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ture se trouvaient, en Toscane comme à Rome, sous la domination de l'art byzantin. Tandis que des mosaïstes vénitiens travaillaient à Saint- Paul hors les Murs, d'autres formaient à Florence les artistes qui ont commencé la décoration du Baptistère.

Fig. 38. — Tabernacle sculpté par Arnolfb di Cambio. Église de Sainte-Cécile au Trastevere.

Un nom personnifie pour Vasari et pour l'histoire l'art florentin dans le siècle où cet art a été byzantin ; ce nom, celui de Cimabue, a été lu au bas d'un parchemin de l'année 1272, retrouvé dans les archives de Sainte-Marie- Majeure. On ignore si le peintre florentin a laissé à Rome des œuvres et des élèves. Le mosaïste Jacopo Corriti,qui a signé en 1 2 n et en 1296 les deux mosaïques absidales de Latran et de Sainte-Marie- Majeure, était un franciscain qui travaillait à Rome pour le premier pape

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franciscain, Nicolas IV ; on ne sait s'il était Romain. Son œuvre a consisté à restaurer de grandes compositions du vesiècle en refaisant des figures entières et en introduisant des personnages nouveaux.

Aucun artiste italien, pas même Cimabue ou Duccio, n'a imité plus savamment le style solennel, le modelé accentué et le coloris magnifique des œuvres b}rzantines Cependant Torriti représente à côté des apôtres les patrons de son ordre, ceux de Nicolas IV, saint François et saint Antoine de Padoue. Au milieu des volutes qui décoraient depuis le temps de Sixte III l'abside de Sainte-Marie- Majeure , il montre la Vierge assise à côté du Christ, comme la reine du Ciel. Ce n'est plus le groupe immobile qui avait paru dès le XIIe siècle dans l'abside de Sainte-Marie du Trastevere; c'est le Couronnement de la Vierge, imao-e de o-loire inconnue de l'art byzantin et de l'art romain, et qui semble avoir été représentée d'abord par les sculpteurs de l'Italie du Nord et les imagiers des cathédrales françaises (fig. 40).

Au-dessous du Couronnement ~, cinq tableaux de mosaïque remplis de figurines mettent en scène la vie de la Vierge, depuis l'Annonciation jusqu'à la « Dormition » ; compositions, attitudes et types, tout est byzantin, sauf les accessoires du mobilier et du décor, mode des marbriers romains. Quelques années avant l'achèvement

Fig. 39. — Le pape Nicolas IV; bas-relief orne de mosaïque. Basilique de Saint-Iean de Latran.

tout incrustés de mosaïques à la

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des mosaïques de .Sainte-Marie-Majeure, six compositions analogues avaient été disposées au-dessous de la mosaïque absidale de .Sainte-Marie du Trastevcre. L'iconographie est toute byzantine : mais les architectures incrustées de mosaïques ont pris assez d'ampleur pour former presque tout le décor; les draperies aux plis serrés sont remplacées par des manteaux amples comme des toges ; le modelé arrondi a fait place à un dessin ferme et marqué par des contours bruns. La simplicité des atti-

Fig. 40. — Mosaïque absidale de Sainte-Marie-Majeure. Œuvre de Jacopo Torriti [1296]

tudes, le petit nombre des personnages, la largeur du style sont d'un art classique, qui, sur le sol romain, se souvient de la statuaire antique. Le mosaïste qui a signé ces mosaïques en 1291 était un Romain. Pietro Cavallini. Récemment une autre de ses œuvres a été retrouvée au Trastevcre, dans une salle attenante à l'église Sainte-Cécile: c'est un Jugement dernier peint à fresque. Aucune œuvre italienne de la fin du XIIIe siècle n'est plus digne d'être rapprochée des premiers chefs-d'œuvre de Giotto.

Le grand novateur florentin était encore un jeune homme de vingtcinq ans, lorsque Pietro Cavallini, en pleine possession de son talent et

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de sa renommée, achevait les mosaïques de Sainte-Marie du Trastevere. Giotto fut appelé à Rome à la fin du XIIIe siècle; il y séjourna jusqu'en 1300, et il y exécuta plusieurs œuvres importantes pour le cardinal Jacopo Caetani degli Stefaneschi. La plus majestueuse de ces œuvres était une mosaïque représentant la nacelle des apôtres battue par l'orage et saint Pierre marchant sur les vagues à l'appel du Christ. Cette mosaïque, sauvée de la destruction de l'ancienne basilique, a changé de

Fig. 41. — Net de l'église de Santa Maria sopra Minerva.

place quatre fois au XVIIe siècle avant d'être encastrée sous le portique de Maderna, au-dessus de l'entrée : les transferts et les restaurations n'ont respecté que les grandes lignes de la composition primitive. La sacristie de Saint-Pierre conserve une œuvre authentique de Giotto, contemporaine de la mosaïque : c'est le triptyque qui fut placé en 1298 sur le maître-autel de la basilique. Les panneaux sont peints sur les deux faces. Les côtés exposés aujourd'hui formaient le revers de l'ancien triptyque : au milieu, le Christ sur son trône entouré d'anges, avec le cardinal Stefaneschi ; à la droite du Christ, le crucifiement de saint Pierre, à sa gauche la décollation de saint Paul. Ce triptyque est, dans l'œuvre de

Giotto, une admirable exception : il unit la composition solennelle des fresques florentines à l'exécution précieuse des tableaux siennois : pour l'ampleur épique, il est digne de Giotto : pour le coloris caressant, de Simone Martini.

