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ROM

Frangipani n'a pas laissé de ruines au pied de l'arc de Titus : le campanile de Santa Maria Nova, l'église qui prit plus tard le nom de Sainte-Françoise Romaine, domine toujours le Forum.

Ces clochers romains du XIIe et du XIIIe siècle ont la forme carrée des tours militaires ; leur silhouette est moins massive ; au milieu des longues fenêtres à deux baies brille une colonnette de marbre blanc ; souvent la rousseur commune de la brique est enrichie par des taches de pourpre,

Fig.

Chevet de l'église des Saints-Jean-et-Paul, sur le Célius.

de vert sombre ou de bleu rare, qui sont des disques de porphyre et de serpentine ou des coupelles de faïence orientale.

La plupart des campaniles romains du moyen âge ont été fondés à côté d'une église rebâtie. Les architectes copièrent scrupuleusement le plan des premières basiliques romaines, avec leurs trois nefs sans tribunes ; mais ils ne reproduisirent qu'une seule fois, dans la reconstruction de Saint-Clément, la cour entourée de portiques qui était le vestibule magnifique des églises constantiniennes. D'ordinaire la cour fut remplacée par une simple colonnade qui soutenait un auvent appuyé à la façade. Les colonnes étaient des monolithes antiques, les chapiteaux, le plus

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souvent, reproduisaient des modèles d'ordre ionique; parfois l'architrave était ornée d'un ruban ou d'un semis de mosaïque de marbre et d'or. L'extérieur des absides était d'ordinaire plus pauvre : seule une galerie à colonnade, qu'il faut attribuer peut-être à un architecte lombard, pour-

Fig. 24. — Église de Saint-Georges au Vélabre.

tourne l'abside de l'église des Saints-Jean-et-Paul, si élégante et si légère au-dessus des grands pins du Célius (fig. 23).

Plusieurs églises romaines, dont l'intérieur a été défiguré par les stucs baroques, ont encore leur façade du XIIe ou du XIIIe siècle, avec le petit portique auprès duquel monte le campanile incrusté de porphyre et de faïence. Avec l'église des Saints- Jean-et-Paul, on peut citer Sainte-Marie et Sainte-Cécile au Tràstevere et Saint-Laurent hors les Murs (fig. 10, p. 23). n. 5

Plusieurs de ces façades et de ces campaniles ont leur place dans res petits paysages historiques de Rome dont les pittoresques « fabriques composent en raccourci un tableau du passé : c'est Saint-Georges au Vélabre, groupé sur une place étroite avec deux arcs romains [fig. < c'est Sainte-Marie in Cosmcdin, placée en face d'un temple rond, près du Tibre et du quai où débouche la Cloaca Maxima.

Tous les arts se raniment autour de l'architecture. La peinture revient d'abord aux anciens modèles chrétiens. Deux peintres romains, pictores romani, appelés Giovanni et Stefano, ont signé la fresque qui décore l'abside de l'église de Sant'Elia, isolée près de Xepi, au pied du mont Soracte : c'est une variante de la mosaïque des Saints-Cosme-et-I)amien, qui déjà avait servi de modèle aux mosaïstes du IXe siècle. La technique de la mosaïque s'est perdue, mais les thèmes des décorations étincelantes se maintiennent dans les fresques aux couleurs dures et pauvres. A Rome même, une imitation grossière de la mosaïque des Saints-Cosme-et-Damien s'est conservée, à quelques pas de l'église du Forum, dans l'abside d'une petite église du Palatin, perdue au milieu des vignes, entre les deux arcs de Titus et de Constantin. C'est l'ancienne église de Santa Maria in Pallara ; elle a pris le nom de San Bastianello, en l'honneur de saint Sébastien, que le peintre du XIe siècle a représenté en pendant à saint Zoticus, drapé dans un manteau de patrice byzantin et incliné devant le Christ, qui montre sur le palmier le phénix de la résurrection.

