer sur les deux grandes bases deux lions couchés dans l'attitude des sphynx pour reconstituer l'image du monument vénérable qui rappelait peut-être le nom de Romulus, tout près du figuier sacré, destiné à commémorer l'enfance du héros allaité par la louve. Pourquoi ce monument c[ue Varron voyait encore au temps de César, a-t-il été enfoui dans une sorte de cachette souterraine ? Dans quelle restauration de l'époque impérialele « tombeau de Romulus » a-t-il été soustrait aux regards ? Le monument était-il un tombeau ? Est-il contemporain de la fondation de Rome ? Aucune de ces questions n'a pas reçu de réponse définitive. Une trouvaille faite à quelques pas de l'étrange monument a mis au

jour un groupe d'objets d'une haute antiquité. Un tas d'offrandes, parmi lesquelles de petits reliefs de terre cuite et des statuettes de bronze, était amoncelé à côté d'une stèle pyramidale, haute de 60 centimètres et brisée. Sur cette stèle, une inscription très archaïque était gravée sur des lignes qui se suivent alternativement de gauche à droite et de droite à gauche : c'est l'écriture dite hoiistrophédon, qui imite le va-et-vient de la charrue dans le champ. L'inscription, dans son état de mutilation, ne peut être interprétée. Le nom d'un roi, REGEI, y a été lu clairement. Mais s'agit-il d'un roi de Rome ou du prêtre appelé roi des sacrifices?

Ce document épigraphique, même inintelligible, est de la plus haute importance pour l'histoire de la langue et de la civilisation de Rome. Il est écrit dans un dialecte latin, et non dans l'incompréhensible langage des Étrusques ; l'alphabet employé n'est pas l'alphabet étrusque, mais l'alphabet chalcidien adopté dans la colonie grecque de Cumes. Cette ville de Cumes, bâtie à l'une des extrémités du golfe de Naples, en face de l'île d'Ischia, était la colonie la plus septentrionale qui eût été fondée par les Grecs sur les côtes d'Italie. Elle fit connaître son industrie à la Rome primitive, en même temps que son alphabet : quelques-unes des statuettes de bronze qui ont été retrouvées au pied de la stèle archaïque du Forum étaient de petits ApoUons grecs. Les caractères de l'inscription et le style des figurines font penser au vr siècle. Le « tombeau de Romulus » est plus voisin de la révolution qui renversa les rois que du héros dont la charrue traça une première enceinte autour du Palatin. Les monuments primitifs du Forum ne confirment point les légendes ; ils ne précisent point les faits : anonymes et mystérieux, ils évoquent obscurément le temps où Rome parlait un latin barbare et commençait à être visitée par des marchands grecs.

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