C'est probablement après son séjour à Rome que Giotto alla travailler à Assise et y peindre, dans la basilique haute, la vie de saint François. Les architectures de ces fresques, avec leurs mosaïques imitées en peinture, sont, comme la décoration du tombeau élevé à Orvieto par Arnolfo, des souvenirs de Rome. Les types, les draperies, les compositions montrent encore tout ce que le peintre glorieux a dû au génie précurseur du romain Cavallini.

Ainsi Rome, à la fin du XIIIe siècle, possédait une école d'art^tecapables de donner des leçons aux plus grands ; elle attirait les sculpteurs et les peintres de Florence. Dans les œuvres et dans les monuments qui se multipliaient, l'art du Nord se taisait une place à côté des plus vieilles traditions romaines, de l'héritage séculaire de l'art byzantin et des créations de l'art italien. Un mosaïste franciscain représente dans l'abside de Sainte- Marie-Majeure le couronnement de la Vierge, sculpté en France sur les portails des cathédrales; deux architectes dominicains. Fra Sisto et Fra Ristoro, bâtissent à Rome l'église de la Minerve, d'après le plan deédifices à voûtes d'ogives que les Cisterciens, ces missionnaires de l'architecture française, avaient fait connaître aux ordres monastiques d'Italie

L'art romain, sans abandonner ses traditions augustes, s'ouvrait aux nouveautés. La capitale des papes était à la veille de reprendre ce rôle de capitale artistique qu'elle avait perdu depuis Constantin. La puissance de la papauté, un siècle après la mort de Frédéric II, était triomphante. Le jubilé de l'an 1300 en marque l'apogée. Pour commémorer cette date. Boniface VIII commanda à Giotto une fresque solennelle destinée à représenter dans la loggia pontificale, ouverte au-dessus du portique de la basilique de Latran. la bénédiction solennelle donnée parle pape à la foule venue de toute la chrétienté. Un fragment transporté sur un pilier de l'église baroque de Latran et défiguré par les repeints ne peut donner qu'un aperçu de cette composition qui fut, dans l'art italien, la première peinture d'histoire contemporaine ^fig. 42).

Mais trois ans après le jubilé triomphal, ce pape amoureux de gloire, que semblaient entraîner, à la fois, les ambition- des grand- papes adversaii-es de l'Empire et les aspirations de la Renaissance prochaine. était humilié par les envoyés du roi de France qu'il avait voulu abattre.

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Boniface VIII recevait Tariront dans la cathédrale d'Anagni, où il avait fait ério-er très haut Tune de ses statues. Il revint mourir à Rome. Trois ans plus tard, un ancien archevêque de Bordeaux prenait la tiare à

Fig. 42. — Le pape Boniface VIII ouvrant le Jubilé de l'an 1300. Fresque de Giotto (repeinte), dans la basilique de Saint-Jean de Latran.

Lyon ; en 1309 Clément V s'installa à Avignon. Après lui, la papauté resta exilée en France pendant soixante-dix ans.

Rome perdit, avec la cour pontificale, ce qui avait fait, à la fin du XIIIe siècle, sa prospérité et sa magnificence. Le départ des papes lut suivi de l'exode des artistes. Pietro Cavallini se rendit à Naples en 1308 et entra au service du roi Charles II d'Anjou ; dans la même année trois mosaïstes romains s'en allèrent travailler au château de Poitiers pour le

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roi Philippe Le Bel, le vainqueur de Boniface VIII. A partir de Jean XXII, Avignon devint une ville de luxe, où affluèrent les artistes du Xord et du Midi : les papes se firent élever au bord du Rhône un palais gigantesque, bâti par des architectes français, décoré par des peintres siennois.

L'art ne revint à Rome qu'avec Urbain V, en 1367. Un groupe de peintres florentins se mit à décorer le petit palais du Vatican : le Siennois Giovanni di Stefano éleva dans la basilique du Latran, restaurée apre^ un incendie, le majestueux tabernacle de marbre qui est encore debout dans l'église rebâtie. Mais le séjour d'Urbain V ne dura que deux ans : après son départ, la ville retomba dans l'anarchie et la désolation. En 1378, Grégoire XI, entraîné par les prières énergiques de sainte Catherine de Sienne, revient à Rome et y fixe de nouveau la résidence de la papauté. .Mais au pape de Rome les cardinaux français opposent un antipape : c'est le commencement du grand schisme, qui durera quarante ans. Le domaine de Saint-Pierre est disputé entre deux souverains. Les offrandes et les dîmes de la chrétienté ne peuvent suffire à l'entretien de deux cours pontificales. La papauté n'a plus ni pouvoir ni richesse.

Rome s'était appauvrie et dépeuplée avec une désastreuse rapidité, au milieu des désordres du gouvernement populaire qui avait remplacé la papauté absente par une parodie de l'antique République. Après le retour des papes, la prolong-ation du grand schisme acheva de ruiner la ville. A peine 30.000 habitants étaient-ils réunis dans 1 enceinte élevée par Aurélien pour contenir un peuple de deux millions d'âmes. Plusieurs quartiers étaient déserts et leurs églises abandonnées, a côte des monuments antiques. Sans les ruines indestructibles de l'ancienne Rome et les tours des barons encore menaçantes, les lieux qui avaient été le siège de la grandeur romaine seraient redevenus tels que Virgile et Properce les imaginaient dans les temps fabuleux d'Evandre et de Romulus. Des bergers à demi sauvages, comme ceux qui étaient descendus des monts Albains vers le Tibre huit ou neuf siècles avant Jésus-Christ, promenaient leurs troupeaux au pied des colonnades enterrées dans les décombres. Le Forum était devenu le Champ des Bœufs, Campo vaccino ; le Capitole, du côté de la roche Tarpéienne, était la Colline aux Chèvres, dont une rue voisine de l'Institut germanique a conservé le nom : Monte Caprine. La Campagne avait envahi la Ville.

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