Hors de Rome, dans le frais vallon de la Caffarella. l'antique édicule funéraire que le moyen âge a dédié au pape saint Urbain : e-^t revêtu intérieurement de peintures du XIe siècle. A la suite d'un cycle complet de scènes évangéliques sont racontées les légendes de plusieurs martyrs romains. Le nom du donateur, Bonizo, est inscrit au-dessous de la Crucifixion, avec la date MXI (101 1). Malheureusement, cette date a été repeinte de telle manière qu'elle doit être suspecte ; les fresques anciennes ont disparu sous plusieurs couches de peinture moderne. Les compositions seules offrent un intérêt : d'allure naïve et populaire, elles ne comprennent aucun des motifs particuliers à l'iconographie byzantine. Le peintre de Saint- Urbain, comme celui de San Bastianello, se contente des traditions locales Ni l'un ni l'autre de ces deux peintres ne s'est inspiré des fresques savantes et admirables que des moines grecs peignaient alors dans l'église de Santa Maria Antiqua, au pied du Palatin J. Aucun artiste romain n'a

1 Voir Rome, V Antiquitc, p. 113.

2 Voir plus haut. p. 54-55.

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eu l'idée d'imiter les mosaïques dont les moines basiliens de Grottaferrata avaient fait décorer leur église voisine du lac d'Albano. Les leçons que pouvait donner à l'Occident l'art byzantin, seul dépositaire au XIe siècle des traditions de la peinture antique et de la mosaïque chré-

Fig. 25. — Un miracle de saint Clément : l'enfant retrouvé dans la chapelle sous-marine (Fresque du xic siècle. Église basse de Saint-Clément).

tienne, ne furent suivies à Rome, où vivaient des peintres grecs, que lorsqu'elles y eurent été apportées par des moines latins.

Desiderius, abbé du 3Iont-Cassin, avait fait venir vers 1070 sur la montagne de Saint-Benoît des mosaïstes de Constantinople qui formèrent dans l'abbaye un atelier de mosaïstes, de peintres et de miniaturistes. Les chefsd'œuvre de cet atelier sont, avec les fresques de Sant'Angelo in Formis, près Capoue, quelques livres à miniatures, dont le plus riche, contenant une illustration complète des légendes de saint Benoît et de saint Maur, se trouve à la bibliothèque du Vatican [Vat. lut. 1202). C'est aux gouaches

de ce volume qu'il faut recourir pour apprécier la science du modelé et la liberté de dessin qu'avaient acquises les peintres du xMont-Cassin. Le récit des légendes est animé avec une verve qui étonne dans une œuvre du XIe siècle. La science que le miniaturiste a reçue des maîtres grecs Ta rendu capable de s'affranchir de leurs leçons elles-mêmes et de regarder la nature.

Le même sens de la vie, la même délicatesse de dessin distinguent une suite de fresques peintes dans l'église inférieure de Saint-Clément. Ces fresques ont été certainement achevées avant le sac et l'incendie du quartier de Latran par Robert Guiscard. Alors, en 1084, l'église de Saint-Clément fut entourée de monceaux de ruines qui menacèrent de l'écraser. Pour maintenir les murs de l'église, qui servirent de fondations à un nouvel édifice, on remplit de terre tout le vaisseau, qui n'a été déblayé que de nos jours. Les fresques les moins anciennes de l'église intérieure, voisines des peintures du IXe siècle indiquées plus haut p. 54 . sont donc contemporaines de Grégoire VII.

Ces fresques mettent en scène une foule d'ecclésiastiques et de laïcs en costumes contemporains. Parmi eux se trouve à deux reprises l'un des donateurs, Beno de Rapiza. Les scènes représentées sont tirées des actes de saint Cvrille et de saint Méthode, apôtres des Slaves, de saint Clément et de saint Alexis. Deux images en particulier peuvent être citées parmi les récits de légende les plus bizarres et les plus touchants qu'ait laissés le moyen âge.

Le pape saint Clément, premier ou second successeur de saint Pierre, avait été jeté à la mer avec une ancre au cou. Une chapelle sous-marinr fut élevée par les anges à l'endroit où le corps du martyr avait touché le fond. Chaque année, le jour de la fête de saint Clément, la mer se retirait et les fidèles allaient en procession visiter l'édicule mis à sec. Il arriva qu'une femme, tout entière à sa dévotion, publia son enfant dans la chapelle, que la mer vint recouvrir. Mais l'année suivante, elle l'y retrouva jouant devant rauteL(fig. 25).

