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CHAPITRE IV

DE GRÉGOIRE VII AUX PAPES D'AVIGNON

Le nom du moine Hildebrand, archidiacre de l'Église, se lit encore, à côté du nom du pape Alexandre II, sur une des plaques de bronze qui sont les restes de la porte magnifique commandée à Byzance par un patricien d'Amalfi et offerte par lui à la basilique de Saint-Paul hors les -Murs. Ce moine qui, à partir du milieu du xi" siècle, fut le coadjuteur et l'âme active de cinq papes, travailla avec une énergie terrible à restaurer le pouvoir pontifical et à l'élever au-dessus de toute puissance humaine. Il fit rendre par Nicolas II en 105g Ie décret fameux qui donnait aux évêques-cardinaux, c'est-à-dire aux titulaires des sept diocèses les plus voisins de Rome, et aux prêtres et aux diacres-cardinaux, desservants des principales églises de Rome, le droit d'élire le pape. L'aristocratie romaine, qui au Xe siècle était devenue l'arbitre ordinaire des élections pontificales, 1 empereur germanique, qui avait à plusieurs reprises fait élire des Allemands, n'eurent plus qu'à ratifier le suffrage des « cardinaux ». Ceux-ci commencèrent alors à former un collège de princes de l'Eglise, appelé à jouer, à côté du pape, un rôle officiel dans l'histoire monumentale de Rome, aussi bien que dans son histoire religieuse et politique.

Hildebrand, après avoir été pendant vingt-cinq ans le véritable chef de la chrétienté, prit enfin la tiare avec le nom de Grégoire VIL Alors, non content d'affranchir la Papauté des tutelles séculières, il voulut lui remettre la tutelle des royaumes et de l'Empire ; il revendiqua le pouvoir de disposer des couronnes par la déposition des souverains. Pendant quelques années, il fut vraiment, selon son rêve, le représentant toutpuissant du Roi des rois. .Mais il avait déchaîné une guerre où lui-même allait être vaincu. La prise de Rome vengea l'empereur Henri 1 V l'humiliation de Canossa. Pour chasser les Impériaux, Grégoire VII, enfermé dans le château Saint-Ange, dut faire appel à son allié Robert Guiscard. Les Normands reprirent la ville, mais ils la mirent à sac. Lin-

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cendie qu'ils allumèrent fit du quartier du Latran et d'une partie du Célius un monceau de ruines.

Grégoire VII mourut en exil ; après lui le duel reprit entre les deux glaives dont devait parler Boniface VIII, le glaive spirituel et le glaive temporel. La lutte avec l'Empire finit par la défaite et la mort du dernier descendant de Frédéric II ; la lutte avec le roi de France finit par l'exil de la Papauté.

Déjà, dans le cours du xnL> et du XIIIe siècle, les papes avaient dû quitter Rome à plusieurs reprises. Pendant les interrègnes et les doubles règnes où un antipape était opposé au pape, les barons de la Ville et de la Campagne avaient reconquis leur indépendance turbulente. Dans l'enceinte de Rome s'élevèrent des forteresses féodales dont quelquesunes occupaient un quartier entouré d'une enceinte. Au XIIe siècle, les Colonna sont maîtres du Champ de Mars, où les monuments d'Auguste et de ses successeurs s'élèvent dans un désert. La plupart de ces citadelles avaient pour donjon quelque ruine indestructible. Les Pierleoni s'étaient retranchés dans le théâtre de Alarcellus et le portique d'Octavie ; ils avaient, d'un côté de leur citadelle, le Tibre pour fossé. Les Frangipani, rivaux des Pierleoni, occupaient le Colisée et les terrasses du Septi^onium de Septime Sévère, avec le Palatin tout entier. L'arc de Titus était devenu la porte triomphale de cette forteresse ; une haute tour de brique s'appuyait à l'arche de marbre. Les anciens Forums des empereurs se hérissent de semblables tours. Les papes énergiques font abattre les fortifications de leurs adversaires et permettent à la famille romaine dont ils sont sortis d'en élever de nouvelles. C'est ainsi que. sous le pontificat d'Innocent III. au commencement du XIIIe siècle, les Conti élevèrent au Forum de Trajan la tour que Pétrarque admira comme la plus forte de toute la ville et qui, encore debout, garde le nom de ses fondateurs [Tor dei Conti). A la fin du siècle, les Caetani, devenus maîtres de Rome par l'élection de Boniface VIII, étendent leur tyrannie sur la Campagne ; pour rançonner les voyageurs de la voie Appienne. ils bâtissent une forteresse en face du mausolée de Csecilia Métella, dont la frise de marbre est ceinte de créneaux de brique.

Cependant l'ambition persévérante des papes, l'influence croissante des cardinaux, l'autorité morale du clergé, grandie par la réforme de la discipline et des mœurs, opposaient aux forces divisées de l'aristocratie romaine une puissance dont l'action pacifique s'est manifestée à Rome, de la fin du XIe siècle à la fin du XIIIe, par une floraison nouvelle de l'art religieux. A côté des tours féodales s'élevèrent des clochers. La tour des

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