Une autre fresqup, non moins curieuse, raconte la fin de la légende de sa;r\t Alexis : légende douloureuse et cruelle qui sacrifie à la vocation de l'ascète les joies et les devoirs de la vie commune. Alexis, un jeune noble romain, qui avait consacré sa vie à Dieu et qui s'était laisse marier par sa famille, disparut le jour de ses noces. Après une longue pénitence, il revient méconnaissable à sa maison de l'Aventin. où sa femme regarde par la fenêtre, comme si elle continuait d'attendre le retour de l'absent. Le voyageur se présente devant son père, qui arrive à cheval ;

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il lui demande l'hospitalité, qui lui est accordée. Pendant dix ans, Alexis vieillit sous le toit paternel: la nuit il occupe un galetas. Cependant la mort va mettre fin à cette singulière épreuve : les cloches de l'église voisine se mettent d'elles-mêmes à sonner le glas. Le pape saint Boniface, attiré par le bruit du miracle, se fait conduire près du saint, qui lui confie, avant de rendre le dernier soupir, un parchemin où il a écrit son histoire. Le père et la mère s'arrachent les cheveux devant le cadavre

Fig. 26. — Mosaïque absidale de l'église Sainte-Marie du Trastevere (xne siècle).

de leur fils et la femme d'Alexis embrasse son époux pour la première fois.

Les personnages qui figurent dans les tableaux de ces « Miracles » ont le visage rond, les traits fins, le corps élég-ant et long. Le progrès soudain réalisé par la peinture romaine entre la fresque de San Bastianello et celles de Saint-Clément ne peut s'expliquer que par l'influence directe de l'art du Mont-Cassin. Les rapports établis entre la grande abbaye et les monastères bénédictins de Rome étaient étroits bien avant que l'abbé Desiderius succédât à Grégoire VII sur le trône pontifical, en prenant le nom de Victor III. Quant au pape bénédictin, il ne fit que passer à

Rome, et, pendant l'année que dura son règne, il ne descendit guère de la sainte montagne où il s'était retiré.

Les maîtres appelés de Constantinople par l'abbé Desiderius avaient enseigné aux bénédictins du Mont-Cassin et de Capoue la technique de la mosaïque. D'après une chronique du .Mont-Cassin, cette technique aurait été oubliée en Italie pendant cinq cents ans ; en réalité elle s'était perdue avant la fin du ixc siècle. Lorsque la mosaïque reparaît à Rome, dans la première moitié du XIIe siècle, c'est grâce aux bénédictins formés par les mosaïstes grecs. Ils rapprirent aux artistes de Rome la pratique de l'art qui, depuis Constantin jusqu'à Charlemagne, avait été l'art romain par excellence. Mais la technique retrouvée fut employée à représenter des compositions dont les modèles s'étaient conservés dans les absides des églises de Rome ou dans la tradition des peintres locaux.

La première mosaïque romaine du XIIe siècle, postérieure de près de trois cents ans à celle de San Marco, est sans doute celle qui décore l'arc triomphal et l'abside de l'église supérieure de Saint-Clément. La décoration de l'arc triomphal imite encore la grande mosaïque de Saint-Paul hors les Murs ; le souvenir des artistes qui avaient rapporté en Italie le secret d'un art oublié n'est rappelé que par les inscriptions qui accompagnent les figures assises de saint Pierre et de saint Paul : le mot « saint » est le mot grec agios écrit en caractères latins. Quant à la conque, elle est revêtue de rinceaux de feuillages tout pareils à ceux qui décoraient primitivement l'abside de Sainte-Marie Majeure. Au bas de l'abside sont disposés des animaux et des scènes champêtres, dans lesquelles figure le Bon Pasteur. On pourrait croire que le mosaïste n'a fait qu'insérer l'image du Crucifix dans une décoration du IVe ou du Ve siècle, si l'on ne savait que l'église supérieure de Saint-Clément a été construite dans les premières années du XIIe siècle. Selon toute vraisemblance, la mosaïque qui s'est conservée dans l'abside de cette église est une imitation fidèle de la mosaïque qui existait dans l'église ancienne, devenue souterraine1.

La décoration absidale de Sainte-Marie du Trastevere fut commencé par Innocent II, vers 1140; au temps d'Eugène III. vers 1145. les mosaïques achevèrent de couvrir. l'arc triomphal et la grande conque. A la fin du siècle suivant, d'autres mosaïques furent ajoutées entre les fenêtres de l'abside. Les mosaïques du XIIe siècle reprennent plusieurs des thèmes familiers à l'art romain du Ve et du IVe siècle, depuis la procession des eigneaux jusqu'à la rangée des candélabres de l'Apocalypse ; pourtant, à

1 Voir ci-dessus, p 08

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côté de saint Pierre, seul drapé de blanc, et copié d'après une mosaïque ancienne, des personnages nouveaux se sont introduits dans l'assemblée céleste. Ils. ne viennent pas de Byzance. Les saints alignés de face, et qui sont tous des ecclésiastiques, portent le costume liturgique de l'Eglise latine, comme le pape Innocent, qui présente le modèle de l'édifice reconstruit et décoré par lui. Au milieu de l'assemblée, le Christ des absides romaines n'est plus seul ; il a passé son bras derrière le cou de la Vierge, qui est venue s'asseoir à ses côtés sur un trône large comme un bancffig. 26). Déjà, sans

Fig. 27. — La donation de Constantin (Fresque du xm" siècle dans un oratoire de l'église

des Quattro-Coronati) .

doute, la Vierge avait pris place à Rome au milieu des absides, lorsque les mosaïstes du VIIIe et du IXe siècle s'étaient inspirés de l'art chrétien d'Orient, Mais jamais les mosaïstes byzantins n'avaient assis côte à côte la Mère de Dieu et son Fils. Ce groupe, dont la grâce familière a rompu avec la hiérarchie orientale des saintes images, est une création originale et déjà « italienne ».

Le style de cette mosaïque — draperies larges et flottantes, corps trapus, visages ronds — n'a aucune ressemblance avec le style byzantin : les mosaïstes romains, au milieu du XIIe siècle, ont employé les procédés que leur avaient enseigné les moines du Mont-Cassin, sans renoncer aux motifs archaïques et aux formes alourdies qui s'étaient conservés au XIe et au XIIe siècle dans les ateliers des peintres locaux.

C'est seulement dans les premières années du XIIIe siècle qu'une mosaïque de Rome, celle de l'abside de Saint-Paul hors les .Murs, revêt des formes byzantines. Avant la restauration de 1828, qui a gravement altéré les figures, le Christ, au pied duquel est agenouillé, le pape Honorius III, avait la majesté d'un Pantocrator. Le trône de gloire exposé au milieu du cortège des Anges et des Apôtres est le même qui s'était montré au Ve siècle sur l'arc- triomphal de Sainte--Marie-.Maj<-ure, parmi d'anciennes mosaïques de goût oriental, et qui par la suite n'avait plus reparu dans les absides romaines. L'art byzantin qui, dans la mosaïque de Saint-Paul, triomphe de la ténacité des traditions romaines n'est point venu du Mont-Cassin : il redescend du Nord de l'Italie. Les mosaïstes qui ont décoré l'abside de la grande basilique étaient des Vénitiens. Un de ces maîtres, nourris des traditions grecques, avait été envoyé à Rome par le doge avant 12 18; en cette année deux autres furent appelés de Venise par le pape Honorius III.

Désormais la fresque, comme la mosaïque, subit à Rome la tutelle de l'art byzantin le plus commun et le plus rude, -- de l'art d'exportation. Que l'on compare aux fresques de l'église inférieure de Saint-Clément, exécutées avant 1084, celles qui ont été peintes tout près de là, dans l'oratoire de Saint-Sylvestre, consacré en 1246 par le pape Innocent IV, à côté de l'église des Quatre-Saints-Couronnés ; le cycle le plus récent paraîtra le plus archaïque. Les visages sont allongés, les joues creusées, les regards durs. Cependant cette suite de médiocres peintures du xm" siècle forme, à sa date, un spectacle historique d'un intérêt saisissant. Commandées à un peintre romain, quelques années avant la mort de Frédéric II, par le pape qui combattit à outrance 1' « ennemi du Christ » et se vanta de l'avoir « écrasé comme un serpent », les fresques de Saint-Sylvestre exposent la légende du pape qui donna le baptême à Constantin : l'empereur, vêtu d'étoffes orientales comme Frédéric II, s'incline devant Sylvestre, pour baiser les images des Apôtres; il remet au pontife la tiare, symbole de la fabuleuse donation (fig. 27) : il marche en tenant la bride du cheval blanc sur lequel est monté celui qui, selon les maximes d'Innocent III, reprises par Innocent IV, a reçu de Dieu et de saint Pierre « les rênes de l'empire terrestre, comme celles du royaume des cieux ».

Dans la première moitié du xne siècle les pavements de plusieurs églises de Rome se couvrirent d'incrustations de marbres de couleur. Des fragments découpés et concassés en figures très simples, triangles, carrés ou losanges, furent assemblés de manière à composer des rectangles ou

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bien des méandres qui tournaient autour de disques de serpentine ou de porphyre. Le pavement de Sainte-Marie in Cosmedin, achevé vers 1125, et celui de Sainte- Alarie-Majeure, auquel on travaillait en 1145, font l'effet d'un immense tapis d'Orient (ûg. 28).

Ces pavements de marbre à décor géométrique n'imitaient point des décorations antiques : ils diffèrent également de Yopus scctile, marque-

Fig. 28. — Vue intérieure de l'église Santa Maria in Cosmedin.

terie de marbre découpé qui était incrustée dans les lambris, et de Yopus tessellatum, dont les menus cailloux de marbre composaient les pavements qui n'étaient point de vrais tableaux de mosaïque. Le premier monument dont le pavement soit couvert de grands méandres circulaires, comme celui de Sainte-ALarie-Majeure, est une église d'architecture et de splendeur orientale : Sainte-Sophie de Constantinople.

Une seule fois ce décor avait été introduit dans une église romaine avant le VIIe siècle : le pavement de la chapelle de Saint-Zénon, consacrée au commencement du IXe siècle par le pape Pascal I" p. 60), se compose d'un grand disque de porphyre entouré de losanges de marbre blanc, vert et rouge et inscrit dans un carré rempli de petits carrés des mêmes couleurs. Ce pavement est, aussi bien que les

mosaïques à figures des parois et de la coupole, une imitation de l'art

chrétien d'Orient.

La pratique des pavements en marqueterie de marbre s'était perdue

à Rome après le IX1' siècle, comme la technique de la mosaïque d'émail. Les deux techniques furent enseignées à nouveau par les mosaïstes venus de Constantinople aux moines du Mont-Cassin et par ceux-ci aux ateliers de Rome. Le pavement de Sainte-Marie- Majeure est une copie du pavement de l'ancienne basilique de Saint-Benoît.

La mosaïque à décor géométrique trouva dans la ville que les empereurs avaient bâtie de marbre une carrière inépuisable. Le système de décoration tout oriental que les bénédictins du Mont-Cassin avaient fait connaître à Rome s'y naturalisa si complètement qu'il fut appelé au xnie siècle « ouvrage romain », opus romanum. Des dynasties de marbriers romains se firent une spécialité de incrustations ; ils enrichirent de disques de porphyre

et de méandres multicolores non seulement le sol des églises, mais encore

le mobilier des sanctuaires.

Le chatoiement des marbres de couleur égaie encore de nos jours

l'intérieur des églises romaines du moyen âge. A Saint-Laurent hors les

Murs, quatre marbriers romains, fils d'un maître Paul, ont grave leur

nom en 1148 sur le tabernacle du maître-autel: l'édicule est surmonté

Fie.

— Trône orné de mosaïques géométriques [xni8 siècle). Eglise Sainte-Balbine.

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d'un toit de marbre, légère pyramide à deux étages, suspendue sur des colonnettes1. Les architraves sont de brèche violette, les colonnes de porphyre. Les marbriers ont employé des morceaux antiques, dont la couleur opulente pouvait se passer d'incrustations bigarrées. Ce tabernacle a été placé dès le XIIe siècle dans l'ancienne église constantinienne où il s'élève encore, mais plus près de la mosaïque qui décore l'arc triomphal. Une seconde basilique se trouvait déjà construite au bout de l'église

Fig. 30. — Autel décoré de mosaïques géométriques (xiile siècle). Église de San Cesareo in Palatio.

primitive, mais elle était orientée en sens inverse : les deux absides s'adossaient l'une à l'autre. En 1216, Honorius III fit démolir les deux absides; les deux églises n'en firent plus qu'une seule; le sol de l'église la plus ancienne fut exhaussé et servit de chœur. Alors les deux églises furent pavées de marbres multicolores ; au milieu de celle qui formait la nef, un médaillon marqueté représente deux donateurs, des cavaliers avec le heaume du XIIIe siècle. Dans l'église antérieure l'ambon est encore intact; à côté ds cette tribune de marbre, où ont été encastrés les fragments antiques les plus divers, une colonnette torse est le candélabre du cierge pascal. Au fond du chœur la paroi qui était celle de la façade

1 Ce toit a été refait sous Pie IX, d'après le modèle d'autres tabernacles conservés dans des églises de L'ancien Etat romain.

primitive est magnifiquement incrustée de mosaïque de marbre et d'or.

D'autres églises ont conservé une parure aussi riche que la basilique

vénérée : c'est Sainte-Marie in Cosmedin, où un ambon du xm" siècle,

flanqué de son candélabre pascal, repose sur le pavement du XIIe siècle et où

Fig. 31. — Ambon décoré de reliefs et de mosaïques (xme siècle). Église de San Cesareo in Palatio.

les colonnes d'un iconostase sur une clôture de chœur tout incrustée de mosaïques (fig. 28); ce sont de petites églises de l'Aventin et du Célius, dont les portes ne s'ouvrent qu'une fois l'an, le jour de la fête du saint titulaire. Alors, dans le rayonnement des cierges, apparaissent au fond des nefs délabrées des ouvrages précieux et magnifiques : le siège royal du cardinalprêtre, au fond de l'abside de Sainte -Balbine fig. 29J : la clôture de chœur,

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l'ambon et l'autel de marbre et de mosaïque groupés dans la pauvre église de San Cesareo in Palatio (fig. 30 et 31).

Au milieu des familles de marbriers qui ont rempli de leurs ouvrages les vieilles églises de Rome, la plus active a été celle dont le premier représentant connu, l'ancêtre, s'appelait Lorenzo. et dont deux membres ont porté le nom de Cosma. Tout un groupe d'artistes de cette famille a

Fig. 52. — Cloître de Saint-Laurent hors les Murs (xn° siècle).

concouru à l'œuvre capitale de l'école romaine du moyen-âge, la décoration de l'ancienne cathédrale de Cività-Castellana, — portique, nef et sanctuaire. A Rome même, Lorenzo, avec son fils Jacopo, a exécuté, dans les premières années du XIIe siècle, l'un desambonsde l'église d'Aracceli (à droite de l'entrée). Les artistes de cette famille furent experts dans la mosaïque d'émail à figures, aussi bien que dans la mosaïque de marbre à décor géométrique; vers 1220, maître Jacopo a signé, avec son fils Cosma, la mosaïque qui décore l'entrée de l'ancienne église de San Tommaso in Formis, sur le Célius, que le pape Innocent III venait de donnera l'ordre des Trinitaires, chargé de la rédemption des esclaves : dans le grand

médaillon à fond d'or le Christ est assis entre deux esclaves délivrés, l'un blanc, l'autre nègre.

D'autres marbriers romains peuvent revendiquer leur place dans l'histoire, à côté de cette famille privilégiée. Vers la fin du XIIe siècle, plu-

Fig- 33- — Cloître de Saint-Jean de Latran (xni° siècle i.

sieurs ateliers ont travaillé à parer d'incrustations de marbre, non seulement le mobilier d'un sanctuaire, mais l'extérieur d'un édifice. Ce sont des marbriers qui ont incrusté des disques de porphyre dans la brique des campaniles. D'autres ont bâti des cloîtres pour les moines et les chanoines de quelques grandes basiliques. L'un des plus anciens, celui de Saint-Laurent hors les .Murs, a été achevé en 1 187 ; c'est une construction de brique assez trapue, que n'égaie encore aucune touche de cou-

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leur, et qui doit tout son charme au verger qu'elle enclôt fig. 32). Le cloître de Saint-Paul hors les Murs, commencé en 1209 et achevé vers 1240, brille d'une splendeur nouvelle. Les colonnes torses, groupées deux à deux, sont incrustées de mosaïques composées, non plus seulement de marbres, mais d'émail noir, rouge et or. Peut-être le cardinal Pietro de Capoue, archevêque d'Amalfi, qui, d'après l'inscription, a commencé

Fig. 34. — Sphinx. Détail du cloître de Saint-Jean de Latran (xin'' sièele).

ce cloître d'après ses propres dessins [arte sua' , avait-il apporté à Rome quelques souvenirs de Palerme et du cloître de Monreale. Déjà en 11 70 la décoration arabo-sicilienne, avec son système d'entrelacs dessinés par des baguettes d'émail, avait été importée sur le continent italien par l'archevêque de Salerne Romoaldo, qui avait fait exécuter l'ambon et la chaire de sa cathédrale par des ouvriers de Palerme. L'art des marbriers romains a pu recevoir, au milieu du XIIIe siècle, un reflet lointain et indirect de l'art sicilien ; mais les deux arts restent distincts : l'un relève par l'école

du Mont-Cassin, de l'art chrétien d'Orient; l'autre de l'art musulman.

Le cloître de Saint-Paul était à peine commencé qu'un autre cloître, non moins riche, fut élevé au flanc de la basilique de Latran par un marbrier romain appelé Vassalletto, artiste fécond et réputé en son temps. Ces portiques de marbre légers et gracieux qui entouraient l'enclos funéraire des bénédictins de Saint- Paul et des chanoines de Latran semblent avoir été élevés dès l'origine pour encadrer, comme aujourd'hui, des jardins d'orangers et de roses. Peu de monuments du passé ont le charme souriant de ces grands cloîtres romains, où la même nappe de soleil, baignant le jardin et atteignant, à travers la colonnade, le pavé du frais promenoir, avive à la fois l'éclat des fleurs vivantes et celui des étoiles d'email

Si l'on s'attache à regarder les sculptures ciselées sur les frises, les lions et les sphinx assis à l'entrée des baies qui font communiquer le cloître et le jardin, on admirera dans le choix des motifs, rinceaux ou mascarons. et dans la rondeur du modelé, des imitations habiles de l'art antique (fi g. 34). Vassalletto. l'architecte du cloître de Latran, s'est souvenu à la fois de l'antiquité païenne et de l'antiquité chrétienne, en même temps que des ivoires, lorsqu'il a sculpté pour la basilique de Saint-Paul hors les Murs, un candélabre de 1 pascal. Il a représenté en une série de reliefs superposés de manière bizarre, du bas au haut de la colonne, les scènes de la Passion, que l'Eglise commémore depuis le Jeudi Saint jusqu'au jour de Pâques. D'autres imitations des reliefs antiques et des sarcophages du Ve siècle pourraient être relevées sur les sculptures et jusque sur les mosaï-

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Fig- 35- — Laudélabre du cierge pascal, sculpté par le marbrier romain Vassalletto. Basilique de Saint-Paul hors les Murs.

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quesde l'ambon et de l'autel de San Cesareo(fig. 31): Dans le premier quart du xiii" siècle, au temps où Innocent III élevait la Papauté à un degré de puissance qu'elle ne devait plus jamais atteindre par la suite, les marbriers romains ont ébauché, dans leurs ouvrages de sculpteurs, une

Fig. 56. — Tombeau du théologien français Guillaume Durand, œuvre du marbrier romain Giovanni di Cosma. Eglise de Santa Maria sopra Minerva.

Renaissance, qui fut locale et éphémère. Leur renommée de mosaïstes s'étendit dans toute l'Italie centrale. .Maître Pietro di .Maria décore le cloître de Sassovivo, en Ombrie, « romano opère et mastr ici ». D'autres vont enseigner aux marbriers de la Toscane le système du décogéométrique de marbre et d'émail. Enfin deux membres d'une famille de marbriers romains, le père, Oderisio, et le fils, Pietro, passent les n. 6

Alpes vers 1275 : ils s'en vont à Londres, pour décorer à la romaine le pavement et quelques tombeaux de l'église abbatiale de Westminster.

Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les derniers artistes de la famille des Cosmati élevèrent des tombeaux et des tabernacles d'autel d'un tvpe tout nouveau, dont ils ne trouvaient les modèles ni dans le moyen âge romain, ni dans les fragments antiques. Avant eux, les dignitaires ecclésiastiques ou laïcs se faisaient enterrer dans un sarcophage antique : celui de Luca Savelli, sénateur de Rome, dans l'église d'Aracœli, représente des génies et des allégories des saisons; celui du cardinal Fieschi, à Saint-Laurent hors les Murs, un cortège nuptial. Ces sarcophages, étaient abrités sous un dais en forme de toit porté par des colonnes et décoré de quelques rubans de mosaïques. Giovanni, fils du second Cosma, fut chargé de sculpter les tombeaux de deux prélats. L'un de ces tombeaux, celui du cardinal Gonsalvo, mort en 129g est à Sainte-Marie-Majeure; l'autre, celui du fameux théologien français Guillaume Durand, évèque de Mende, mort en 1296, est à la Minerve Le marbrier romain a représenté le mort couché dans ses vêtements pontificaux, sur un lit de parade, dont deux anges soulèvent les courtine- : derrière le cadavre, sur la paroi, une mosaïque représente la Vierge assise entre deux saints; au-dessus du tombeau de Guillaume Durand, les deux saints sont saint François et saint Dominique. Le dernier descendant de maître Lorenzo, Adeodato, érigea à Sainte-Marie in Cosmedin un tabernacle très différent de celui de Saint Laurent hors les Murs: les colonnes antiques portent un dais dont les arcades sont aiguës et qui est surmonté de pignons pointus (fig, 28). Ces transformations ne se sont point opérées spontanément dans l'art romain.

Les Cosmati ont eu pour modèles des œuvres authentiques d un sculpteur florentin nommé Arnolfo, qui avait été l'un des aides de Nicolas d'Apulie (dit Nicolas « Pisano »), et qui n'est autre que l'architecte Arnolfo di Cambio. Celui-ci se trouvait dans la ville des papes en 1277. Il y était aux gages du frère de saint Louis, Charles d'Anjou, roi de Naples et « sénateur » de Rome. Le Florentin, — ou l'un de ses aides, — a sculpte pour le Capitole la rude et massive statue du roi français, allié île la papauté, qui est assise encore sur la colline historique, à l'entrée du palais des Conservateurs fig. 37).

Arnolfo a gravé son nom, avec la date de 12SS. sur le tabernacle en marbre de Saint-Paul hors les Murs : en 1293 il revint à Rome, après plusieurs années d'absence, et y sculpta un second tabernacle du même type, celui de Sainte-Cécile au Trastevere fig. 38 . 11 avait eu pour colla-

DE GRÉGOIRE VII AUX PAPES D'AVIGXOX

borateur au tabernacle de Saint-Paul un marbrier nommé Paolo. qui était sans doute un Romain. Les artistes locaux adoptèrent ce nouveau type d'édicule, avec ses arcades tréflées et ses pignons aigus : le tabernacle qu'Adeodato éleva dans l'église de Sainte-Marie in Cosmedin est une imitation de celui de Saint-Paul. La statue agenouillée du pape Nicolas IV, reste d'un monument élevé à la fin du XIIIe siècle dans la basilique deLatran (fig. 39), rappelle l'effigie du cardinal français de Brave, sur sou tombeau d'Orvieto, qu'a sculpté Arnolfo.

Cependant la décoration polychrome de ce tombeau, placé à mi-chemin de Florence et de Rome prouve qu'Arnolfo avait appris des marbriers romains la technique des mosaïques étoilées d'émail et d'or. Le Florentin dut encore à Rome un enseignement plus haut; il y vit la beauté antique dans les marbres épars, comme son maître, le grand sculpteur Nicolas d'Apulie l'avait vue sur les reliefs des sarcophages de Pise. Le visiteur attentif pourra distinguer parmi les statuettes et. les bas-reliefs du tabernacle de Saint-Paul des draperies de pal li u ni et des nudi tés sereines qui évoquent, au-dessus du tombeau de l'Apôtre, les philosophes, les héros, — les dieuxmêmes, Apollon et Vénus, dans laflorissante jeunesse d'Adam et d'Eve.

L'œuvre d' Arnolfo, comparée à celle des derniers descendants de maître Cosma, laisse voir comment des échanges ont enrichi à la fois l'art romain et l'art toscan dans le dernier quart du xm" siècle. Il est plus difficile de suivre les influences réciproques des deux écoles dans la peinture. En effet, à partir du commencement du xin° siècle, la mosaïque et la pein-

Fig. 3-. — Statue de Charles Ie1' d'Anjou, roi de Sicile et sénateur de Rome. Palais des Conservateurs, au Capitole.

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